Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
— 154 ---
ses, redoublait de violence. On vit alors
accourir le roi de Naplcs et le prince Eu-
gène : ils se joignirent au prince de Neuf-
châtel , pénétrèrent jusqu'à l'empereur, et
là, de leurs prières, de leurs gestes à ge-
noux , ils le pressent , et veulent Tarraclier
de ce lieu de désolation. Ce fut eu vain.
Napoléon, maître enfin du palais des czars,
s'opiniâtrait à ne pas céder cette conquête,
même à l'incendie, quand tout à coup un cri:
»Le feu est au Kremlin !" passe de bouche
en bouche, et nous arrache à la stupeur
contemplative qui nous avait saisis. —•
Cette nouvelle avait décidé Napoléon. Il
descend rapidement du palais, et ordonne qu'on
le guide hors de la ville. —
Mais nous étions assiégés par un océan de
flammes ; elles bloquaient toutes les portes
de la citadelle, 'et repoussèrent les premières
sorties qui furent tentées. Après quelques
tâtonnements, on découvrit une poterne qui
donnait sur la Moskwa. Ce fut par cet
étroit passage que Napoléon, ses officiers et
sa garde, parvinrent à s'échapper du Krem-^
lin. Mais qu'avaient-ils gagné à cette sor-
tie? Plus près de l'incendie, ils ne pouvaient
ni reculer, ni demeurer; et comment avancer,
comment s'élancer* à travers les vagues de
cette mer de feu ?
11 fallait pourtant se hâter, A chaque
instant croissait autour de nous le mugisse-
ment des flammes. Une seule rue étroite,
tortueuse et brûlante, s'offrait plutôt comme
l'entrée que comme la sortie de cet enfer.
L'empereur s élança à pied et sans hésiter
dans ce dangereux passage. Il s'avança au
travers du pétillement de ces brasiers, au
bruit du craquement des voûtes et de la
chute des poutres brûlantes et des toits de
fer ardent qui croulaient autour de lui. Ces
débris embarrassaient ses pas. Les flammes,
qui dévoraient avec un bruissement impé-
tueux les édifices entre lesquels il marchait,
dépassant leur faîte, fléchissaient alors sous
le vent et se recourbaient sur nos têtes.
Nous marchions sur une terre de feu! Une
chaleur pénétrante brûlait nos yeux , qu'il
fallait cependant tenir ouverls et fixés sur
le danger. Un air dévorant, des cendres
étinceluntes, des flammes détachées,, em-
brasaient notre respiration courte, sèche,
haletante et déjà presque suffoquée par la
fumée. Nos mains brûlaient en cherchant à
garantir notre figure d'une chaleur insup-
portable, et en repoussant les flammèches
qui couvraient à chaque instant et péné-
traient nos habits. — Ce fut alors que l'on
rencontra le prince d'Eckmiihl. Ce maréchal.
blessé à la Moskwa, se faisait rapporter
dans les flammes pour en arracher Napoléon
ou périr avec lui. 11 se jeta dans ses bras
avec transport ; l'empereur l'accueillit bien ,
mais avec ce calme qui dans le péril ne le
quittait jamais.
Pour échapper à cette vaste région de
maux, il fallut encore qu'il dépassât un long
convoi de poudre qui défilait au travers de
ces feux. Ce ne fut pas son moindre danger,
mais ce fut le dernier, et l'on arriva avec
la nuit à Pétrowsky, à une lieue sur la route
de Pétersbourg.
Le lendemain matin , 17 septembre , Na-
poléon tourna ses premiers regards sur
Moscou , espérant voir l'incendie se calmer.
11 le revit dans toute sa violence; toute
cette cité lui parut une vaste trombe de
feu qui s'élevait en tourbillonnant jusqu'au
ciel , et ie colorait fortement. Absorbé par
cette funeste contemplation, il ne sortit
d'un morne et long silence que pour s'é-
crier : »Ceci nous présage de grands mal-
heurs.'* (Ségur.)
133. BATAILLE DE LEIPZIG.
Après beaucoup de combats sanglants et
acharnés, livrés par les Français, depuis le
19 août 1813, aux auj<ustes empereurs et
rois confédérés, en Silésie , dans les Marches
et sur les frontières de la Bohême, combats
où les premiers avaient presque toujours
été battus, les deux armées se dirigèrent
enfin, au commencement d'octobre, vers les
environs de Leipzig. L'empereur Napoléon
Bonaparte avait quitté Dresde et s'était
établi plus bas vers la Mulda et la Pleiss.
Les armées alliées le suivirent de près, et
l'entourèrent de toutes parts comme d'un
réseau. La gvande armée, sous le comman-
dement des trois souverains et conduite
par le prince de Schwarzen berg, feld-jnaré-
chal autrichien, était descendue lentement,
des montagnes de Bohême, dans la Thu-
ringe et la Saxe. L'armée de Silésie, sous
le brave Blücher, feld-maréchal prussien ,
avait, dans une journée très-sanglante, forcé
le passage de l'Elbe, non loin de Wittem-
berg, puis battu près de Wartenbourg, et
mis en fuite l'armée ennemie, et s'était
avancée dans la plaine. Le prince royal
de Suède, avec 2.5,000 Suédois et 40,000
Prussiens, avait aussi iranchi l'Elbe, et s'é-
tait rapproché du champ de bataille. En
outre, une nouvelle armée russe, commandée
par le général Bennigsen, était en marche.