Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
-- 156 —
chez les vieillards: on fient d'autant plus
fortement à ia vie, qu'elle est plas près de
nous échapper; on craint de dépenser pour
autrui un reste de forces qui suffit à peine
pour soi: cette avarice est, à tout prendre,
moins condamnable qu'riucune autre; ce
n'est plus un vice de l'esprit, c'est une in-
firmité de l'âge; le cœur s'use comme les
autres organes ; la sensibilité s'oblitère avec
les sens qui la produisent; c'est le triste
bienfait de la vieillesse: mon seul regret
est de n'eu pas jouir au même titre que
mes contemporains, dans le moment d'une
crise politique qui nous met à de si grandes
épreuves-
Parmi les actions de grâce que je rends
sans cesse à h Providence, la première est
de m'avoir fait naître Français; de m'avoir
appelé à la yie sur cette terre illustrée
par tant de grands hommes, tant de grands
événements, tant de grands souvenirs, au
milieu d'un peuple dont la civilisation se
perd dans la nuit des temps , et qui (par
un phéuomèno unique dans les annales du
monde) compte douze siècles d'une gloire
toujours croissante: chaque citoyen est lé-
gataire particulier d'un si grand héritage ,
et celte espèce d? substitution est la ga-
rantie la plus sûre de la gloire nationale.
Cet amour de mon pays , porté jusqu'à l'en-
thousiasme, m'ideulifie tellement à ses mal-
heurs ou à ses prospérités, qu'en ce mo-
ment , oîi je ne dois plus y voir que la
place de ma tombe, j'épouse toutes ses
craintes, toutes ses espérances avec l'énergie
d'une âme jeune et passionnée.
Au nombre des e'vénements que tant de
secousses joiiliques ont pu faire craindre,
celui de 'occupation de la capitale par
des armées étrangères n'e'tait jamais entré
dans mon esprit. J'avais pour garant de
ma sécurité treize siècles d'une possession
vierge^; car je persiste à ne point voir une
conquêle dans la prise de Paris, sous le
règne, de Charles VI: les Anglais y furent
appelés, introduits, et maintenus par les
factions, par la démence du Eoi, parla
perfidie de la Reine , et par la proscription
du Dauphin. Les autres sièges de Paris
appartiennent à l'histoire de nos discordes
civiles, et sont tout-à-fait étrangers aux
succès des armées ennemies.
11 était aisé de prévoir que la France,
poussée hors de toutes limites, débordée
comme un torrent sur l'Europe entière,
épuisée par d'innombrables sacrifices, écra-
sée par ses conquêtes, dégoûtée de la
guerre et même de la gloire; il était, dis-
je , aisé de prévoir que la Erance était me-
nacée d une grande cïi1.astrophe.
L'Europe s-'est liguée contre l'oppression;
ses armées coalisées sont venues conquérir
une paix si vainement et si longtemps in-
voquée; la sainteté de leur cause a doublé
leur nombre et justifié leur succès : quinze
mois ont suffi pour .ramener nos légions
des bords de la Moscowa aux rives de la
Seine.
De tous les spectacles qu'on pouvait
offrir aux Parisiens , le plus nouveau, comme
le j)lus terrible, était celui d'une bataille.
Depuis plus de deux siècles, la guerre n'a-^
vait point approché de leurs murs; le bruit
des armes ne retentissait depuis longtemps
à leurs oreilles que dans des marches triom-
phales; et leurs femmes pouvaient dire
comme celles des Spartiates, »qu'elles n'a-
vaient jamais vu la fumée du camp ennemi;"
l'orage grondait sur leurs têtes, les Parisiens
se croyaient à l'abri de la foudre"^ Un
gouvernement fallacieux entretenait par tous
les moyens possibles cette dangereuse sé-
curité, et l'ennemi était à nos portes, que
les bulletins nous parlaient encore de vic-
toire.
Les yeux ne commencèrent à s'ouvrir
que dans la matinée du vingt-huit Mars, à
la vue des scènes déchirantes dont les bou-
levards étaient le principal théâtre^ ces
paisibles remparts, naguères embellis d'é-
quipages brillants, de femmes élégantes,
de tout le cortège du luxe et des plaisirs,
étaieui en ce moment couverts de soldats
blessés, de villageois abandonnant leur
ferme ou leur clmumière, et traînant avec
eux les derniers débris de leur chétive for-
tune : ici , des charrettes où quelques bottes
de foin et de paille servaient de lit à des
familles entières; là, des troupeaux de
moutons , de vaches que conduisait, sur son
ânon, leur maître expatrié ; plus loin, des
groupes de citadins effrayés accablant de
questions des malheureux qui semblaient
soulagés en racontant leur désastre. Que
d'épisodes touchants dans ce triste tableau !
Que d'exeaîples de pitié ! que d'actions
généreuses, que de secours, de consolations
j'ai vu prodiguer par nos bons Parisiens à
leurs malheureux compratriotesl
Dès-midi, le tableau cbfinge, et tout ce
qui se passe sur les boulevards n'est plus -
qu'un spectacle pour la foule qui s'y pro-
mène. La confiance semble renaître; tout
prend une attitude guerrière ; quelques
fuyards, uu plus grand nombre de blessés
arrivent; mais des troupes nouvelles, des