Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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demanda son-âge: »Quatre-vingts ans pas-
sés, seigneur," ré^jondit-il; »mais, Dieu
merci, je me porte'à merveille."
»Combien de temps comptes-tu donc vivre
encore," poursuivit le calife, »pour planter
à cet âge des arbres, qui rapportent si
tard? Pourquoi te fatiguer ainsi inutile-
ment?"
»Seigneur, répondit le vieillard, je me
contente de planter des arbres, sans nu'em-
barasser si les fruits seront pour moi ou
pour un autre; il est juste que nous fas-
sions comme ont fait nos pères. Ils ont
planté les arbres dont nous avons mangé
les fruits; puisque nous avons profité de
leur travail, pourquoi serions-nous plus avares
à l'égard de notre postérité qu'ils ne l'ont
été pour nous? Ce qui ne sera pas récolté
par le père le sera par le fils."
Le généreux Haraoun charmé de cette
réponse, lui donne une poignée de pièces
d'or. »Eh bien!" dit le joyeux viei lard,
»qui peut dire que j'ai travaillé inutilement
aujourd'hui, puisque l'arbre que je plante
rapporte dès le premier jour de si beaux
fruits? 11 est donc vrai que celui qui fait
le bien^en est récompense, souvent même
en ce monde."
18. LE CALIEE.
Autrefois, dans Bagdad, le calife-Almamon
Pit bâtir un palais plus beau, plus magnifique
Que ne le fut jamais celui de Salomon.
Cent colonnes d'albâtre en formaient le por-
tique;
L'or, le jaspe, l'azuré, décoraient le parvis;
Dans les appartements embellis de sculpture,
Sous des lambris de cèdre, on voyait réunis
Et les trésors de luxe et ceux de la nature,
Les fleurs, les diamants, les parfums, laver-
dure,
Les myrtes odorants, les chefs-d'œuvredel'art,
Et les fontaines jaillissantes
Roulant leurs ondes bondissantes
A côté des lits de brocart.
Près de ce beau palais, juste devant l'entrée.
Une étroite chaumière, antique et délabrée,
D'un pauvre tisserand était 1 humble réduit.
Là, content du petit produit
D'un grand travail, sans dette et sans sou-
cis pénibles.
Le bon vieillard, libre, oublié.
Coulait des jours doux et paisibles.
Point envieux, point envié.
J'ai déjà dit que sa retraite
Masquait le devant du palais.
Le visir veut d'abord, sans forme de procès,
Qu'on abatte la maisonnette;
Mais le calife veut que d'abord on l'achète.
11 fallut obéir: ou va chez l'ouvriet.
On lui porte de l'or. »Non, gardez votre
somme,"
Répond doucement le pauvre homme;
»Je n'ai besoin de rien avec mon atelier:
Et, quant à ma maison, je ne puis m'en
défaire ;
1 C'est là que je suis né, c'est là qu'est
mort mon pere,
Je prétends y mourir aussi.
Le calife, s'il veut, peut me chasser d'ici,
Il peut détruire ma chaumière:
Mais, s'il le fait, il me verra
Venir chaque matin sur la dernière pierre
M'asseoir et pleurer ma misère.
Je connais Almamon, son cœur en gémira."
Cet insolent discours excita la colère
Du visir, qui voulait punir ce téméraire.
Et sur-le-champ raser sa chétive maison ;
Mais le calife lui dit: »Non!
J'ordonne qu'à mes frais elle soit réparée;
Ma gloire tient à sa durée:
Je veux que nos neveux, en la considérant,
Y trouvent de mon rè^ne un monument auguste.
En voyant le palais, ils diront: 11 fut grand;
En voyant la chaumière, ils diront: 11 fut
juste."
(Florian.)
19. LE D[AMANT ET LE LAPIDAIRE.
Un diamant informe et tout couvert de terre
Ne pouvait consentir à se laisser tailler
Et tandis que le lapidaire
S'occupait a le travailler,
11 poussait les hauts cris, se mettait en colère.
Et lui disait avec courroux :
»Pourquoi me portez-vous de si terribles
coups ?
Vous ai-je donc fait quelque injure?
Ou dit souvent que la nature
M'a donné trop de dureté;
Mais vous avez, sans doute, une âme encor
plus dure.
Ah! mettez fin, de grâce, à votre cruauté,
Et tirez-moi de cette roue.
Où je me vois si maltraité." —
»Oui, mon ami," dit l'ouvrier, »j'avoue
Que je vous traite avec rigueur.
Mais ne voyez-vous pas que je ne vous
tourmente
Que pour vous procurer une vive splendeur?
Si l'art ne polit pas votre masse brillante.
Vous resterez toujours sans prix et sans va-
leur."
La réponse était fort prudente,