Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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s'étend et rayonne sur les étalages où tout
est acier, or, soie, argent, cristal ou pierres
précieuses; mille feux en jaillissent et sont
réfléchis par les surfaces d'acajou poli ou
des parois de glace étamée; car le nombre
de glaces qui tapissent le Palais-Royal , à
tous les étages, est incalculable; l'étranger,
ébloui , se demande si du rez-de-chaussée
jusqu'au faîte, le Palais-Royal ue serait pas
tout entier un bazar, et s'il existe une par-
tie secrète et invisible oii la population qui
l'habite puisse goûter les douceurs du som-
meil.
En effet, l'industrie a tout envahi dans
ce palais: au-dessus des magasins, des
salles de bain, de restaurants, de billards,
d'estaminet, de lecture, d'exhibitions oc-
cupent le premier; et les étages supérieurs
semblent appartenir à des artistes de tout
genre, peintres, graveurs-, dentistes, coif-
feurs, etc. Aucune famille bourgeoise ne
saurait y fixer son domicile; oit- n'habite
- point le Palais-Royal comme un autre lieu,
on ne l'habite pas si l'on n'est marchand ,
car c'est à être marchand que s'y borne
presque toute l'existence; quiconque vient
s'y établir renonce aux commodités et aux
agréments domestiques, aux doux charmes
de l'intérieur et au plaisir du chez soi; au
contraire, partout le public est chez vous,
on se resserre, on se rétrécit, on s'amincit,
pour ainsi dire, afin de laisser plus déplacé
à la marchandise et aux acheteurs ; on n'est
point là pour vivre , mais pour vendre.
Aussi quelle parcimonie et quelle exigence
dans la concession du moindre espace ! Le
seul droit de la location des chaises , dans
le jardin, rapporte trente-deux mille francs
par an.
Tous les magasins sunt consacrés , dans
ce riche bazar, aux objets de luxe et aux
brillantes superfluités. Vainement y cher-
cheriez-vous les gros meubles et la plupart
des ustensiles de ménage ; ils en sont exclus,
non seulement parce qu'ils exigeraient des
locaux trop spacieux , mais parceque le
Palais-Royal n'est point le bazar des Pa-
risiens; c'est se tromper que de donner le
nom d'habitants de ce lieu aux locataires
qui en sont les simples desservants ; il
semble qu'ils aient été commis par leurs
compatriotes pour étaler aux yeux des
étrangers tout ce que le génie culinaire a
imaginé de plus savoureux ; tout ce que
les soins de la culture produisent de plus
beau , de plus exquis , de plus suave , tout
ce que les arts exécutent , en tout genre ,
de plus parfait. Le commerce, la mode, les
saisons et même les heures courent sans
cesse de magasin en magasin pour y faire
entrer la nouveauté sous toutes les formes ,
et le Palais-Royal est à tous les instants
une école de goût pour les autres marchands
de la capitale.
La p lysionomie particulière du Palais-
Royal ne se forme pas seulement du brillant
assemblage des richesses que j'ai décrites,
mais aussi du genre de public qu'elles atti-
rent et pour qui elles sont faites. Les vrais
habitants du Palais-Royal sont précisément
ceux qui n'y couchent pas , ceux auxquels
il peut offrir toutes les jouissances, excepté
un refuge pour le sommeil ; du moins il n'y
existe point d'hôtels garnis.
Tout ce qui n'a point à Paris une exis-
tence régulière, complète et stable, vient
se fondre et faire nombre parmi le public
spéchd ^du Palais-Royal. L'observateur y
reconnaît pêle-mêle les étrangers, de tous
les pays, les voyageurs de tous les départe-
ments , les célibataires, les étudiants , les
réfugiés , les officiers en congé ou à demi-
solde, les intrigants, les agitateurs politiques,
enfiu quiconque attend du hasard et d'une
rencontre un repas . une entrée au spectacle
ou une soirée agréable.
J'ai présenté le tableau du Palais-Royal
sous les prestiges de l'illumination qui s'y
répète chaque soir; il serait peu intéressant
de le montrer le matin lorsqu'il n'est encore
que le domaine des écoliers, des enfants
et des bonnes. Cependant vers dix heures
il commence à s'animer. Les lecteurs de
journaux arrivent. Les cafés s'emplissent
aussi, tandis que les restaurants , auxquels
ils ont complètement ravi le privilège des
déjeûners à la fourchette , restent encore
déserts ;'bientôt le commis de commerce ,
les gens affairés , sillonnent les allées dans
toutes les directions; déjà les oisifs flaneurs,
et \m attroupement quotidien de trois ou
quatre cents personnes , vers un point fixé,
indiquent aux passants que midi va sonner.
Plût à Dieu que les canons du monde en-
tier fus'^ent pareils à l'artillerie du Palais-
Royal , et que leurs détonnations n'eût ja-
mais causé d'autre mal que le tressaillement
léger de quelques demoiselles de comptoir
et de plusieurs marchandes trop nerveuses !
Ce canon est placé dans le carré d'Apollon,
et c'est lui qui'le tire.
Œ. Koch.)