Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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Sur un museau noir, tant et tant qu^à la fin
il n'en resta plus que quelques bribes.
Dans la seconde et troisième fosse sont
des ours bruns adultes d'une très forte
taille, et dont les deux plus gros sont nés
dans la Ménagerie. Leur mère était moitié
moins grande qu'eux, d'iin pelage jaunâtre ,
et il lui manquait un œil qu'elle avait per-
du dans un combat avec un animal de son
espèce. Elle eut trois petits dont elle prit
les plus tendres soins. Sans cesse elle
était occupée à les lécher, les nettoyer et
quand le temps lui paraissait favorable ,
elle les prenait dans ses bras et les portait
au soleil pour les faire jouer. Quoiqu'elle
fût excellente mère pour tous trois , il était
cependant très visible qu'elle en préférait
un, et c'est toujours par celui-là qu elle
commençait à distribuer ses soins et ses
caresses. Quand les petits devinrent un
peu forts et commencèrent à jouer, ils se
mordaient ou s'égratignaient jusqu'à se faire
crier, et le jeu finissait presque toujours par
une bataille. Aussitôt elle accourait pour
séparer les combattants; mais j'ai constamment
remarqué qu'à tort ou à raison elle commen-
çait toujours par battre les deux frères de
son favori, et que, dans sa plus grande
colère, elle se bornait à grogner un peu con-
tre ce dernier. Cependant ces trois enfants,
à part ces petits débats, se-témoignaient une
affection mutuelle qui aurait pu faire honte
à certains hommes. Un jour j'en ai vu une
preuve des plus curieuses. La mère, je ne
sais pourquoi, ne voulait pas qu'un de ses
enfants sortît de la loge où elle le tenait
prisonnier. Elle s'était placée devant la porte,
et chaque fois que le petit faisait mine de
vouloir sortir, elle le repoussait dedans
avec la patte, et le mordait même quand il
avait l'air d'insister. Son favori s'aperçut de
cette petite tyrannie, et résolut de délivrer
son frère, il s'approcha de la mère, qui
barrait ia porte avec son corps, .et lui fit
quelques-unes de ces petites agaceries aux-
quelles elle avait l'habitude de toujours ré-
pondre par quelques caresses. Pendant ce
temps le prisonnier cherchait à s'évader,
mais en vain; car l'œil courroucé de la
mère ne le quittait pas, et elle interrompait
toujours ces jeux avec son favori assez à
temps pour repousser l'autre dans le fond
de la loge. Alors le bon frère désespérant
un moment de libérer son camarade, faisait
deux ou trois tours dans la fosse, puis re-
venait à la charge avec la même manœuvre,
mais toujours sans succès. Ce manège eut
lieu cinq ou six fois. Enfin, il imagina, en
jouant avec sa mère, d'entrer le derrière
de son corps dans la loge, de manière à
occuper la porte avec elle; puis tout-à-coup,
et toujours en jouant, il s'appuya contre
elle de toutes ses forces, la serra contre
un des côtés, fit un vide de l'autre, et le
prisonnier, profitant lestement du petit es-
pace que l'autre lui ménageait, s'élança de-
hors et fut libre. Aussitôt le favori quitta
la mère pour caresser son frère. Tout ceci
fut fait avec une foule de petits détails
qu'il est impossible de raconter, mais qui
ne me laissèrent aucun doute sur les inten-
tions et l'intelligence que chacun des trois
mit dans cette petite scène de famille. Il
est fort remarquable que jamais la mère,
tant qu'elle a vécu, n'a perdu son autorité
maternelle, même quand ses enfants furent
devenus beaucoup plus grands qu'elle.
138. LES EÊTES PUBLIQUES A PARIS. '
Depuis que je suis au monde, j'ai toujours
vu les Champs-Elysées servir de principal
théâtre aux réjouissances publiques. Bon
Dieu! quand j'y pense, combien on s'est
réjoui dans ce lieu-là, tant sous l'empire
que pendant- la restauration ! et combien
on s'y réjouira encore," si le ciel est assez
bon pour nous donner seulement cinquante
aus d'existence.
C'est une chose, à voir après tout qu'une
fête aux Champs-Elysées, ne fut-ce que pour
en médire. Les préparatifs se commencent
longtemps d'avance, et le Parisien jouit
des préparatifs presque autant que de la
fête même. On construit des théâtres, on
échafaude des orchestres , on dresse des ifs,
ou suspend des guirlandes de bois, on cloue
des tasseaux à tous les arbres pour sup-
)orter des lampions. Tout ie monde est
)ien averti que tel jour on se réjouira.
Aussi personne ne manque au rendez-vous.
Gare! gare! gare! voilà la cité géante
qui sfe met en mouvement. Sauve qui peut!
la débâcle commence, l'écluse est lâchée,
la cataracte est ouverte. Tous les aboutis-
sants vomissent la foule dans les Champs-
Elysées, comme des fleuves qui débouchent
en écumant dans la mer. Le ban et l'ar-
rière-ban de la badauderie sont sur pied,
des myriades d'individus affluent sur un
seul point, c'est comme le gouffre de l'éter-
nité : tout y entre et rien n'en sort. La
banlieue même se dépeuple pour grossir
cet océan d'hommes qui roule et gronde,
dans les Champs-Elysées,
C'est le beau jour des piétons; ils mar-'