Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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quis et délivré par ses armes, recxieillant
avec la plus touchante modestie les hom-
mages dont on l'environne, et répondant
aux acclamations d'un peuple ivre de re-
connaissance par la délivrance de deux
cent mille prisonniers Français que le sort
de la guerre a fait tomber entre ses mains-
135. ALGER.
Alger est bâti sur une montagne en
forme d'amphithéâtre. Baignée au nord et
au nord-est par la Méditerranée, cette ville
offre au loin le plus magnifique coup d'œil;
et ses maisons, qui s'élèvent graduellement,
jouissent presque toutes de la perspective
la plus agréable du côté de la mer. On
évalue sa population à cent mille Maho-
métans, et quinze mille Juifs. Les murs
de la ville ont environ trente pieds d'élé-
vation sur les hauteurs, et au moins qua-
rante du côté de la mer ; ils sont larges
de douze pieds, et flanqués de tours car-
rées. Il s'y trouve cinq portes parfaitement
défendues. La citadelle, bâtie dans la
partie la plus élevée de la ville, est de
forme octogone, et garnie de meurtrières
et d'embrasures. Du côlé de l'ouest, la
ville entière est dominée par une chaîne
de hautes collines, sur lesquelles sont éle-
vés deux forts qui commandent une grande
partie de la rade et de la rivière Rébar ;
mais les ouvrages les plus forts sont près
de la mer. Alger ne contient qu'une seule
grande rue, qui le traverse d un bout à
'autre; mais cette rue est d'une krgeur
fort inégale, quoique d'ailleurs plus spa-
cieuse et mieux éclairée que toutes les
autres. Le reste de la ville n'offre que
des rues si étroites , qu'à peine six personnes
peuvent y passer de front ; ce qui, joint à
leur extrême malpropreté , rend le séjour
d'Alger très-désagréable. Toutefois les
maisons offrent un singulier agrément ; car
on peut, au moyen des terrasses qui sont
construites à leurs sommets, non-seulement
rendre visite à ses voisins, mais même aller
d'une rue à l'autre par des échelles placées
à cette fin. Malgré cette facile communi-
cation , on n'entend jamais parler de vol ;
si un étranger était surpris sur une terrasse,
il serait puni de mort. Au milieu de la
ville s'élève le palais du dey, qui est un
superbe édifice, et près du ^ rivage il y a
un grand nombre de mosquées d'une élé-
gante architecture. Ces différents monuments
ajoutent infiniment à la beauté de l'aspect
que présente Alger.
136. LA CURIOSITÉ DES PARISIENS.
Les habitants de Paris sont d'une curio-
sité qui va jusqu'à l'extravagance. Lorsque
j'arrivai, je fus regardé comme si j'avais
été envoyé du ciel: vieillards, hommes,
femmes, enfants, tous voulaient me voir.
Si je sortais, tout le monde se mettait
aux fenêtres; si j'étais aux Tuileries, je
voyais aussitôt un cercle se former autour
de moi; les femmes mêmes faisaient un
arc-en-ciel nuancé de mille couleurs qui
m'entourait. Si j'étais au spectacle , je
trouvais d'abord cent lorgnettes dressées
contre ma figure ; enfin , jamais homme n'a
tant é'.,é vu que moi. Je souriais quelque-
fois d'entendre des gens qui, n'étaient pres-
que jamais sortis de leur chambres, qui
disaient entre eux: »11 faut avouer qu'il a
l'air bien persan." Chose admirable! je
trouvais de 'mes portraits partout; je me
voyais multiplié dans toutes les boutiques,
sur toutes les cheminées , tant on craignait
de ne m'avoir pas assez vu.
Tant d'honneurs ne laissent pas d'être à
charge: je ne me croyais pas un homme
si curieux et si rare ; et quoique j'ai très-
bonne opinion de moi, je ne me serais ja-
mais imaginé que je dusse troubler le repos
d'une grande ville où je n'étais point connu.
Cela me fit résoudre à quitter l'habit per-
san , et à en endosser un à l'européenne,
pour voir s'il resterait encore dans ma
physionomie quelque chose d'admirable.
Cet e?sai me fit connaître ce que je valais
réellement. Libre de tous les ornements
éirangers, je me vis apprécié au plus juste.
J'eus sujet de me plaindre de mon tailleur,
qui m'avait fait perdre en un instant l'at-
tention et l'estime publiques ; car j'entrai
tout à coup dans, un néant, affreux. Je
demeurais quelquefois une heure dans une
compagnie sans qu'on m'eût regardé, et
qu'on m'eût mis en occasion d'ouvrir la
bouche ; mais si quelqu'un, par hasard, ap-
prenait à la compagnie que j'étais Persan ,
j'entendais aussitôt autour de moi un bour-
donnement: »Ah, ah! monsieur est Persan!
C'est une chose bien extraordinaire ! Comment
peut-on être Persan?" (Montesquieu.)
137. LE JARDIN DES PLANTES
A PARIS.
11 n'est aucun de nos lecteurs qui , en
visitant le Jardin des Plantes, ne se soit
mêlé, au moins quelques instants, à la foule