Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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de tenter encore nne fois l'aventure. Le
Cbamounieu ne s'était pas trompé ; il réus-
sit , et comme les empereurs romains se
faisaient un titre du nom des provinces
qu'ils avai{'nt conquises, Jacques Balmat
reçut de ses rivaux le nom de la montagne
qu'il avait escaladée , et ne s'appela plus
que le Mont-Blanc. Cet événement, qui
n'oduisit une vive sensation dans les val-
.ées de la Suisse et de la Savoie, combla
de joie le savant Saussure. Maintes fois
il avait essayé de gravir la montagne, et
jamais il n'en contemplail. la cime sans re-
grets et sans envie; aussi, dès que l'heu-
reuse nouvelle lui parvint, il arriva à Cba-
mouny pour suivre les traces de Paccard
et de Balmat. Le récit de son voyage
aérien , que la saison avancée l'obligea de
retarder jusqu'à l'année suivante, 1787 , est
plein d'intérêt.
Accompagné de dix-huit guides chargés
de baga'ges et d'instruments, et commandés
)ar Balmat , Mr. de Saussure quitta le vil-
age de Chamouny, le Ifr Août , et com-
mença aussitôt son ascension. Six heures
de marche sur le roc vif et sur le gazon ,
ne menèrent les voyageurs qu'au sommet
de la montagne dite de la Côte; à 779 toises
au-dessus de la vallée de Chamouny. Us
s'arrêicrent à cette hauteur, et passèrent
la nuit sous l'abr; d'énormes blocs de gra-
nit. Le second jour, ils s'engagèrent dans
des mers de glaces et dans des plaines de
neige, qui-^faisaient naître sur leur têle et
sous chacun de leurs pas les dangers les
plus effrayants. ».Nous entrâmrs, dit Mr. de
Saussure, sur le glacier, vis-à-vis des blocs
de granit; l'entrée eu est très-facile, mais
bientôt après l'on arrive dans un labyrinthe
de rochers de glaces , séparés par de larges
crevasses, ici entièrement ouvertes, là com-
blées en tout ou en partie par des neiges
qui souvent forment des espèces d'arches
évidées par-dessous, et qui cependant sont
quelquefois les seules ressources qu'on ait
pour traverser ces crevasses ; ailleurs c'est
une arête tranchante de glace qui sert de
pont pour les traverser. Dans quelques
endroits où les crevasses sont absolument
vides , on est réduit à descendre jusqu'au
fond et à remonter ensuite le mur oi)posé
3ar des escaliers taillés avec la hache dans
a glace vive. Mais nulle part on n'atteint
ni ne voit même le roc, le fondest toujours
neige ou glace , et il y a des moments où,
après être descendu dans ces abîmes en-
tourés de murs de glace presque verticaux ,
on ne peut pas se figurer par où l'on en
sortira. Cependant, tant qu'on marche sur
la glace vive , quelque étroites que soient
les arêtes , quelque rapides que soient les
pentes , les intrépides Chamouniens., dont la
tête et le pied sont également fermes, ne
paraissent ui effrayés ni inquiets; ils causent,
rient , se défient les uns les autres ; mais
quand on passe sur les minces voûtes de
neige suspendues au-dessus des abîmes , on
les voit marcher daus le plus profond si-
lence , les trois premiers liés ensemble par
des cordes , à cinq ou six pieds de distance
l'un de l'autre, les autres se tenant deux
à deux par leur bâton les yeux fixés sur
leurs pieds, chacun s'efforçant de porler
exactement et légèrement le' pied dans la
trace de celui qui le précède. Aussi , lors-
qu'après avoir franchi quelqu'une de ces
neiges suspectes , la caravane se retrouvait
sur un rocher de glace vive , l'expression
de la joie et de la sérénilé reparaissait sur
toutes les physionomies ; le babil et la jac-
tance recommençaient." La route à travers
les plaines de neiges n'était guère moins
périlleuse ; quelquefois il fallait marcher
sur l'extrême bord de précipices sans fond ,
tandis que des masses de neige suspendues
en équilibre semblaient prêtes à s'écrouler
en avalanches et à entraîner tout devant
elles. A la fin de cette seconde journée ,
les voyageurs étaient arrivés à une élévation
de 1455 toises au-dessus de la vallée: ils
creusèrent un trou profond dans la neige
pour y passer la nuit, craignant sans cesse
qu'une avalanche ne les vînt engloutir, ou
que le sol s'enfonçant sous leur poids ne
les précipitât dans quelque gouffre. Quoi-
que le froid fût assez vif, ils en étaient
cependant moins tourmentés que de la rare-
té de l'air , qui, ayant perdu la moitié
de sa densité, ne convenait plus à la re-
spiration ; il en résultait des étouffements,
des palpitations , des vertiges , nne perte
comp ète de forces et une accélération ex-
traordinaire dans les mouvements du sang.
Mr. de Saussure trouva cependant encore
le courage de faire des observations, et de
jouir des sensations nouvelles que produi-
sait l'aspect de ces neiges sans limites, sans
mélange, et l'absence totale de mpuvement
et de bruit. Ayant franchi plus de trois
quarts de la route et surmonté les plus
grandes difficultés, la caravane arriva le
lendemain à la cime du mont , après avoir
employé dix-huit heures de marche pour
parcourir une ligne directe de deux lieues.
Le plaisir qu'éprouva Mr. de Saussure en ~
atteignant le but si long-temps désiré, fut