Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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146. LE MONT-BLANC.
De toutes les créations audacieuses et
colossales que la nature a -prodiguées dans
la Suisse , la plus imposante est le Mont-
Blanc , dont la cime forme le point culmi-
nant de l'Europe, et auprès duquel les
autres montagnes ne semblent que des col-
lines, Tous ceux qui ont mesuré ce géant,
ne s'accordent point , il est vrai , sur sa
taille; m.ais ce ui des observateurs qui l'a
réduit à la moindre proportion lui donne
encore 14,346 pieds de hauteur au-dessus
du niveau de la mer ; le maximum proposé
est de 14,806 pieds. Ce sommet dominateur,
qui se ^ fait voir à la ronde d'une distance
d'environ soixante-huit lieues , s'élève dans
la province du Eaucigny , sur les frontières
de la Suisse et de la Savoie , entre les val-
lées d'Entrèves et. de Chamouny. Cette
dernière vallée, longue de cinq lieues , à
eine large d'une demi-lieue, et s'ouvrant à
174 pieds au-dessus du niveau de la mer ,
était demeurée inconnue jusqu'au milieu du
siècle dernier ; elle fut découverte à cette
^oque par les deux voyageurs Pocoke et
Windham , et depuis elle est devenue le
rendez-vous des visiteurs qu'attire la mon-
tagne. Une population de 1600 habitants
y vit de la curiosité universelle , et aussi
de la vente d'un miel délicieux qu'on s'é-
tonne de trouver dans Tempire des glaces et
des neiges.
C'est du milieu de champs de glace que
le Mont-Blanc prend son essor , pour aller
chercher son nom dans la région des nuages.
Ces glaces, qu'entretient la fonte des neiges,
se divisent en une vingtaine de glaciers
dont quelques-uns , se prolongeant pendant
cinq ou six lieues , descendent jusqu'au fond
des plus riantes vallées, où ils porlent la
fraîcheur : les plus renommés, sont ceux du
Tacul, des Bois, des Nantillons , de la Côte,
des Pèlerins, de l'Argentière. La montagne,
dont ces glaciers sont les ouvrages avancés
et les indices lointains , se présente à l'œil
sous des aspects qui varient par les con-
trastes les plus frappants et les plus pitto-
resques , selon les faces par lesquelles on
l'aborde et on ^la contemple. Vu du nord ,
le Mont-Blanc se dresse brusquement en
pyramide avec une hardiesse et une magni-
ficence que rien n'égale. Au sud-ouest et
au nord-ouest, il s'élève par bonds d'étages
en étages, et offre, de sa tête à ses pieds ,
une succession de sommets arrondis. Le
côté du sud , au contraire, est taillé à pic
sur une hauteur d'environ 10,000 pieds ;
l'escarpement y est si rapide et la muraille
si nettement tranchée, que la glace et la
neige ne trouvent point où s'y attacher , et
que la montagne, dépouillée du manteau
qui l'enveloppe partout ailleurs, laisse voir
à nu ses sombres flancs de granit. Vers
l'ouest, le spectacle est tout autre; le rocher
s'affaisse mollement par une pente douce ;
aussi , pendant une étendue de plus de
11,000 pieds entre le sommet et la base,
ne présente-t-il qu'un immense tapis de
glaces et de neiges, d'une blancheur éblouis-
sante et sans tache. La cime ofl're de loin
la figure d'une moitié de sphère comprimée,
et vue de nord-est, elle ressemble assez
exactement à une bosse de chameau ou de
dromadaire ; apparence qui lui a fait donner
par Je peuple le surnom de bosse de dro-
madaire. Cette bosse ue forme point une
surface plane, mais bien une arête si vive,
malgré la neige qui la recouvre, que deux
personnes ne sauraient s'y tenir et y mar-
cher de front.
La cime du Mont-Blanc fut long-temps
considérée comme inaccessible ; plusieurs
fois des voyageurs, par curiosité, par esprit
d'aventure, ou par amour delà science,
avaient tenté de l'escalader ; plusieurs fois
aussi des guides de Chamouny, par point
d'honneur et par rivalité de profession, s'é-
taient mis" en route pour le sommet de la
montagne: ni les uns ni les autres en dépit
de leur résolution et de leurs efforts, n'a-
vaient pu réussir. Ils avaient beau attaquer
le colosse par tous les points, partout ils
avaient été repoussés; les plus hardis et
les plus heureux avaient dû s'arrêter bien
loin encore du but. La gloire de mettre
le pied sur la tête du géant semblait donc
uu triomphe auquel il fallait renoncer ,
lorsqu'un guide de Chamouny, Jacques Bal-
mat , le remporta par hasard. Dans le
cours d'une expédition dirigée sur la mon-
tagne par quelques guides, en 1786, Jac-
ques Balmat s'étant écarté de ses compa-
gnons , avait perdu leurs traces ; surpris
bientôt après par la nuit et par un orage ,
il fut obligé de creuser un trou dpns la
neige pour s'y blottir et y attendre le jour.
Le lendemain matin , se trouvant tout porté
à une grande hauteur , il voulut tirer parti
de son accident, et chercher des routes
nouvelles vers le sommet du mont. Après
quelques tâtonnements, son œil exercé dé-
couvrit un sentier qui lui semblait devoir
conduire jusqu'à la cime. Redescendu à
Chamouny , il fit part de sa découverte au
docteur Paccard, et ils résolurent tous deux