Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
— 192 —
minait lentement sa vigoureuse constitution;
la pensée que l'influence des pays cbauds
exercerait une action salutaire sur sa ma-
ladie, le désir de guider mes premiers pas
dans la carrière, et peut-être aussi le be-
soin de se sentir encore une fois bercé sur
rOcéan, d'assister encore une fois aux scènes
de sa jeunesse, le déterminèrent à m'accom-
pagner dans mon premier voyage.
La Rose embarqua un chargement pour
Rio de Janeiro; mon père en prit le com-
mandement et Morvan reprit ses fonctions
de second. Je montai à bord avec un de
mes camarades de collège plus jeune que
moi d'un an, qui se préparait aux examens
de l'école navale pour entrer dans la ma-
rine militaire. Mon père était ami du sien,
et au plaisir d'obliger son ami en soumet-
tant son fils à la même épreuve qu'il me
faisait subir, il joignait l'avantage de me
donner un compagnon d'étude et d'amu-
sement.
Les impressions que j'ai conservées de
ce premier voyage sont certainement les
plus profonds quC' l'Océan ait jamais pro-
duites sur moi. Vivement excitée par la
lecture des auteurs qui ont su pefndre la
nature, notre imagination grandissait encore
le spectacle nouveau qui se déroulait de-
vant nos yeux. Tout éiait pour nous un
sujet d'admiration. J'ai vécu sur la mer
pendant Quatorze ans; comme tous les ma-
rins, je l'ai aimée et je l'ai souvent mau-
dite; mais les premières images^ qu'elle a
gravées dans ma mémoire ont été les plus
vives: elles sont ineffaçables et charmantes.
Mais comment essayer de reproduire pour
ceux qui ne l'ont pas vue, comment faire
comprendre à ceux que l'habitude ou la
rudesse de l'esprit rendent indifférents, toute
la variété de sa mobile physionomie, toute
la poésie de ses rapports avec la terre,
avec les cieux, avec l'homme? Elle est si
belle et souveut si sombre, si monotone
et si pleine de vie! C'est une nappe im-
mense et uniforme; elle ne fait entendre
que des bruits vagues et sourds; et pour-
tant , est-il un paysage plus accidenté que
sa surface quand ia brise la met en mou-
vement , des collines plus doucement on-
dulées que ses houles, des montagnes plus
âpres, plus sourcilleuses, plus déchirées,
couronnées de neiges plus éclatantes que
les lames gigantesques dont les crêtes ai-
guës soulevées par la tempête dentèlent
l'horizon , puis déferlent en avalanches d'é-
cume qui roulent sur leurs flancs verdâtres.
Les prairies diaprées de fleurs au printemps.
les moissons dorées, les forêts que l'automne,
avant de les dépouiller, pare des plus riches
couleurs, n'ét,aient pas une plus grande va-
riété de nuances, des ombres plus trans-
parentes , de plus éclatantes lumières , que
les innombrables facettes qui réfléchissent
le bleu du ciel, les fraîches clartés de l'au-
rore ou les nuages enflammés du couchant ;
et dans le concert immense de la nature ,
bourdonnement de tout ce qui vit , bruits
des forêts, des ruisseaux, des torrents, éclats
de l'orage, quels soupirs sont plus doux
que ceux des flots qui viennent doucement
expirer sur le sable dans uue belle nuit
d'été ? Quelle voix est plus terrible que
celle de la mer en fureur , quand elle se
rue sur les rochers qu'elle semble vouloir
déraciner pour les rouler dans l'abîme ?
Mon camarade Jules et moi, nous passions
des journées entières, penchés sur le bord
de la goélette , à r^arder le bleu intense
de la mer et l'écume qui blanchissait sous
l'avant du navire. Les marsouins, dont les
troupeaux bondissaient autour de nous en
montrant leur aileron à la surface de la
mer, les poissons volants, qui , pour échap-
per aux ennemis impitoyables qui les pour-
suivent sous l'eau , s'élancent dans l'air où
ils deviennent la proie des oiseaux de mer,
les conques de Vénus qui déploient au vent
leur petite voile d'azur , tout excitait notre
curiosité et devenait le sujet d'interminables
questions; mon père et Morvan avaient fort
à faire pour y répondre.
Je me souviens qu'un jour, me trouvant
avec Jules à l'arrière delà goëlette, la
tête penchée sur le couronnement, d'où nous
regardions attentivement les mouvements
du gouvernail en cherchant à nous rendre
compte de la manière dont il agissait sur
le bâtiment, j'aperçus uu poisson énorme
qui nageait dans le sillage du navire. Je
ne sais si les descriptions que j'avais lues
ou entendues me firent reconnaître l'animal
ou si ce fut l'efîet de mon imagination qui
appelait depuis longtemps la rencontre d'un
requin, mais je m'écriai immédiatement :
»Jules ! un requin !"
Jules, qui n'était ni moins curieux ni
moins prompt à s'enflammer que moi, se
mit à répéter à son tour: »Un requin! un
requin !"
Morvan se promenait dans ce moment
sur le pont. H se retourna à nos cris.
Mais combien de fois ne l'avions-nous pas
fait monter pour les choses les plus insigni-
fiantes, souveut eu interrompant un som-