Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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H5. LES PYRENEES.
Il est, des impressions que la plume ne
peut rendre , des idées dont l'âme s'est
nourrie avec volupté , et qui meurent dans
la voix. Le rêve intime de l'artiste est
d'ordinaire plus grand que l'œuvre d'exé-
cution. L'image qu'il a conçue se dénature
ou s'affadit en passant par le pinceau , et
la pensée à laquelle il s'abandonne devient
plus froide ou plus étroite en tombant
dans le mécanisme du langage. Voilà du
moins ce que j'éprouve en me reportant à
cette vive et ardente émotion qui me saisit
lorsque, pour la première fois , je me trou-
vai au sein des Pyrénées. J'avais aperçu
ces montagnes depuis Toulouse, depuis Nar-
bonne, t oujours de loin , comme uu nuap;e
ou une vapeur. Mais, arrivé au delà de
Saint-Gaudens-, je les vis s'élever devant
moi si grandes et si majestueuses , et j'en-
trai dans cette délicieuse vallée qui serpente
au pied de leurs hautes sommités.
C'était le matin , au lever du soleil. Une
partie de ces montagnes était encore revê-
tue d'une teinte d'azur , comme les vagues
de la mer que la lumière n'éclaire pas ,
tandis que l'autre commençait déjà à s'é-
claircir , à s'arsenter aux premiers rayons
de l'aurore. L'épaisse rosée de septembre
étincelait sur toutes les herbes de la prairie,
sur toutes les feuilles des arbrisseaux; un
air frais se jouait à travers les rameaux
flexibles des peupliers, à travers les bran-
ches éplorées du saule des rivières ; et, le
long du cliemin , à droite et à gauche , la
petite porte de la chaumière s'ouvi;ait, et
la jeune femme venait jeter autour d'elle
un regard curieux. Tout échappait au som-
meil, tout s'animait, et le pâtre dans les
champs , et les troupeaux de mulets sur la
grande route , et le vigneron sur le coteau.
Et je m'en allais à pied le long de cette
vallée, heureux d'aspirer cet air frais ,
heureux de voir ces tableaux , heureux de
sentir passer au dedans de moi l'impression
de cette suave et sublime nature. Les
montagnes s'élèvent par coupes détachées ,
par mamelons gigantesques, et se suivent et
s'enlacent comme les anneaux d'une chaîne
continue. Souvent vous croyez voir la route
se fermer brusquement devant vous ; les
montagnes l'arrêtent de toutes parts. Mais
avancez encore : voici la gorge qui s'ouvre,
voici la route qui s'enfuit par une nouvelle
sinuosité, voici le vallon qui se referme
sur vos pas comme un bassin de rivière, et
s'élargit dans une nouvelle enceinte pour
se fermer encore tout à l'heure et s'élargir
de nouveau. Ainsi l'on passe sans cesse à
travers un défilé et une prairie. A chaque
pas c'est un vallon qui s'élargit, c'est l'as-
pect général du tableau qui change , c'est
la cime des montagnes qui s'élance en py-
ramides, s^arrondit comme un globe, se dé-
chire comme les flancs d'un cratère , ou
s'aplanit comme une terrasse. C'est- quel-
quefois une masse de rochers élevée à pic
comme une muraille, puis des forêts de
sapin , puis un espace de verdure , où les
enclos montent , s'étagent l'un sur l'autre
jusqu'à la sommité, où le long de l'étroit
sentier le mulet grimpe avec sa lourde
charge, où la maison du laboureur apparaît
de loin comme un ermitage. Puis au milieu
de ces rochers , de ces montagnes , l'œil ne
se lasse pas de voir cette vallée si riante
et si fertile. Les diverses productions qui
la recouvrent, les arbres de toute nuance
qui y naissent, lui donnent autant de variété
qu'on en trouve dans l'aspect des montagnes.
Les champs portent trois récoltes par année;
les champs couverts de verdure s'offrent au
regard comme une belle nappe d'eau. Ceux
que l'on a ensemencés de blé de sarrasin
exhalent dans l'air uu doux parfum. L'arbre
à fruits de Normandie s'élève auprès du
bouleau, le chêne auprès du cerisier. La
vigne s'élance à la îige des arbres , monte
comme une branche de lierre, s'élargit
comme un chapiteau, et puis retombe et
court à un autre arbre, plie sous le pcfids
de ses grappes, et entoure ainsi l'enclos ,
le jardin , d'une verte guirlande, festonnée
comme une broderie de femme , légère
comme une arabesque de Chenavard. D'un
côté, la route circule, unie et sablée comme
une allée de jardin anglais; de l'autre, la
Garonne se déroule, s'enfuit , revient par
maints détours , disparaît quelquefois sous
des masses de saules; puis se représente
avec ses flots d'azur et d'argent. Tout
cela réuni, vu ensemble, forme un tableau
imposant, solennel, plein de grâce et de
majesté qui tour à tour étonne la pensée ,
l'élève , l'agrandit ou la repose doucement
comme dans un berceau de fleurs. C'est
plus grandiose que le Liebenthal dans le
canton de Berne , plus varié que la vallée
de Saint-Maurice , plus pittoresque que la
vallée de la Mourg dans le pays de Bade,
plus riant que la riante prairie du Doubs ,
entre Dole et Besançon.