Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 183 —
marteau, Ie silence est
voyez autour de vous une
continuel. Vous
foule muette,
qui semble vouloir passer sans être aperçue,
et qui a toujours Tair de se dérober aux
regards du maître. Vous arrivez sans cesse
d'un bazar à uu cimetière, comme si les
Turcs n'étaient là que pour acheter, vendre
et mourir. Ces cimetières sans murs et
placés au milieu des rues sont des bois
magnifiques de cyprès: les colombes font
leurs nids dans ces cyprès, et partagent
la paix des morts. On découvre çà et là
quelques monuments antiques qui n'ont de
rapport, ni avec les hommes modernes, ni
avec les monuments nouveaux dont ils sont
environnés : on dirait qu'ils ont été trans-
portés dans cette ville orientale par l'effet
d'un talisman. Aucun signe de joie, aucune
apparence de bonheur ne se montre à vos
yeux : ce qu'on voit n'est pas un peuple,
mais un troupeau qu'un iman conduit, et
qu'un janissaire égorge. 11 n'y a d'autre
f)laisir que la débauche, d'autre peine que
a mort. Au milieu des prisons et des bagnes
s'élève un sérail, capitole de la servitude:
c'est là qu'un gardien sacré conserve les
germes de la peste et les lois primitives
de la tyrannie. De pâles adorateurs rôdent
sans cesse autour du Temple, et viennent
apporter leurs têtes à l'idole, Rieu ne peut
les soustraire au sacrifice; ils sont entraînés
par un pouvoir fatal : les yeux du despote
attirent les esclaves , comme les regards du
serpent fascinent les biseaux dont il fait
sa proie.
151. DAMAS.
Damas a sept milles de tour et deux
milles de long ; ses remparts sont très-bas
et ne renferment que les deux tiers de la
ville. La rue habitée autrefois par Saint-
Paul s'ouvre sur la route de Jérusalem; on
vous montre sur cette route, à peu de
distance des remparts, la place où l'apôtre
se convertit, frappé de l'a lumière céleste.
Les comestibles sont ici à bon marché:
le pain, le meilleur que l'ou mange en
Orient, vaut même celui de Paris. Tous
les matins on vend dans les rues de la
crème et du miel délicieux ; ajoutez-y de
l'excellent moka, et vous aurez notre dé-
jeuner quotidien.
La plaine de Damas abonde en fruits
excellents, parmi lesquels on remarque
l'orange, le citron et l'abricot; on en fait
des conserves exquises. On y fait aussi
des pâtés et des tartes de rose. A trois
milles de la ville règne un plateau entière-
ment couvert de rosiers cultivés avec le
plus grand soin, et dont la fleur compose
l'essence précieuse qui porte son nom.
Aux environs de Damas, les vergers et les
bois ofl'rent des promenades charmantes;
la campagne est semée de jolies maisons
de plaisance, qu'on peut louer pour un jour.
Quand on est fatigué de Tombre et de la
fraîcheur dont on y jouit, on n'a qu'à faire
une excursion aux montagnes arides et ro-
mantiques qui les dominent, et Ton y rentre
bientôt avec de nouvelles sensations de
plaisir.
On voit aux portes de la ville plusieurs
cimetières ; les femmes s'y rendent le ma-
tin pour déplorer la mort de leurs proches.
Rien n'est plus attendrissant que ce spec-
tacle: ici c'est uue veuve accompagnée de
son enfant, qui, à genoux sur la tombe de
son mari, verse des torrents de pleurs ; là
ce sont les cris affectés d'une douleur de
commande; plus loin, à ses sanglots étouffés,
on reconnaît le cœur brisé d'une mère.
Nous avons remarqué des tombes couvertes
de fleurs et de gâteaux, devant lesquelles
des parents se tenaient en silence, plongés
dans leurs tristes réflexions.
Le bazar destiné à recevoir les caravanes
est une vaste rotonde à colonnes, surmontée
d'une élégante coupole. Une belle fontaine
y rafraîchit l'air ; tout autour régnent des bou-
tiques, et au-dessus, les chambres des mar-
chands donnent sur uiie galerie circulaire.
Les autres bazars, où sont exposés les plus
riches tapis de l'Orient, des sabres, les
baiimes de la Mecque, les produits variés
de la Perse et de l'Inde, sont situés dans
la position la plus avantageuse sous le rap-
port de l'agrément et de la salubrité.
A peu de distance de Damas, les rivières
qui l'arrosent se réunissent, et forment une
cataracte, dont le bruit rompt le silence
monotone qui règne daus les villes d'Orient :
cet endroit était notre promenade favorite.
On a établi un café sous les groupes d'ar-
bres qui l'ombragent. Souvent aussi nous
allions au joli village de Saleliéh , au pied ^
de la montagne de ce nom. Là un ruis-
seau limpide serpente au milieu des jar-
dins et des vergers: chaque maison a le
sien. Au-dessous de cette masse de ver-
dure, et en face des rochers arides, se dé-
tachent le dôme et le minaret de sa mosquée.