Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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chent avec sécurité; ils sont tranquilles, ils
sont fiers, ils sont rois. Défense aux voi-
tures de circuler dans la foule. Le bour-
geois, endimanché, se trimbale avec sa
femme et ses enfants, montrant une phy-
sionomie moitié ,satisfaite, moitié ennuyée.
Les Champs-Elysées sont devenus une
immense foire, où abondent surtout les co-
mestibles; c'est jour de bombance. Liqui-
des] et solides sont ici en profusion. Tous
les petits débitants ambulants sont accou-
rus; des approvisionnements énormes ont
été faits. Que de victuailles de tout genre!
que de pâtisserie! que de sucreries! quelles
piles de plaisirs, de gaufres, de sucre
d'orge !
Dites-moi, à voir toutes ces tentes dros-
sées au loin, ne se croirait-on pas au milieu
d'un camp, entouré des pavillons d'une ar-
mée? Tous ces établissements sont des re-
staurants improvisés, partout on festine.
Les cantinières font couler le vin et l'eau-
de-vie. En avant les poêles où frémissent
les crépinettes! en avant les cervelas à
l'ail! en avant les brouettes de crabes et
de crevettes toutes cuites! en avant les
barils de bière et de cidre!
La man^eaille est le fond de toute ré-
jouissance humaine; c'est par Jà qu'on capt^
la bienveillance et des grands et des petits.
Aussi le gouvernement faisait-il autrefois
des distributions de boissons et de vivres.
Sous l'empire, et longtemps sous la restau-
ration, à certaines époques, on lapidait le
peuple dans les Champs-Elysées a coups
de comestibles. Charmante coutume ! c'est
dommage qu'on l'ait abolie. D'espace en
espace on élevait des espèces de buffets :
'es uns étaient pour le vin, les autres pour
le pain et la viande. Mais aujourd'hui il
n'y a plus de vin gratis. Ce qui reste est
véritablement le beau côté des fêles pu-
bliques. C'est le carré Marigny d'abord,
"'éternel carré Marigny, avec ses théâtres,
ses danseurs de corde, ses orchestres, ses
mâts de cocagne.
Qui ne connaît pas le Marigny? Lequel
de nous autres flaneurs de la grande ville,
'est allé plus d'une fois promener son dés-
œuvrement dans ce vaste emplacement,
rendez-votis immémorial des joueurs de
paume, des joueurs de ballon, des joueurs
de boule, et des joueurs de quilles? -
Cependant, par un soleil ardent, au son
du violon qui se perd dans les airs et dans
la rumeur de la foule, les quadrilles se
forment, les contredanses vont leur train,
est tout profit pour les habitués des bas-
tringues; car ici le cavalier même ne paie
rien. Approchez, vous vous amuserez: il
y a toujours dans ces occasions quelque
lourdaud qui sert de bouffon à la compa-
gnie, et qui égaie le bal par ses gentillesses.
Tandis qu'on danse sur la terre, d'autres
dansent sur la corde. La troupe des* acro-
bates de madame S. fait ses exercices en
plein air. Quand les funambules de toutes
les tailles ont paru sur la corde, depuis le
tout petit enfant qui peut à peine marcher,
jusqu'à Paillasse qui est le plus malin de
tous et qui danse toujours sans balancier,
on détend la corde, on couche les chevalets,
et chacun, toujours par rang de taille, s'é-
lance, presse du pied le tremplin élastique
et fait le saut périlleux. Paillasse plus fort
que les autres, le fait à-travers plusieurs
cerceaux tendus de papier, qu'il crève, tout
en accomplissant sa culbute,
Eaisons maintenant un demi-tour. Nous
voici en face d'un théâtre oîi depuis le
matin, on a déjà représenté vingt fois la
même pantomime. C'est sur ce théâtre
que j'ai vu représenter tous les exploits de
la restauration. J'y ai vu une armée fran-
çaise de dix vétérans, envahir un royaume
d'Espagne de dix pieds carrés, et prendre
d'assaut un Trocadéro de carton; j'y ai vu
la bataille de Navarin livrée entre deux
batelets, et une population grecque de
quatre hommes, trois femmes et deux en-
fants, remercier, en levant les mains au
ciel, l'armée libératrice, toujours composée
des dix vétérans d'usage; j'y ai vu, enfin,
une flotte d'un seul vaisseau, canonner une
ville d'une seule maison qui figurait Alger,
et les éternels vétérans opérer avec bon-
heur leur descente, malgré quatre ou cinq
Bédouins qui, ce jour-là, furent tués au
moins soixante fois chacun.
Une chose beaucoup plus dramatique que
tous ces drames-ià, c'est 'un mât de co-
cagne; nous en avons vu quatre autour de
nous. Us ont environ dix-huit pouces de
diamètre à leur base; ils sont plus polis
que de raison, et déplus, chaque fois qu'on
en fait usage, on les enduit, de pied en
cap, d'une épaisse couche de savon noir,
de saindoux, de suif, de vieux oing, de
cambouis; tout ce qu'on peut imaginer de
plus gras et de plus sale. Les mâts bieu
graissés, on les dresse. Ils sont pavoisés,
la banderole, représentant le premier prix,
flotte à l'extrémité; la couronne est un
cerceau couvert de feuillage, auquel on at-
tache les prix : ces prix sont de l'argenterie,
deux couverts, une timbale, une méchante
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