Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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meil précieux? Nous étions comme le rat
de la fable:
La moindre taupînée était mout à dos yeax.
Craignant encore quelque bévue de notre
ignorance, Morvan affecta de se diriger vers
l'arrière sans se presser, et en lançant l'es
bouffées de sa pipe d'un air d'indifférence.
»C'est quelque petit chien de mer, dit-il,
qu'ils auront pris pour un requin!"
Moi qui suivais le monstre des yeux, non
sans une certaine émotion, malgré la dis-
tance qui nous séparait de lui, je me sentis
piqué de l'air de mépris avec lequel Mor-
van traitait ma découverte,
»Lieutenant, lui dis-je, si c'est un chien
de mer, il est au moins aussi gros que
vous."
Morvan n'était pas d'humeur à souffrir
qu'on manquât de respect à l'autorité ; il
prit un air grave et s'avança vers moi:
»Si Vous voulez plaisanter, monsieur, me
dir,-il, adressez-vous à vos camarades, et
cherchez quelque autre que moi pour terme
de vos comparaisons saugrenues."
Je restai un peu confus de la semonce;
mais, après examen, Morvan constata lui-
même que mon requin était bien uu requin,
et des plus gros, et il se mit à diriger la
pêche.
Le requin est si vorace qu'on n'a pas
besoin d'user d'adresse pour lui cacher l'la-
meçon. On se sert d'un gros crochet ai-
guisé, fixé au bout d'une chaîne en fer,
car les dénis du requin couperaient toute
autre espèce de ligne. On met au crochet
un morceau de lard et ou le jette à l'ar-
rière du bâtiment. Le requin s'avance pour
le dévorer dès qu'il l'aperçoit, mais c'est
une opération pour lui assez difficile. Sa
bouche n'est pas, conime celle de la plu-
part des poissons, placée à l'extrémité de
sou corps; eile est en dessous et à une
certaine distance, de sorte que, pour saisir
l'appât, il est obligé de se retourner le
ventre en l'air, m,ouvement qu'il exécule
avec une lourde maladresse. Quand il se
sent pris par l'hameçon, le requin cherche
à-s'en débarrasser, et par ses violentes se-
cousses il y réussit quelquefois, non sans
se déchirer la bouche. Un animal moins
vorace se garderait bien de revenir mordre
à lappât, mais pour lui c'est tout différent :
s'il a enlevé le premier appât, ou en met
uu second, et, encore tout sanglant et dé-
chiré il revient à la charge, jusqu'à ce qu'il
reste définitivement accroché. On le haie
hors de l'eau, on passe un nœud coulant
à la partie inférieure de son corps, et on
parvient à l'amener sur le pont, qu'il frappe
de sa queue en se débattant dans son agonie;
mais un coup de hache tranche les muscles
puissants qui la font mouvoir, et il ne tarde
pas à succomber. On ne retire rien d'utile
des dépouilles du requin ; mais c'est pour
les matelots un ennemi implacable, et sa
mort est pour eux un triomphe. Celui que
nous avions pris avait douze pieds de long,
et nous restâmes longtemps à examiner les
trois formidables rangées de dents qui gar-
nissaient sa mâchoire.
Nous arrivâmes à Ténériffe. Bien avant
qu'il fût possible d'apercevoir la terre, nous
étions en observation, Jules et nioi; nous
cherchions à découvrir le fameux pic et
ces' îles fortunées, que notre imagination
inquiète parait des couleurs les plus fan-
tastiques. La nuit vint avant que rien
parût à l'horizon.
C'était la première terre étrangère que
nous allions voir; nous nous attendions à
des scènes toutes (différentes de celles que
la France nous avait montrées, et notre
attente ne fut pas trompée. Le sommeil
eut bien de la peine à dominer notre cu-
riosité, et avant le jour nous étions sur le
pont.
Dès que le soleil parut, le matelot qui
était en vigie cria; »Terre!" Nos regards
cherchaient en vain à l'horizon. Dne brume
légère l'obscurcissait, et il était impossible
de rien distinguer. Morvan, qui suivait
tous nos mouvements, s'approcha de nous,
;)Eh bien! voyez-vous le pic?"
»Mais non," répondis-je désappointé.
»Si nous montions dans la mâture'r" dit
Jules? »on découvre plus loin qu'ici."
vVous n'avez pas besoin de jnontcr dans
la mâture, reprit Morvan; mais ce n'est pas
à l'horizon qu'il faut chercher la terre:
levez la têle, regardez au-dessus des nuages."
En suivant son indication, j'aperçus en
effet le pic, que nous cherchions à l horizon,
tandis que sa cime, couverte de neige et
rosée par le soleil levant, perçait les nu-
ages.
Bientôt la brume se dissipa et on dé-
couvrit la base de la montagne; les masses
de rochers qui forment les côtes de l'île,
s'élevant de la surface bleue de l'Océan,
leurs découpures enveloppées dans les va-
peurs du matin, leurs flancs vigoureusement
dessinés par la lumière horizontale du soleil
levant, présentaient à mes yeux enchantés
un spectacle vraiment féerique. A mesure
que nous approchions et que le soleil ef-
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