Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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184 —
152. LES DESERTS.
Ces immenses déserts qui occupent une
grande partie de l'Afrique, peuvent être
mis, avec raison, au rang des merveilles de
la nature. Cet horizon, sans bornes, dont
l'espace oppresse, dont la surface, si elle
est unie, ne présente qu'une tâche difficile
à remplir, et où la colline ne cache et ne
découvre que la décrépitude et l'immensité,
est le spectacle le plus imposant et le plus
terrible qui puisse frapper les regards de
l'homme. 11 faut avoir parcouru ces vastes
solitudes, pour se faire une.idée de l'effroi
et de l'horreur mêlés de respect qu'elles
inspirent. On se demande si ces sables,
aujourd'hui stériles et délaissés, où l'on
trouve des vallées et des bois pétrifiés, et
où par conséquent il a dû y avoir des
rivières et des forêts, ne sont pas la partie
du monde la plus anciennement habitée.
On cherche à découvrir si ce n'est pas
l'abus que les hommes ont fait de ces con-
trées qui a causé le changement qui s'y est
opéré, et si la dévastation totale des forêts
n'en serait pas la preuve. Car, dès qu'elles
ont cessé d'exister et de protéger les élé-
ments de la végétation , tout a disparu. Plus
de rosée, plus de brouillards, plus de pluie,
plus de rivières, plus de vie, plus rien.
C'es.t dans- le voyage qu'Ali-Bey a fait,
en 18Ô3, en Afrique, que nous puiserons la
description d'un désert. Nous ne pouvions
pas en choisir une qui fût plus animée, et
plus conforme à la vérité.
Après avoir quitté la petite ville d'Ouschda,
dans l'empire de Maroc, Ali-Bey, accompagné
des gens de sa suite, de ses équipages,
ainsi que de deux officiers et de trente
oudaïas ou gardes-du-corps du sultan, s'en-
fonça dans ie désert. L'avis qu'il avait reçu
que quatre cents Arabes l'attendaient dans
le désert, l'obligea de quitter secrètement
la ville à neuf heures du soir. La nuit
était fort obscure, et le ciel entièrement
couvert de nuages. Après avoir marché
fort vite, et gravi plusieurs montagnes, il
arriva, à six heures du matin, vers des
ruines, au pied desquelles étaient une source
d'eau et un grand douar. 11 continua de
marcher sans relâche, en suivant plusieurs
vallées tortueuses, au fond desquelles il
rouva une rivière qui, quoique petite, n'en
était pas moins utile aux laborieux habitants
de plusieurs douars.
En vertu d'un ordre, dont les officiers
chargés d'accompagner Ali-Bey, étaient por-
teurs, il sortait de chaque douar un Arabe
ou deux, montés et équipés, qui s'incorpo-
raient avec les gens de la suite. Arrivés
à neuf heures du matin à l'endroit où se
terminait la rivière, les trente oudaïas pri-
rent congé du fils d'Othman-Bey, en lui
laissant l'escorte des Arabes amenés, sous
le commandement des deux officiers. Quel-
ques pièces d'or qu'il remit à un des offi-
ciers pour les distribuer aux gardes du-
sultan, pensèrent lui coûter cher; car, à
peine avait-il fait quelques pas pour s'éloi-
gner d'eux, qu'il entendit du bruit derrière
lui, et tourna aussitôt la tête: il vit les
oudaïas qui s'étaient révoltés contre leurs
chefs et qui les menaçaient de les massacrer.
Dans le même moment, deux d'entr'eux
vinrent à toute bri'de pour lui porter plainte,
contre les officiers, qu'ils .soupçonnaient
d'avoir retenu une partie de l'argent qui
leur avait été destiné. Ali-Bey courut alors
sur cette troupe , à laquelle il se hâta de
faire baisser les armes. Ce ne fut pas sans
peine qu'il parvint à leur faire entendre
raison; cependant il fut assez heureux pour
les calmer et les renvoyer, sans qu'il y eût
de sang de répandu. Mais dans le cours de
cette rixe, dont les suites auraient pu être
très-funestes, personne ne songea h faire
provision d'eau. On commençait déjà à en
manquer, et Ali-Bey ignorait que c'était
le dernier endroit où il serait possible d'en
trouver.
La crainte de rencontrer les quatre cents
Arabes l'engagea à continuer d'accélérer sa
marche. En conséquence il alla toujours
hors des chemins, au milieu du désert, mar-
chant sur des cailloux roulés , à travers les
montagnes arrondies. Ce pays est entière-
ment privé d'eau. On n'y voit pas un arbre,
pas un rocher isolé qui puisse offrir le plus
petit abri ou un peu d'ombre. Une atmo-
sphère parfaitement transparente, un soleil
immense qui dardait sur la tête, un teriiàn
presque blanc, et ordinairement de forme
concave, comme un miroir ardent, un petit
vent brûlant comme la flamme; tel est le
tableau fidèle des lieux qu'Ali-Bey par-
courait.
En vertu d'une coutume barbare, qui veut
que tout homme trouvé dans cette solil ude
soit considéré comme ennemi, les treize
Bédouins d'Ali-Bey ayant aperçu, sur le
midi, un homme armé, à cheval, qui ^e
tenait à une distance très-éloignée, se réu-
nirent aussitôt et partirent comme un trait
pour le surprendre, en poussant de grands
cris, qu'ils interrompirent par ces expres-
sions de dérision et de mépris: »Que cher-