Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
— 159 ---
de curieux continuellement pressée devant
trois fosses profondes entourées de murs et
des balcons en fer , le long de la grande
allée des Marronniers , en montant vers le
petit Labyrinthe. C'est Buffon qui , en
1740, fit creuser ces fosses. Si notre mé-
moire est fidèle, les premiers animaux qu'on
y plaça furent des sangliers. Depuis , on y
enferma des ours noirs d'Amérique, des ours
bruns d'Europe, et de nombreux individus
de cette espèce s'y sont succédé avec assez
de rapidité et sans iuterru])tion.
Un arbre mort s'élève au milieu de la
cour de chaque fosse pour servir aux exer-
cices gymnastiques des animaux. A droite
et à gauche. sont des espèces de niches
destinées à servir de logement aux ours
rendant les nuits orageuses, et d'abri contre
e soleil et la pluie pendant le jour. Ces
loges sont -munies de forts barreaux de fer
et d'une solide porte à coulisse que les
gardiens ferment à volonté de dessus les
murs de séparation, sans être obligés d'en-
trer dans les fosses. Ils peuvent renfermer
les ours et descendre saus danger pour net-
toyer et faire les réparations nécessaires.
Enfin les trois fosses communiquent en-
semble au moyen de portes basses qui per-
mettent de faire paèser les animaux de
l'une dans l'autre, quand on le trouve con-
venable.
On a vu pendant deux ans, dans la pre-
mière fosse, un ours blanc fort beau, qui
n'a pas pu résister à la chaleur de notre
climat, malgré les . bains fréquents qu'il
prenait dîins une grande auge de pierre
où tombe constamment un filet d'eau fraîche.
Quelque mauvaise que soit la réputation
de ses pareils , cet ours ne paraissait ni
plus farouche, ni plus féroce , ni plus car-
nassier que nos ours des Pyrénees'. Un
tour j'ai vu un curieux jeter un petit chat
de deux ou trois mois daus sa fosse; le
pauvre chat courut se tapir dans un angle
des murs , et eut grand' peur quaud 11 vit
le monstrueux animal s'approcher de lui à
grands pas. Dans sa frayeur mortelle, il
se hérissa, fit le gros dos, et se, mit à mon-
trer les dents et jouer des griffes au moment
où son ennemi avançait le museau. Surpris
par cette attaque imprévue, l'ours fit un
bond en arrière, gagna lestement l'autre
côté de la cour , et n'osa plus s'approcher
du malheureux chat que l'on parvint à re-
tirer sain et sauf.
Aujourd'hui, ce sont de jeunes ours bruns
qui habitent cette fosse. Trois paraissent
être frères et ont été pris dans le Nord, Ils
ont un pelap jaunâtre, et ne paraissent pas
devoir atteindre une très grande taille. Le
quatrième est d'une couleur beaucoup plus
foncée. Du reste, les ours de cette espèce
varient beaucoup, soit pour la grandeur,
soit pour la couleur du pelage, sans pour
cela constituer des variétés constantes. Les
quatre oursons de cette fosse sont très vifs,
joueurs, pleins de gaieté et presque de gen-
tillesse. Quand ils jouent ensemble on ne
peut s'empêcher d'être frappé de la ressem-
blance de leurs gestes et de leurs attitudes
avec ceux de deux jeunes enfants. Quelque-
fois dans les luttes , le vaincu se relève ,
s'éclipse doucement, puis d'un bond se place
sur l'auge et attend son antagoniste dans
une posture souvent très grotesque. Si
celui-ci approche, avec sa large patte il lui
lance aussitôt une nappe d'eau à la figure :
alors il faut voir la triste figure du pauvre
inondé et ses grimaces comiques. Souvent
l'ourson le plus faible à la lutte est le plus
habile dans les autres exercices gymnastiques.
Il n'attend pas son adversaire sur l'arène,
mais après s'être approché de lui en sour-
nois , il lui donne une tape pour l'exci-
ter , s'élance vers l'arbre et y grimpe avec
agilité; il s'établit solidement sur une forte
branche , et là, une patte en l'air, la
gueule ouverte et une expression narquoise
dans l'œil, il attend une attaque qu'il est
prêt à repousser avec tous les avantages de
sa position.
Un jour un enfant laissa tomber sa poupée
dans la fosse. La curiosité des oursons fut
aussitôt attirée par le joujou, qui leur parut
sans doute d'autant plus extraordinaire que
peut-être ils lui reconnurent quelque ressem-
blance avec une figure humaine: aussi s'en
approchèrent-ils d'abord avec beaucoup de
méfiance. Après avoir dix fois tourné autour,
voyant que l'objet ne remuait pas, ils com-
mencèrent à s'enhardir, puis les gambades
et les culbutes allèrent leur train. Le plus
hardi allongea doucement ia patte, la posa
sur la poupée et la retira aussitôt avec
vivacité, comme effrayé de Ténormité de son
action; ensuite il la considéra, la flaira
plusieurs fois et y reporta une seconde fois
la patte, mais sans frayeur. 11 la prit alors,
la tourna, Ja retourna, et se mit à jouer
avec elle sans trop la briser dans le premier
moment. Mais ses frères vinrent prendre
part au jeu , et bientôt la poupée sauta de
patfe en patte, de gueule-en gueule, laissant
là un bras, ici une jambe, son beau tablier
de soie accroché à une griffe, sa robe de
velours à une dent, son chapeau de paille