Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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sont trop étroites. Pendant ce temps, les
pétards retentissent ; une pluie de feu
tombe de tous côtés. Enfin, les trois bombes
finales s'élèvent majeslueusement, éclatent,
s'épanouissent en blanches étoiles, et tout
rentre dans l'obscurité.
Aussitôt toute cette foule se remet en
marche , devisant sur les plaisirs du jour.
Des colonnes immenses regagnent les fau-
bourgs éloignés ; on entend comme le bruit
des pas d'une innombrable armée. Les papas
discutent, tout en traînant de moitié avec
leurs femmes les petits enfants endormis.
Tout en parlant, et à travers les pétards
que les gamins vous lancent dans les jambes,
malgré les injonctions de la police, on arrive
chez soi. Les portiers et portières, cloués
à leur porte et qui ont tâché d'apercevoir
de loin Je haut des fusées=, vous demandent
d'un air honteux des nouvelles de la fête ;
puis chacun se couche, moulu, harassé,
assommé, mais prêt à recommencer quand on
voudra , et fermément persuadé qu'il s'est
admirablement diverti.
139. LE PALAIS ROYAL.
Parcourez les principales villes de l'Eu-
rope , vous y verrez des cathédrales gothi-
ques , des jardins et des palais auxquels
Paris et les autres villes de France auront
à opposer des monuments de même genre ;
remontez aux temps anciens ; embarquez-
Vous sur le vaisseau d'Anacharsis , vous
visiterez la Grèce dans sa s dendeur, et
lorsque vous aurez admiré les Propylées, le
temple de Thésée et le Parthénon , la nou-
velle Athènes pourra mettre en regard de
ces édifices son Panthéon, son Louvre, sa
Bourse et son église de la Madeleine ; mais
nulle part vous ne retrouverez un Palais-
Royal, ni rien qui lui ressemble.
Venez-vous le voir pour la première fois,
et le voulez-vous dans tout sou éclat ? C'est
au milieu d'une belle soirée du mois de
juillet que nous entrons dans ce séjour de
la féerie ; la chaleur a rempli les allées de
promeneurs, et garni tous les bancs de
pierre d'habitués assez économes pour n'ai-
mer à respirer le frais que sur des sièges
exenipts de tributs. Vis-à-vis des rangées
de chaises, qu'une redevance légère n'em-
pêche point d'être toutes occupées, sont
adossées aux grilles de deux rectangles qui
enferment chacun une pelouse vierge daiis ut\e
ceinture de fleurs, et dont on a fait les parter-
res de Diane et d'Apollon placés au centre
sur des piédestaux. D'autres chaises, dirpo-
sées en cercle, entourent le bassin qui sépare
les deux parterres, et d'où s'élance une
gerbe d'eau considérable pour retomber en
fleur de lis non encore proscrite. Là vien-
nent humer une poussière humide ceux
dont la fraîcheur de l'atmosphère n'attiédit
pas suffisamment l'haleine, tandis qu'à l'ex-
trémité de l'un des carrés, une aspiration
plus active ,et des substances moins vapo-
reuses humectent les gosiers tout-à-fait
brûlants.
Eu cet endroit, une multitude de guéri-
dons verts supportent, pour les convives
des deux sexes assis alentour , des plateaux
couverts de glaces pyramidales diversement
colorées. Les attitudes, les causeries bru-
yantes et les rires des gourmets, les cris
et l'empressement des garçons qui les ser-
vent , les arbustes fleuris dont les caisses
établissent les limites latérales de la salle
des rafraîchissements, les brillants reflets
de la rotonde qu'on imaginerait ressembler
à un kiosque oriental, le mouvement non-
interrompu de la foule plus ramassée ici
qu'ailleurs, qui va, vient, se croise, et cir-
cule en tout sens, forment un spectacle des ,
plus pittoresques et des plus animés. Aux
premières atteintes du froid, toute cette
activité disparaît, mais elle ne fait que se
déplacer , et on la retrouve dans les gale-
ries. Alors le foyer d'un théâtre royal,
pendant l'entr'acte qui succède à une pre-
mière représentation , n'offre pas un coup
d'œil plus éclatant ni un aspect plus agité
que la galerie d'Orléans enfermant un monde
de promeneurs sous son immense dôme de
cristal. Cependant depuis des heures en-
tières, la population laborieuse des fau!)ourgs
est livrée au sommeil; les rues plus centrales
sont silencieuses et abandonnées à la seule
clarté des réverbères ; vous croiriez la ville
complètement ensevelie dans le repos; mais,
en a}>prochant du Palais-Royal, vos yeux et
vos oreilles s'étonnent, vos sens, déjà engour-
dis, se réveillent, et arrivé dans l'enceinte,
vous la trouvez encore pleine de vie et res-
plendissante de lumière; c'est le cœur qui
reste chaud longtemps après que les extrémités
sont devenues froides.
Plus de deux cents jets d'une lumière
aussi limpide qu'abondante, plus douce, plus
égale et plus vive que son ancienne rivale ,
dessinent les cintres d'un même nombre
d'arcades et versent un jour pur sous les
portiques. A cette clarté vient se mêler
celle des niagasins qui s'échappe par des
issues dix fois plus nombreuses; elle glisse,
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