Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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beaucoup moindre qu'il ne s'y était attendu ;
il avait dans le cours de son ascension
épuisé toutes les émotions , de sorte que
son arrivée au point culminant ne lui causa
que peu d'impression: c'esti avec dépit,qu'il
se trouva froid et indifférent en touchant
le sommet du Mont-Blanc. La descente
était beaucoup plus facile à effectuer , et
tous les voyageurs revinrent sains et saufs
à Chamouny, sans avoir éprouvé,d'accideuts,
la précaution qu'ils avaient prise de se
garnir la figure d'un masque de crêpe noir ,
ayant empêché la réverbération de ia neige
d'offenser leurs yeux et de gercer leur
visage. '
147. LE GLACIER DE MONTANVERï.
La surface du glacier, vue du Montanvert,
ressemble à celle d'une mer qui aurait été
subitement gelée, non pas dans le moment
de la tempête , mais à l'instant où le vent
s'est calmé , et où les vagues, quoique très-
bautes , sont émoussées et arrondies. Ces
grandes ondes sont à peu près parallèles
à la longueur du glacier, et elles sont cou-
pées par des crevasses transversales , qui
paraissent bleues dans leur intérieur, tandis
que la glace paraît blanche à sa surface
extérieure.
Entré les montagnes qui dominent le gla-
cier des Bois , celle qui fixe le plus les
regards de l'observateur est un grand obé-
lisque de granit qui est en face du Montan-
vert, de l'autre côté du glacier. On le nomme
l'aiguille du Dru ; et en effet sa forme
arrondie et excessivement élancée lui donne
plus de ressemblance avec une aiguille
qu'avec un obélisque; ses côtés semblent
polis comme un ouvrage de l'art ; on y dis-
tingue seulement quelques aspérités et
quelques fentes rectilignes, très-nettement
tranchées.
Lorsqu'on s'est bien reposé sur la jolie
pelouse du Montanvert, et qu'on s'est ras-
sasié, si l'on peut jamais l'être, du grand
spectacle que présentent ce glacier et les
montagnes qui le bordent , on descend par
un sentier rapide entre des rhododendrons,
des mélèzes et des aroles , jusqu'au bord du
glacier. Au bas de cette pente, on trouve
ce qu'on appelle la moraine du glacier, ou
cet amas de sable et de cailloux <jui sont
disposés sur ses bords , après avoir été
broyés et arrondis par le roulis et le frotte-
ment des glaces. De là, on passe sur le
glacier même, et s'il n'est pas trop scabreux
et trop entrecoupé de grandes crevasses,
il faut s'avancer au moins jusqu'à trois ou
quatre cents pas pour se faire une idée
de ces grandes vallées de glace. Eu effet,
si l'on se contente de voir celle-ci de loin,
du Montanvert , par exemple , on n'en dis-
tingue point les détails ; ses inégalités ne
semblent être que les ondulations arrondies
de la mer après l'orage ; mais, quand on
est au milieu du glacier, ces ondes parais-
sent des montagnes, et leurs intervalles sem-
blent, être des vallées entre ces montagnes.
Il faut d'ailleurs parcourir un peu le glacier
pour voir ses beaux accidents, ses larges et
profondes crevasses, ses grandes cavernes ,
ses lacs remplis de la plus belle eau ren-
fermée dans des murs transparents de cou-
leur d'aigue-marine ; ses ruis-eaux d'une eau
vive et claire , qui coulent dans des canaux
de glace, et qui viennent se précipiter et
former des cascades dans des abîmes de
glace. Je ne^ conseillerais cependant pas
d'entreprendre de la traverser vis-à-vis du
Montanvert, à moins que les guides n'assu-
rent qu'ils connaissent l'état actuel des
glaces, et que l'on peut y passer sans trop
de difficulté. J'en courus les risques dans
mon premier voyage en 1760, et j'eus bien
de la peine à en sortir: le glacier, dans ce
moment-là, était presque impraticable du
côté opposé au Montanvert. Je franchissais
les fentes qui n'étaient pas trop larges ;
mais il se présenta des vallons de glace très-
profonds , dans lesquels il fallait se laisser
couler pour remonter ensuite du côté opposé
avec une fatigue extrême: d'autres fois, pour
traverser des crevasses extrêmement larges
et profondes, il me fallait passer comme un
danseur de corde sur des arêtes de glace ,
très étroites , qui s'étendaient de l'un des
bords à l'autre. Le bon Pierre Simon, mon
premier guide sur les hautes Alpes , se re-
pentait bien de m'avoir laissé engager dans
cette entreprise; il allait, venait, cherchait
les^ passages les moins dangereux, taillait
des escaliers dans la glace , me tendait la
main lorsque cela était possible , et me
donnait en même temps les premières leçons
de l'art, car c'en est un, de poser convena-
blement les pieds-, de poster son coips et
de s'aider de son bâton dans ces passages
difficiles. J'en sortis pourtant sans autre
mal que quelques contusions que je m'étais
faites en me laissant dévaler volontairement
sur des pentes de glace très-rapides , que
nous avions à descendre. Pierre Simon des-
cendait en se glissant, debout- sur ses pieds,
le corps penché en arrière et appuyé sur