Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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7 —
L'aveugle. Est-elle loin encore?
Le boiteux. Non, non; je la vois d'ici.
L'aveugle. Vous la voyez? Hélas! il
y a dix ans que je ne l'ai vue. Mais ne
perdons pas un moment. Votre invention
me paraît fort bonne. Où êtes-vous? At-
tendez, je vais m'agenouiller comme un
chameau; vous en grimperez plus aisément
sur mon échine.
Le boiteux. Rangez-vous un peu à
droite, je vous prie.
L'aveugle. Est-ce bien comme cela?
Le boiteux. Encore un peu plus. Bon,
je vais passer mes bras autour de votre
cou. Vous pouvez maintenant vous relever.
L'aveugle. Me voilà debout. Vous ne
pesez plus qu'un moineau. Marche-
lis se mirent en route aussitôt; et comme
ils avaient en commun deux bonnes jambes
et deux bons yeux, ils arrivèrent en un
quart d'heure aux portes de la ville. L'a-
veugle porta ensuite le boiteux jusque chez
ses parents, et ceux-ci, après lui avoir
témoigné leur reconnaissance, le firent con-
duire auprès de son petit chien.
C'est ainsi qu'en se prêtant un mutuel
secours, ces deux pauvres infirmes parvinrent
à se tirer d'embarras; autrement ils au-
raient été obligés de passer la nuit sur le
;raud chemin. 11 en est de même pour tous
es hommes; l'un a communément ce qui
manque à l'autre; et ce que celui-ci ne peut
pas faire, celui-là le fait. Ainsi, en s'assis-
tant réciproquément, ils ne manquent de
rien ; au lieu que s'ils refusent de s'aider
entre eux, ils finissent par en souffrir égale-
ment les uns et les autres.
(Berquin.)
21. ANECDOTE.
Frédéric II, roi de Prusse, aimait beau-
coup les enfants, et permettait que les fils
du prince royal entrassent chez lui à toute
heure. — Un jour qu'il travaillait dans sou
cabinet, l'aîné de ces princes jouait au volant
autour de lui. Le volant tomba sur la table
du roi, qui le prit, le jeta à Tenfant et con-
tinua d'écrire. Le petit prince continue aussi
sou jeu, et le volant tombe encore sur la
table; le roi le rejette, regarde d'un air
sévère le petit joueur qui promet que cela
n'arrivera plus. Enfin pour la troisième fois
le volant vient toniber jusque sur le papier
sur lequel Frédéric écrivait. Alors le roi
prit le volant et le mit dans sa poche.
Le petit prince demande humblement par-
don, et prie qu'on lui rende son volant.
Le roi le lui refuse; il redouble ses prières;
ou ne les écoute point. Enfin las de prier,
le petit prince s'avance fièrement vers le
roi, met ses deux poings sur ses çôtés et
dit d'un air menaçant: »Je demande à
Votre Majesté, si elle veut me rendre mou
volant, oui ou non?" Le roi se mit à
rire, tira le volant de sa poclie, et le lui
remit en disant: »Tu es un brave garçon,
on ne te reprendra pas la Silésie."
22. LES PETITS ORPHELINS.
L'hiver glace les champs, les beaux jours
sont passés ;
Malheur au pauvre sans demeure!
Loin des secours il faut qu'il meure:
Comme les champs alors tous les cœurs
sont glacés.
De l'an renouvelé c'était la nuit première;
Les mortels, revenant de la fête du jour,
Hâtaient leur joie et leur retour:
Même un peu de bonheur visitait la chaumière.
Au seuil d'une chapelle assis,
Deux enfants presque nus, et pâles de
souffrance,
Appelaient des passants la sourde indifférence.
Soupirant de tristes récits.
Une lampe à leurs pieds éclairait leurs alarmes,
Et semblait supplier pour eux.
Le plus jeune, tremblant, chantait baigné
de larmes;
L'autre tendait sa main au refus -des
heureux.
'Nous voici deux enfants, nous n'avons plus
de mère;
Elle mourut hier en nous donnant son pain ;
Elle dort où dort notre père.
Venez; nous avons froid, nous expirons de faim.
L'étranger nous a dit: Allez, j'ai ma famille.
Est-ce vous que je dois nourrir?
Nous avons vu pleurer sa fille.
Et pourtant nous allons mourir.'
Et sa voix touchante et plaintive
Frappait les airs de cris perdus.
La foule, sans les voir, s'échappait fugitive;
Et bientôt on ne passa plus.
Ils frappaient à la porte sainte.
Car leur mère avait dit que Dieu n'ou-
bliait pas.
Rien ne leur répondait que l'écho de l'enceinte,
Rien ne venait que le trépas.