Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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Le diamant pourtant n'en fut point converti :
Il se plaignait toujours par quelque nou-
veau cri.
Enfin, touché par sa prière,
L'artiste se rend à ses vœux,
Et le laisse en un coin croupir dans la
poussière,.
Il y resta longtemps sans éclat, sans lumière.
Et dans un mépris odieux.
11 y serait peut-être encore ;
Mais l'artiste sur lui jetant un jour les yeux :
»Quoi, faut-il donc," dit-il, i>que la pou-
dre dévore
Un diamant si précieux?
Nou, non, il faut que je l'en tire."
A ces mots il le prend, et quoi qu'il piït
lui dire,
Il fait jouer sur lui le fer et le ciseau.
Bientôt le diamant, poli par ses travaux,
Prend une figure nouvelle;
Par le feu dont il étincelle
Il éblouit tous les regards.
On vient le voir de toutes parts;
Le prince même s'en étonne;
J1 veut avoir le diamant.
On le place sur sa coua)nne.
Et dans son vif éclat il eu fait l'ornement.
Lui qui jadis, couvert de terre.
Passait pour une simple pierre,
Et n'avait aucun agrément. —
La nature riche et féconde
Nous donnerait en vain Tesprit et les talents ;
Si le travail ne la seconde,
On ne tire auôun fruit de ses plus beaux
présents.
(E. Pagès.)
20. L'AVEUGLE ET LE BOITEUX.
Un pauvre homme qui avait perdu la vue
depuis plusieurs années, allait un soir sur
le grand chemin, tâtonnant avec son bâton.
Que je suis malheureux, s'écriait-il, d'avoir
été obligé de laisser mon pauvre petit chien
malade au logis! J'ai cru pouvoir me pas-
ser aujourd'hui de ce guide fidèle pour aller
au village prochain. Ah! je sens mieux
que jamais combien il m'est nécessaire.
Voici la nuit qui s'approche; ce n'est pas
que j'y voie mieux pendant le jour, mais
au moins je pouvais rencontrer à chaque in-
stant quelqu'un sur ma route, pour me
dire si j'étais dans le bon chemin; au lieu
qu'à présent je dois craindre de ne plus
reucontrer personne. Je n'arriverai pas
aujourd'hui à la ville, et mon pauvre petit
chien m'attend pour souper. Ah ! comme
il va être chagrin de ne pas me voir!
A peine avait-il dit ces paroles qu'il en-
tendait quelqu'un se plaindre tout près de
lui. Que je suis malheureux! disait celui-ci ;
je viens de me démettre le pied dans cette
ornière; il m'est impossible de l'appuyer à
terre. Il faudra que je passe ici toute la
nuit sur le chei
pauvres parents?
ie je
nuit sur le chemin. Que vont penser mes
L'aveugle. Qui êtes-vous, s'écria l'a-
veugle, vous que j'entends pousser des plain-
tes si tristes?
Le boiteux. Hélas! répondit le boi-
teux, je suis un pauvre jeune homme, à
qui vient d'arriver un cruel accident. — Je
revenais — tout seul du village voisin; je
me suis démis le pied, et me voilà condamné
à coucher dans la boue.
L'aveugle. J'en suis bien fâché, je vous
assure, mais dites-moi, y a-t-il encore un
reste de jour, et pouvez-vous voir le grand
chemin?
Le boiteux. Ah! si je pouvais marcher
aussi bien que j'y vois, j'aurais bientôt tiré
mes chers parentS' d'inquiétude
L'aveugle. Ah! si je pouvais y voir
aussi bien que je marche, j'aurais bientôt
donné à souper à mou chien.
Le boiteux. Vous n'y voyez donc pas,
mon cher ami?
L'aveugle. Hélas! non; je suis aveugle
comme vous êtes boiteux. Nous voilà bien
chanceux l'un et l'autre. Je ne puis pas
avancer plus que vous.
Le boiteux. Avec quel plaisir je me
serais chargé de vous conduire!
L'aveugle. Comme je me serais em-
pressé d'aller vous chercher des hommes
avec un brancard ! ,
Le boiteux. Ecoutez, il me vient une
idée. Il ne tient qu'à vous de nous tirer
de peine tous les deux.
L'aveugle. Il ne tient qu'à moi? Voy-
ons, quelle est votre idée? J'y tope d'avance.
Le boiteux. Les yeux vous manquent,
à moi ce sont les jambes. Prêtez-moi vos
^jambes, je vous prêterai mes yeux, et nous
voilà Tun et Tautre hors d'embarras.
L'a Ve u gl e. Comment arrangez-vous cela,
s'il vous plaît?
Le boiteux. Je ne suis pas bien lourd
et vous me paraissez avoir de bonnes épaules.
L'aveugle. Je les ai assez bonnes. Dieu
merci.
Le boiteux. Eh bien, prenez-moi sur
votre dos; vous me porterez et moi je vous
montrerai le chemin; de cette manière, nous
aurons à deux tout ce qu'il faut pour arri-
ver à la ville.