Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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du Rhône et à l'extrémité de la Camargue ,
en fit de tout temps un lieu favorable au
commerce. Ce fut pour éviter les obstacles
que la barre du Rhône opposait à la navi-
gation que Marius fit creuser le canal déri-
vatif appelé encore aujourd'hui Fosse Ma-
rianne. Les latinistes prétendent même
qu'on retrouve le nom du grand capitaine
dans l'appellation moderne de la Camargue
(Caii Marii ager , Champ de Caïus Marius).
Si indulgent qu'on puisse être pour les
étymologistes et leurs travaux , il faut con-
venir que voilà une étymologie qui vient de
loin, et l'on peut hardiment préférer l'opi-
nion de ceux qui retrouvent l'origine du
mot Camargue dans le mot espagnol camarca
(frontière).
Les Grecs n'ont laissé de leur occupation
aucune truce , mais celles de la domination
romaine font l'orgueil et la gloire de la
ville moderne. César l'éleva au rang de
colonie Julienne, et elle devint depuis telle-
ment latine, qu'elle fut nommée la petite
Rome des Gaules. Elle comptait alors plus
de 100,000 habitants. Constantin y résida
et l'enrichit de plusieurs monuments , entre
autres du palais de La Trouille, qui devint
au moyen âge la demeure des seigneurs du
pays. Lorsque Constantin résolut d'aban-
donner Rome, ou dit qu'il pensa un instant
à Arles pour en faire, au lieu de Byzance ,
la capitale de son iiaaiense empire. L'ima-
gination peut bâtir un monde de conjectures
sur les conséquences qu'aurait amenées l'exé-
cuiion d'un pareil projet; mais rien ne dé-
montre clairernent qu'il ait jamais été conçu.
Ce qui n'est pas douteux, c'est que le même
empereur convoqua le premier concile d'Oc-
cident (314) à Arles, déjà convertie au
christianisme par saint Trophime. Environ
un siècle plus tard, en 418, Honorius réunit
dans cette ville, alors la métropole des Gau-
les, l'assemblée des sept provinces.
Presque toutes les hordes barbares qui
vinrent s'abattre sur le cadavre du monde
romain traversèrent Arles et y marquèrent
leur passage par la dévastation et la ruine.
Malheureusement les barbares ne furent pas
les seuls qui s'acharnèrent sur les chefs-d'œuvre
de l'art que la civilisation romaine y avait
élevés, Le zèle iconoclaste des premiers
chrétiens^fut aussi fatal aux palais, aux tem-
ples et-aux statues, que les invasions et les
sièges des peuples du Nord.
Après les barbares du Nord, les Sarrasins
s'emparèrent d'Arles sous la conduite de
Yousouf ben Abd-el-Rhaman. Us s'y éta-
blirent, et l'on fait dater de leur occupation
les deux tours qui surmontent encore au-
jourd'hui le Colysée. Arles passa ensuite
sous la domination de Boson, qui essaya de
se tailler un royaume dans les débris de l'em-
pire de Charlemagne. Mais ce royaume qui
relevait de l'empire d'.Allemagne, n'eut jamais
qu'une existence fort contestée. Les comtes
de Provence arrivèrent, qui firent disparaître
peu à peu l'autorité des rois d'Arles; néan-
moins les empereurs d'Allemagne conser-
vèrent ce titre, qui-passa en 1032 à Conrad
le Salique. Frédéric 11 fut le quinzième et
le dernier roi d'Arles," en 1214.
Dans la lutte des trois maisons de Pro-
vence, de Toulouse et d'Aragon, Arles se
prononça presque toujours pour les Espa-
gnols. Alphonse y vint souvent tenir sa cour,
cour brillante et chevaleresque dont le séjour
était l'occasion de fêtes brillantes , joutes ,
tournois , cours d'amour , carrousels et cour-
ses aux taureaux, d'où sont peut-être venues
les ferrades si courues aujourd'hui par les
populations d'Arles et de Nîmes.
Toutefois , et malgré les maîtres divers
qu'elle eut à subir, Arles essaya souvent de
maintenir son indépendance. Elle avait gardé
les traditions municipales que lui avait lé-
guées l'empire romain. En 1150 elle nom-
mait , elle élisait quatre consuls ; plus tard
le nombre de ces magistrats s'éleva jusqu'à
douze.- Leur élection était à deux degrés ,
et leur pouvoir ne durait qu'un an. Vers le
milieu du XIIIr siècle, on leur adjoignit un
podestat d'origine étrangère et un juge supé-
rieur auquel on pouvait appeler des décisions
du podestat.
A cette époque, la population d'Arles
n'était plus que de 40,000 habitants. Néan-
moins c'était une cité riche et puissante
pour ces temps de décadence el de barbarie.
Elle avait une marine qui faisait le com-
merce de la Méditerranée, et, quand Charles
d'Anjou entreprit de porter le dernier coup
aux libertés provençales, elle s'unit avec
Marseille pour défendre contre la barbarie
féodale la cause de la nationalité et de la ci-
vilisation, héritages des Romains. La barbarie
triompha, et depuis Arles n'occupa plus
qu'une place obscure dans l'histoire.
Cependant nous la voyons défendre avec
énergie la cause nationale après sa réunion
à la France. Don Alphonse d'Alvaros, gé-
néral des armées espagnoles sous Charles-
Quint , essaya vainement de s'en emparer.
Mais à partir de ce moment Arles met à
épouser et à abandonner toutes les causes
une facilité qui tient du prodige. D'abord
attachée à la ligue, elle se hâte de recon-