Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
185 —
ches-tu, mon frère? Où vas-tu, mon fils?"
ete. etc. Mais le Bédouin, se voyant dé-
couvert, profita de son avantage, et s'enfuit
dans les montagnes, où il fut impossible de
l'atteindre.
Cependant les hommes et les animaux
n'avaient presque rien mangé ni bu depuis
le jour précédent, et n'avaient pas cessé de
marcher depuis neuf heures du soir. Un
peu après midi, il ne restait pas utfe goutte
d'eau, et les gens d'Ali-Bey , comme leurs
montures, commençaient à être abattus par
la fatigue. A chaque instant les mules
tombaient avec leurs charges, et le pénible
exercice qu'on fut contraint de faire pour
les relever et soutenir le poids du fardeau
qu'elles portaient, acheva d'user le peu
de force qui restait à ceux qui composaient
la caravane.
A deux heures après midi, un homme
épuisé par la fatigue et par la soif, tomba
par terre; on fit tout ce qu'on put pour le
secourir ; on parvint même à introduire daus
sa bouche quelques gouttes d'eau, qu'on
exprima d'une outre, mais ce fut sans suc-
cès; l'infortuné expira. Ali-Bey, lui-même,
commençait à éprouver uue Taiblesse qui,
s'accroissant d'une manière effrayante, an-
nonçait que ses forces allaient aussi l'abau-
donner.
Pendant ce temps-là plusieurs autres per-
sonnes de sa suite tombèrent successive-
ment, et restèrent à terre, abandonnées à
leur malheureux sort, parce que la caravane
allait déjà à sauve qui peut. Alors tout
devint confusion et désordre. Les hommes,
ks bagages, les mules se perdirent. Ali-
Bey, plein de courage, malgré l'effroi que
devait lui inspirer son cheval tremblant sous
lui, cherchait à rassurer son monde et à
l'engager à doubler le pas. Pour toute
réponse on le regardait fixement; ou portait
l'index sur la bouche, pour indiquer la soif
dont on éiait dévoré. Le désespoir était
général, personne ne croyant jamais pouvoir
se soutenir jusqu'à l'endroit où l'on trou-
verait de l'eau/ Enfin, à près de quatre
heures du soir, Alf-Bey tomba à son tour.
Etendu sans connaissance, au milieu du
désert, entouré de quatre ou cinq hommes
seulement, qui étaient hors d'état' de lui
donner le plus léger secours, puisqu'ils
ignoraient où ils pourraient trouver de l'eau,
et que, iors même qu'ils l'auraient su, ils
n'avaient pas la force d'aller en chercher,
l'illustre voyageur aurait infailliblement péri,
si la providence ne l'eût sauvé par une
espèce de miracle. Une demi-heure s'était
écoulée depuis qu'il était dans,cet te angoisse,
lorsqu'on aperçut, dans le lointain, une
graude caravane de plus de deux mille per-
sonnes venant de son côté. Un marabout
ou saint, nommé SidiAlarbi, la conduisait.
Il se rendait, par ordre du sultan, à Tre-
mecen. Touché de la triste position où il
vit Ali-Bey et ses compagnons de voyage,
il s'empressa de faire jeter plusieurs outres
d'eau sur tous ceux qu'il vit gisants sur la
terre.
Ali-Bey n'eut pas plutôt reçu sur son
visage et sur ses mains quelques immersions
de cette eau salutaire, qu'il reprit ses sens,
ouvrit les yeux, et regarda de tous côtés,
sans pouvoir d'abord reconnaître personne.
Mais insensiblement sa vue s'éclaircit, et il
aperçut sept à huit chérifs qui, se tenant
autour de ui, lui parlaient et lui faisaient
amitié. H voulut leur répondre, et en fut
empêché par un noeud invincible qu'il sen-
tait dans a gorge. II ne put donc se faire
entendre d'eux que par signes , et indiquer
sa bouche avec le doigt.
Alors on essaya et l'on parvint à lui faire
avaler, à différentes reprises, quelques gor-
gées d'eau. La parole lui revint, et il dit
aux chérifs: »Qui êtes-vous?" — »Necrai*
gncz rien, lui répondit Sidi Alarbi, en se
nommant, bien loin d'être des voleurs ou
des brigands, nous sommes vos amis." Ras-
suré par ces paroles, Ali-Bey se livra en-
tièrement aux soins de ces braves gens,
qui ne négligèrent rien pour le mettre en
état de continuer sa route, et qui, du mo-
ment qu'ils virent qu'il pouvait se passer
d'eux, remplirent d'eau une partie de ses
outres, et le quittèrent aussitôt, parce que
le temps qu'ils perdaient en cet endroit,
était trop précieux, et que rien en effet ne
pouvait en réparer la perte.
Cette attaque de la soif se manifeste par
les symptônies les plus horribles. Toute la
peau du corps devient aride, les yeux sont
sanglants, la langue et la bouche, tant en
dedans qu'en dehors , se couvrent d'un tartre
de l'épaisseur d'une pièce de cinq francs.
Cette crasse est d'un jaune obscur, d'un
goût insipide, et d'une consistance parfaite-
ment semblable à la cire molle des rayons
du miel. Une défaillance ou une sorte de
langueur arrête le mouvement; la respiration
est suspendue par uue angoisse ou une espèce
de noeud dans le diaphragme et dans la
gorge: quelques grosses larmes isolées
s'échappent des yeux; on tombe à terre, et
en peu d'instants on a perdu connaissance.
Ce ne fut pas sans quelques difiûctjltés