Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
-- 157 —
munitions, de Tartillerie, partent en bon
ordre; quelques officiers d'ordonnance, en
traversant Paris, y sèment des rapports
mensongers, et le peuple non-seulement
voit sans émotion les mêmes objets qui 4e
glaçaient de crainte quelques heures aupara-
vant , mais il finit par prendre part aux
jeux des grimaciers, des charlatans, des
marionnettes, sur la même place où^ il
vient de s'entretenir avec terreur du péril
imminent dont il est menacé. Les mêmes
inquiétudes se renouvellent le lendemain ; ■
les mêmes causes les font disparaître.
La postérité se refusera sans doute à
croire ou du moins à comprendre qu'une
armée de deux cent mille hommes soit ar-
rivée à deux lieues de cette immense ca-
pitale sans que ses habitants en fussent
autrement instruits que par le bruit du ca-
non et de la générale que l'on battit le
trente Mars, à quatre heures du matin,
dans tous les quartiers de la ville.
A ce signa , je sors d'uu lit où je ne
dormais pas; mes préparatifs avaient été
faits la veille; j'endosse un vieil habit de
ratine bleue, qui ne ressemblait pas mal à
un uniforme ; je charge mon épaule d'un
fusil de Sanly, je couvre mon chef d'un
bonnet fourré à la polonaise, et, dans cet
attirail, je me mets en campagne; l'effroi
était à son comble dans tous les quartiers
de cette vaste capitale; le tambour appelait
la garde nationale à défendre une ville qui
ne pouvait ni ne devait être défendue ; par-
tout des femmes, des enfants en pleurs
cherchaient à retenir leurs époux, leurs
pères qui s'arrachaient avec effort de leurs
bras. Le champ de bataille " était , pour
ainsi dire, à ma porte; je m'acheminai vers
les hauteurs de Montmartre.
Poursuivant un odieux système de men-
songe et de-perfidie, le gouvernement avait
annoncé la veille qu'il ne s'agissait que de
repousser une faible colonne de l'armée en-
nemie, et deux cent mille hommes étaient
sous nos murs! des masses d'infanterie s'a-
vançaient sur toutes les routes, une cavalerie
innombrable couvrait les plaines, six cents
pièces d'artillerie foudroyaient les hauteurs.
Aucune mesure n'avait été prise pour re-
pousser une pareille attaque : quelques
pièces de canon servies par de généreux
enfants, et placées au hasard sur les col-
lines environnantes; douze mille hommes
de troupes de ligne, un pareil nombre de
gardes nationaux, sans chefs et sans muni-
tions i une ligne de palissades mal disposées,
mal jointes, tels étaient nos moyens de dé-
fense. Pouvaient-ils avoir été pris dans
une autre intention que d'attirer sur cette
ville tous les malheurs d'un siège, en lui
donnant un aspect guerrier propre à justifier
toutes les mesures que pourraient prendre
les vainqueurs, et tous les excès auxquels
ils pourraient se livrer?
Après une défense de douze heures contre
des forces décuples : lorsque tout paraissait
perdu , hors l'honneur, pendant qu'on pla-
cardait encore sur les murs une proclamation
dans laquelle un roi qui venait de fuir
disait': »Je reste avec vous;" lorsqu'il ne
restait plus à franchir qu'une frêle barrière,
objet de dérision pour les Parisiens eux-
mêmes ; on a vu, (chose incroyable,)l'armée
victorieuse des puissance's alliées s'arrêter,
comme par enchantement, aux portes de
cette capitale de la France, terme de tant
de vœux, de fatigues et de travaux, on a
vu des monarques, animés du ressentiment
de tant d'outrages, s'interdire l'entrée de
Paris, que leur livrait la victoire , et signer,
avec un général Français, une capitulation,
monument de magnanimité dont l'histoire
n'ofire aucun modèle.
Cette nuit du trente Mars, qui dut être
pour Paris une nuit de ravage et de de-
struction, a vu finir quinze ans de servitude:
elle a préparé dans la capitale des arts
l'alliance des grandes puissances de l'Europe,
et la restauration du trône antique et sacré
de nos rois légitimes: révolution prodigieuse,
que le génie le plus entreprenant n'imaginait
plus que dans ses rêves, et qui fut exécutée
au moment où l'on put l'entrevoir.
La France, le trente Mars, gémissait
sous le joug de Bonaparte; le trente-et-un,
elle était libre et appelait Louis Dix-huit.
Dès la pointe du jour, les boulevards
étaient, en quelque sorte, inondés des flots
d'une population immense; les fenêtres des
maisons étaient encombrées de spectateurs.
Quelques patrouilles de la garde nationale
suffisaient pour maintenir l'ordre parmi
cette multitude de citoyens animés du même
esprit, et pleins des mêmes sentiments.
Je ne le cache pas, cet appareil nouveau,
ces légions accourues des bords du Volga,
de la Sprée et du Danube, cette pompe
étrangère de la victoire, affligèrent mon
cœur; mes ^yeux se remplirent de larmes ;
mais l'amour de la patrie et de l'humanité
l'emportèrent bientôt sur le sentiment de
l'orgueil national, et je contemplai avec
admiration le spectacle inconnu jusqu'ici
d'un monarque étranger reçu comme un
bienfaiteur dans la capitale d'un état con-