Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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mes les chevaux de la selle et de la bride,
et mettant en liberté la sonnette attachée
à leur cou , nous les laissâmes paître à leur
aise.
11 fallait maintenant s'enfoncer dans ces
lieux pleins de marécages, traverser des
étangs fangeux , enjamber le mieux que
nous pouvions des arbres énormes renversés
par terre, et franchir des joncs et de hautes
herbes qui croissaient de tous côtés et em-
barrassaient le chemin. L'amateur de la
chasse qui lira ces lignes comprendra notre
divertissement martial; mais celui à qui la
chasse n'a jamais ofîert d'attraits ne pourra
pas se faire une idée des jouissances qu'on
trouve dans une entreprise de la nature de
celle que nous avions tentée.
Après avoir cheminé pendant deux heu-
res avec toutes sortes de peines et de fati-
gues , nous entendîmes de nouveau les aboi-
ments des chiens. Alors chacun doubla le
pas, aiguillonné par Pidée que nous allions
mettre fin à la vie du coùgar. Nous enten-
dîmes les gémissements de quelques-uns de
nos chiens, mais le plus grand nombre abo-
yait avec force. Le cougar, comme nous
l'avions pensé, s'était réfugié sur un arbre ,
et il paraissait disposé à y rester^ caché.
Nous fîmes quelques pas vers nos chiens ,
et nous aperçûmes le cougar adossé à une
branche énorme. 11 nous présentait son
large poitrail ; ses yeux en courroux se por-
taient alternativement sur nous et sur nos
chiens ; l'une des jambes de devant était
cassée et pendait sans force. Il était tout
haletant, et sa tête était baissée comme s'il
se croyait à l'abri de nos coups. On fit
aussitôt feu sur lui de trois côtés ; les trois
balles l'atteignirent; le cougar fit un saut
en arrière , et il tomba à terrp tout de son
long. Les chiens se précipitèrent en même
temps sur lui; quoique attaqué de tous cô-
tés , et mortellement blessé, cet animal,
écumant de rage, se défendit quelque temps
avec fureur. Mais le colon , à la tête de
ses compagnons , s'avança au milieu des
chiens, fit feu sur lui, et l'atteignit au-des-
sus de l'omoplate. Les membres du cougar
se tordirent alors, mais son agonie ne fut pas
longue, car il expira un instant après.
Le soleil était déjà parvenu aux deux
tiers de sa course. Une couple de chasseurs
nous quitta pour nous procurer du gibier,
et les fils de mon hôte durent se rendre à
la cabine de leur père pour être prêts le
lendemain matin à donner aux cochons leur
nourriture accoutumée. Les autres chas-
seurs prirent la résolution de passer la nuit
dans ces lieux. La panthère fut écorchée
et sa carcasse fut abandonnée aux chiens,
qui étaient réellement affamés. Pendant
que nous nous occupions à préparer le camp
où l'on devait passer, la nuit, nous enten-
dîmes un coup de fusil, et bientôt après
nous vîmes venir un de nos chasseurs por-
tant un jeune daim sur ses épaules. A l'in-
stant on alluma un grand feu , chacun tira
de son sac sa provision de pain et son fla-
con de whiskey; le daim fut aussitôt dépecé,
et Ton fit rôtir des tranches de viande qu'on
suspendit à des bâtons pointus. Nous fîmes
un repas excellent ; et comme les ombres
de la nuit commençaient à nous envelopper,
on se mit à raconter d'anciennes légendes ,
on chanta à la ronde ; mais enfin épuisés
par les fatigues de cette journée, mes com-
)agnons s'étendirent auprès du feu et se
aissèrent aller au sommeil.
Je me promenai pendant quelques mi-
nutes autour du camp , et je contemplai en
silence les beautés sauvages de cette nature
qui m'a procuré les plus douces jouissances.
Je pensai alors aux événements de cette
journée, et jetant les yeux sur la scène que
j'avais devant moi , je remarquai les sin-
guliers effets qui résultaient de la phos-
plrorescence de cette quantité de troncs
d'arbres séculaires étendus par terre, pareils
à des cadavres gigantesques. L'homme qui
se serait égaré par hasard dans ces tristes
marécages aurait pu s'imaginer aisément
que toutes ces masses lumineuses étaient
autant d'êtres fantastiques et effrayants ; et
à cette horrible idée ses cheveux se seraient
dressés sur sa tête. La pensée de me trou-
ver moi-même daus cette situation vint sou-
dain assaillir mes esprits. Je me hâtai de
rejoindre mes compagnons, je me couchai
auprès d'eux, et je ne tardai pas à fermer
les yeux; car je savais que si quelque en-
nemi s'approchait de nous pendant la nuit ,
les chiens, qui étaient encore en train de
dévorer les, restes du cougar, nous auraient
donné Talarme.
Nous abandonnâmes le camp au point du
jour. Mon hôte mit sur ses épaules la peau
de Tanimal qui avait ravagé sou bétail.
Nous cherchâmes notre chemin à travers
les fondrières, et nous retrouvâmes ensuite
nos chevaux, qui ne s'étaient pas beaucoup
écartés du lien où nous les avions laissés.
Les chevaux une fois bridés et sellés , nous
avançâmes plus rapidement, guidés par le
soleil. Nous nous félicitâmes mutuellement
d'avoir réussi à détiruire un ennetni si re-
doutable , et nous arrivâmes enfin à la ca-