Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 186 —
qu'Ali-Bey put se remettre à cheval et con-
tinuer sa route. Ses geus, pendant l'heu-
reuse rencontre qu'il venait de faire de la
caravane de Sidi Alarbi, étaient allés, cha-
cun de leur côté, pour chercher de l'eau.
Ils en apportèrent effectivement que, bon
gré malgré, il fut obligé de goûter, afin
ée récompenser le zèle que ces fidèles ser-
viteurs avaient mis à le secourir. Nul doute
qu'ils seraient arrivés trop tard ; mais ce
n'était par leur faute. A sept heures du
soir, il fit halte auprès d'un douar et d'un
ruisseau, après une marche forcée de vingt-
deux heures consécutives. Pendant la nuit,
tout son monde et ses bagages arrivèrent
successivement. Sidi Alarbi, qui les avait
rencontrés, avait tout secouru, tout sauvé.
La plus grande partie du terrain de ce
désert, où l'on ne voit aucune espèce d'ani-
mal, soit quadrupède ou oiseau, soit replile
ou insecte, où Ton n'aperçoit aucune plante,
où l'homme se trouve seulement environné
du silence de la mort, est de l'argile pure,
à l'exception de petits traits calcaires. Iwte
la surface est couverte d'une jcouche de
jierres calcaires, de couleur blanche, roulées
ibres, grosses comme le poing, presque
toutes égales , et ayant la surface carrée,
comme si c'étaient des morceaux vieux de
mortier; ce qui ferait présumer qu'elles
sont un véritable produit volcanique. Cette
couche est étendue avec une égalité si par-
faite , qu'elle ne laisse absolument aucun
point à découvert, et qu'elle rend la marche
extrêmement fatigante.
153. LE SAMOUM.
Eigurez-vous des plages sablonneuses,
labourées par les pluies de l'hiver , brûlées
par les feux de l'été, d'un aspect rougeâtre
et d'une nudité affreuse. Quelquefois seu-
lement des nopals épineux couvrent une
petite partie de l'arène sans bornes; le vent
traverse ces forêts armées sans pouvoir
courber leurs inflexibles rameaux: çà et là
des monceaux de pierres élevés de loin à
loin servent à marquer le chemin aux cara-
vanes.
La nuit vint. La lune éclairait le désert
vide: on n'apercevait sur une solitude sans
ombre que l'ombre immobile de notre dro-
madaire, et l'ombre errante de quelques
troupeaux de gazelles. Le silence n'était
interrompu que par le bruit des sangliers
qui broyaient des racines flétries, ou par
le chant du grillon, qui demandait en vain,
dans ce sable inculte, le foyer du laboureur.
Nous reprîmes notre route avant le re-
tour de la lumière. Le soleil se leva dé-
pouillé de ses rayons, et semblable à une
meule de fer rougie. La chaleur augmentait
à chaque instant. Vers la troisième heure
du jour, le dromadaire commença à donner
des signes d'inquiétude: il enfonçait ses
naseaux dans le sable et soufflait avec vio-
lence. Par intervalles, l'autruche poussait
des sons lugubres. Les serpents et les
caméléons se hâtaient de rentrer dans le
sein de la terre. Je vis le guide regarder
le ciel et pâlir. Je lui demandai la cause
de son trouble.
»Je crains, dit-il, le vent du midi: sau-
vons-nous !"
Tournant le visage au nord, il se mit à
fuir de toute la vitesse de son dromadaire.
Je le suivis: l'horrible vent qui nous me-
naçait était plus léger que nous.
Soudain de l'extrémité du désert accourt
uu tourbillon.
Le sol emporté devant nous manque à
nos pas, tandis que d'autres colonnes de
sable, enlevées derrière nous, roulent sur
nos têtes. Égaré dans un labyrinthe de ter-
tres mouvants et semblables entre eux, le
guide déclare qu'il ne reconnaît plus sa
route; pour dernière calamité, dans la ra-
pidité de notre course, nos outres remplies
d'eau s'écoulent. Haletants, dévorés d'une
soif ardente, retenant fortement notre ha-
leine dans ia crainte d'aspirer des flammes,
la sueur ruisselle à grands flots de nos
membres abattus. L'ouragan redouble de
rage : il creuse jusqu'aux antiques fonde-
ments de ia terre, et répand dans le ciel
les entrailles brûlantes du désert. Enseveli
dans uue atmosphère de sable embrasé, le
guide échappe à ma vue. Tout à coup j'en-
tends son cri, je voie à sa voix; l'infortuné,
foudroyé par le vent de feu, était tombé
mort sur l'arène, et son dromadaire avait
disparu.
En vain j'essayai de ranimer mou mal-
heureux compagnon , mes efforts furent in-
utiles. Je m'assis à quelque distance, tenant
mon cheval en main, et n'espérant plus que
dans celui qui changea les feux de la four-
naise d'Azarias en un vent frais et une
douce rosée. Un acacia qui croissait dans
ce lieu me servit d'abri. Derrière ce frêle
rempart j'attendis la fin de la tempête.
Vers le soir, le vent du nord reprit son
cours; l'air perdit sa chaleur cuisante; les