Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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patraque : quaud tout cela est solidemeut
attaché, on hi&se la couronne au moyen
d'une poulie et d'une cOrde passée dans
une rainure intérieure. ,
Les premiers qui tentent l'ascension n'es-
pèrent rien, comme bien vous pensez: c'est
seulement pour mettre la chose eu train,
pour préparer et nettoyer la voie. Mais
peu-à-peu on arrive un peu plus haut.
Néanmoins, pendant longtemps encore, on
ne fait que de vaines tentatives; arrivés à
une certaine hauteur, les concurrents dé-
gringolent rapidement. Enfin, le charme est
détruit: un vigoureux gaillard a dépassé le
point où l'on s'est arrêté jusqu'ici ; il monte
toujours; mais il est las, il se ralentit. On
l'encourage, il n'a plus que quelques pieds
à franchir; il fait efîbrt, mais il ne gagne
plus rien. Au bout de trois minutes de
repos, il recommence à vouloir monter, mais
c'est en vain, il s'épuise, et n'avance pas.
Il commence même à reculer, et parvient
à regagner ce qu'il a perdu. Mais cet ef-
fort. surnaturel l'a achevé. Tout-à-coup un
murmure, moitié de raillerie, moitié de
compassion, se fait entendre, et le pauvre
diable redescend le long du mât bien plus
vite qu'il n'était monté.
En voici un qui monte, un autre le suit,
un troisième vient après, puis un quatrième,
-puis un cinquième. Voyez l'industrie, ils
se servent de marche-pied les uns aux
autres; le premier met ses pieds sur les
épaules du second, le second sur celles du
troisième, et ainsi de suite. Quand le chef
de la file s'est bien reposé, il se remet en
route. Arrivera-t-il? oui. C'est Amérique
Vespuce dérobant à Colomb le prix de ses
fatigues. Il saisit la couronne, monte enfin
au sommet du mât, et arrache la banderole.
Perché là-haut, il promène sur la foule un
regard orgueilleux et redescend avec son
trophée. C'en est fait, le mât est essuyé
dans toute sa longueur ; les pendeloques
d'argent sont enlevées tour à tour, car cha-
cun ne doit prendre qu'un seul objet. Les
quatre mâts n'ont pas été dépouillés en
même temps. Toutefois, il est, je crois,
inouï qu'il en soit jamais resté un seul in-
expugnable.
Cependant le soleil a disparu derrière
les arbres. On va diner : puis on revient
pour le feu d'artifice. Les illuminations
commencent. Les marchands, brévetés du
gouvernement imposent au-dessus de leurs
portes des drapeaux et des transparents
avec de belles devises. Partout des ifs
chargés de lampions, des guirlandes de
verres de couleur, et, dans le lointain, le
Panthéon avec ses rubaus de feu et sa cou-
pole qui monte dans le ciel.
La foule est toujours la même dans les
Champs-Elysées. Le feu d'artifice se lire
de bonne heure: c'est sur la place Louis XV.
Tous les environs, les quais, la rue Royale,
la terrasse des Tuileries, sont encombrés
d'une foule épaisse. Les Parisiens ne sont
jamais rassasiés de feu d'artifice. Quoique
ce soit toujours la même chose, ceux qui
en ont déjà vu cinquante n'en voudraient
pas manquer un seul pour tout l'or du
monde. Ou attend des heures sur ses
jambes, pour acheter un insipide plaisir de
quelques minutes. Et Dieu sait tous les
mouchoirs, toutes les tabatières, toutes les
montres, toutes les bourses qui se volent
dans l'intervalle.
Mais tout-à-coup le signal est donné.
Le sieur R.. artificier de la ville, fait mettre
le feu à ses chefs-d'œuvre de pyrotechnie.
Les pots-à-feu entrent en exercice. Bom-
bes , étoiles, chandelles romaines, fusées
volantes, serpenteaux, soleils, gerbes, feux
de Bengale, rieu n'y manque. Des écha-
faudages s'illuminent et vomissent des flam-
mes. Des cascades de soufre et de salpêtre
croisent en sifSant leurs écumes d'étincel-
les. Et puis arrivent des accidents, sans
lesquels i n'y a point de fête complète.
Les baguettes des fusées, en retombant
perpendiculairement d'une hauteur de trois
cents pieds, percent les chapeaux et les
têtes; et pour surcroît de malheur, vingt
mortiers éclatent à la fois: une bataille
n'est pas plus meurtrière. La peur com-
mence à gagner de proche en proche, on
s'ébranle, on se prépare à la fuite, lorsque
soudain une effrayante clarté rougit l'atmo-
sphère: c'est le bouquet d'après lequel on
juge, tout le reste et qui va décider ce
qu'on doit penser de la journée, parceque
la dernière impression est toujours celle
qui domine le plus. C'est comme un vaste
faisceau d'éclairs et de foudres dont le lien
se brise et qui se disperse au loin dans
l'espace ; des centaines de fusées, dans leurs
flancs des millions de serpenteaux, s'élan-
cent à la fois comme des dragons flam-
boyants avec des sifflements épouvantables;
elles courent, elles montent les unes par-
dessus. les autres; elles sillonnent les airs,
elles envahissent le ciel; on les voit au-
dessus de sa tête; les voilà qui vont retom-
ber. Oh, alors c'est une terreur, une con-
fusion, une déroute qu'on ne peut peindre;
on se pousse, on s'écrase; toutes les issues