Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
— 176 —
»on bâton ferré ; il arrivait ainsi au bas de
la glace sans se faire aucun mal.
(X. B. de Saussure.)
148. LE VÉSUVE.
Je fis mon ascension au Vésuve dans la
^nuit du 28 juillet dernier, par un temps
humide et sombre. Le thermomètre mar-
quait quatorze degrés^ centigrade. J'étais
parti de Portici à onze heures et demie du
soir. On fait la première montée de la
route sur des ânes, le reste à pied. Un
guide vous précède , éclairant e chemin
avec une grosse torche de résine eî, du
chanvre. Quand il y a plusieurs ascensions
dans la même nuit, c'est un curieux spec-
tacle que celui de ces lumières qui serpen-
tent comme autant de météores, sur le ver-
sant occidental du volcan.
Depuis le bas de la montagne jusqu'à
l'Ermitage, les substances qui proviennent
de la décomposition des cendres vomies
par le cratère recouvrent la lave d'un ter-
reau extrêmement fertile. C'est là qu'on
récolte le fameux vin de Lacrymae-Christi.
Triste fécondité cependant que celle qui
est achetée au prix d'incessantes alarmes!
Il était une heure quand j'arrivai à l'Er-
mitage. Je m'attendais à rencontrer là
quelqu'une de ces vénérables religieux qui
inspirent à la fois l'admiration et le respect.
Je fus bien désappointé. L'ermite du
Vésuve est tout bonnement un cabaretier
qui a pris à ferme l'Ermitage, et vend fort
cher de très-mauvais vin. Il n'a d'un ermite
que la robe de bure, le capuchon et un
gros trousseau de clés auxquel es il manque
des serrures à ouvrir, A partir de l'Ermi-
tage, le chemin cesse bientôt d'être prati-
cable pour nos montures. Nous nous trou-
vons au milieu d'une nature aride , désolée,
morte, sans trace aucune de végétatipn.
Le sol, bouleversé affreusement, est partout
hérissé de masses volcaniques d'un gris
plombé, miroitantes, jetées pêle-mêle les
unes à côté des autres, et unies entr' elles
par un ciment de lave. Il nous faut mar-
cher sur les aspérités des roches, et souvent
sauter par-dessus de larges crevasses. A
notre gauche est le cratère à demi écroulé
de l'ancien volcan , aujourd'hui éteint et
appelé Monte di Summa , le même qui a
enseveli Pompéia, Herculanum et Stabia.
Sur la droite l'épaisse coulée de lave de
la dernière éruption, celle de 1839. En
face de nous, le cône de cendre qui nous
reste à gravir.
Mon thermomètre indique dix-neuf de--
grés. On aperçoit de distance en distance
des fumaroles , et on commence à entendre
les détonations du volcan. Notre marche
devient fort pénible. La cendre superposée
par couches molles et fines constitue un
plancher mouvant qui s'affaisse sous les
pas , et dans lequel on peut craindre à.
chaque instant de rester embourbé. Nous ^
enfoncions quelquefois jusqu'au dessus du ;
genou. A mesure qu'on s'approche de la,
cime du cône , cette cendre s'échauffe et
fume. J'ai vu le thermomètre , que j'y
plongeais, s'élever jusqu'à cinquante-cinq
degrés.
Enfiu nous voici au sommet du volcan,
dont la hauteur totale est de douze cent
sept mètres. II est trois heures. Mon œil
plonge dans le cratère. Quel imposant spec-
tacle ! Représentez-vous un large gouffre ,
profond de plus de cent pieds, irrégulière-
ment circulaire , d'où s'échappe un nuage
de fumée suffocante et"'roussâtre. Enveloppé
de ténèbres, il s'illumine par intervalles de
jets de lumière , accompagnés d'explosions ,
qui sont immédiatement suivies d'une chûte
de pierres sur des surfaces retentissantes.
On dirait souvent d'un bouquet d'artifices.
Ainsi, au fond de l'abîme, l'éclair a brillé,
une fusée s'élance, s'irradie à une certaine
hauteur , retombe verticalement et ruisselle
en filons étincelant s sur les facettes sonores
d'une pyramide. La base de cette pyramide
repose au milieu d'une nappe de feu semée
de fissures en zig-zag, qui reflètent inégale-
ment la lueur de l'incendie. Cependant le sol
que nous foulons est brûlant. Dans certains
endroits la chaleur est si forte, qu'elle pé-
nètre la chaussure, l'attaque, et obligea
changer de place fréquemment.
Ce gouffre, ces vapeurs, l'horreur des
ténèbres , ces conflagrations constituent un
panorama dout aucune expression he poiir-
rait traduire la terrible harmonie. Aussi
le premier sentiment que j'éprouvai fut-il
un sentiment de stupeur mêlé de crainte.
J'osais à peine circu
er autour du cratère :
]e sentais la poussière crépiter sous mes
pas , et il me fallait prendre garde aux
inégalités du terrain. ^ ^ ^
Le jour paraît. Il éclaire peu à peu
l'intérieur du volcan ; les objets se des-
sinent ; les scènes de la nuit s'expHquent et
diminuent le prestige. Le cratère a la
forme d'un immense entonnoir, dont l'orifice
évasé couronne la crête de la montagne et