Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 187 —
sables tombèrent du ciel et me laissèrent
voir les étoiles, inutiles flambeaux, qui me
montrèrent seulement l'immensité du désert.
154. JÉRUSALEM MODERNE.
Les maisons de Jérusalem sont de lour-
des masses carrées, fort basses, sans che-
minées et sans fenêtres; elles se terminent
en terrasses aplaties ou en dômes, et elles
ressemblent à des prisons ou à des sépul-
cres. Tout serait à l'œil d'un niveau égal
si les clochers des églises, les minarets des
mosquées, les cimes de quelques cyprès et
les buissons de nopals ne rompaient l'uni-
formité du plan. A la vue de ces maisons
de pierre renfermées dans un paysage de
lierres, on se demande si ce ne sont pas
à les monuments confus d'un cimetière au
milieu d'un désert.
Entrez dans la ville, rien ne vous con-
solera de la tristesse extérieure; vous vous
égarez dans de petites rues non pavées qui
montent et descendent sur un sol inégal,
et vous marchez dans des flots de poussière
ou parmi des cailloux roulants. Des toiles
jetées d'une maison à l'autre augmentent
l'obscurité de ce labyrinthe ; des bazars
voûtés et infects achèvent d'ôter la lumière
à la Ville désolée ; quelques chétives bou-
tiques n'étalent aux yeux que' la misère ;
et souvent ces boutiques mêmes sont fer-
mées, dans la crainte du passage d'uncadi.
Personne dans les rues, personne aux portes
de la ville ; quelquefois seulement un pay-
san se glisse dans l'ombre, cachant, sous
ses habits le'fruit de son labeur, dans la
crainte d'être dépouillé par le soldat ; dans
un coin à l'écart, le boucher arabe égorge
quelque bête suspendue par les pieds à un
mur en ruines ; à, l'air hagard et féroce de
cet homme , à ses bras ensanglantés, vous
croiriez plutôt qu'il vient de tuer son sem-
iDlable que d'immoler un agneau. Pour tout
bruit dans la cité déicide on entend par
intervalle le galop de la cavale du désert :
c'est le janissaire qui apporte la tête du
bédouin ou qui va piller le fellah.
Au milieu de cette désolation extraor-
dinaire , il- faut s'arrêter un moment pour
contempler des choses plus extraordinaires
encore. Parmi les ruines de Jérusalem ;
deux espèces de peuples indépendants trou-
vent dans leur foi de quoi surmonter tant
d'horreurs et de misères. Là vivent des^
religieux chrétiens que rien ne peut forcer
à abandonner le tombeau de Jésus-Christ,
ni spoliation, ni mauvais traitements, ni me-
naces de la mort. Leurs cantiques reten-
tissent nuit et jour autour du Saint-Sé-
pulcre. Dépouillés le matin par un gou-
verneur turc , le soir les retrouve au pied
du Calvaire, priant au lieu où Jésus-Christ
souffrit pour le salut des hommes. Leur
front est serein , leur bouche est riante. Us
reçoivent l'étranger avec joie. Sans forces
et sans soldats, ils protègent des villages
entiers contre l'iniquité. Pressés par le
bâton et par le sabre , les femmes, les en-
fants, les troupeaux se réfugient dans les
cloîtres de ces solitaires. Qui empêche le
méchant armé de poursuivre sa proie et de
renverser d'aussi faibles remp'arts? La cha-
rité des moines : ils se privent des dernières
ressources de la vie pour racheter leurs
suppliants. Turcs, Arabes, Grecs, chrétiens
chismatiques, tous se jettent sous la pro-
tection de quelques pauvres religieux qui
ne peuvent se défendre eux-mêmes. C'est
ici qu'il faut reconnaître avec Bossuet »que
des mains levées vers le ciel enfoncent plus
de .bataillons que 'des mains armées de ja-
velots."
Tandjs que la nouvelle Jérusalem sort
ainsi du désert, brillante de clarté, jetez
les yeux entre la montagne de Sion et le
Temple ; v^yez cet autre petit peuple qui
vit séparé du reste des habitants de la cité.
Objet particulier de tous les mépris, il
baisse la tête sans se plaindre ; il souffre
toutes les avanies sans demander justice ;
il se laisse accabler de coups sans soupirer;
on lui demande sa tête, il la présente au
cimeterre. Si quelque membre de cette
société proscrite vient à mourir , son com-
pagnon ira pendant la nuit l'enterrer fur-
tivement dans la vallée de Josaphat, à l'om-
bre du temple de Salomon. Pénétrez dans
la demeure de ce peuple, vous le trouverez
dans une affreuse misère, faisant lire un
livre mystérieux à ses enfants , qui à leur
tour le feront lire à leurs enfants. Ce qu'il
faisait il y a cinq mille ans, ce peuple le
fait encore. 11 a assisté dix-sept fois à la
ruine de Jérusalem , et rien ne peut le dé-
courager , rien ne peut l'empêcher de tour-
ner ses regards vers Sion. Quand on voit
les Juifs dispersés sur la terre, selon la
parole de Dieu, on est surpris sans doute ;
Sais pour être frappé d'un êtonnement sur-
naturel, il faut les retrouver, à Jérusalem;
il faut voir ces légitimes maîtres de la Ju-
dée , esclaves et étrangers dans leur propre
pays, il faut les voir attendant sous toutes
les oppressions un roi qui doit les délivrer.