Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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sieurs heures, de chacune des étincelles
qui traversaient les airs , dépendit le sort
de Tarmée entière. Enfin le jour , un jour
sombre parul; il vint s'ajouter à cette grande
horreur, la pâlir, lui ôter son éclat. Beau-
coup d'officiers se réfugièrent dans les salles
du palais. Les chefs et Mortier lui-même,
vaincus par l'incendie, qu'ils combattaient
depuis 36 heures, y vinrent tomber d'épui-
sement et de désespoir.
Ils se taisaient et nous nous accusions.
Il semblait à la plupart, que l'indiscipline
et l'ivresse de nos soldats avaient commencé
ce désastre et que la lempête l'achevait.
Nous nous regardions nous-mêmes avec une
espèce de dégoût. Le cri d'horreur qu'al-
lait jeter l'Europe nous effrayait. On s'a-
bordait les yeux baissés , consternés d'une
si épouvantable catastrophe , elle souillait
notre gloire, elle nous en arrachait le fruit,
elle menaçait notre existence présente et à
venir; nous n'étions plus qu'une armée de
criminels dont ie ciel et le monde civilisé
devaient faire justice. On ne sortait »de cet
abîme de pensées, et des accès de fureur
qu'on éprouvait contre les incendiaires, que
par la recherche avide des nouvelles, qui
toutes commençaient h accuser les Russes
seuls de ce désastre.
En effet, des officiers arrivaient de toutes
parts , tous s'accordaient : dès la première
nuit, celle du 14- au 15, un globe enflammé
s'était abaissé sur le palais du prince Trou-
betskoï, et l'avait consumé; c'était un si-
gnal. Aussitôt le feu avait été mis à la
Bourse; on avait aperçu des soldats dé police
russe l'attiser avec des lances goudronnées.
Ici, des- obus perfidement placés venaient
d'éclater dans les poêles de plusieurs mai-
sons; ils avaient blessé les militaires qui se
)ressaient autour. Alors , se retirant dans
es quartiers encore debout, ils étaient allés
se choisir d'autres asiles; mais, près d'entrer
dans ces maisons toutes closes et inhabi-
tées, ils avaient entendu en sortir une faible
explosion; elle avait été suivie d'une légère
fumée, qui aussitôt était devenue épaisse
et noire , puis rougeâtrc, enfin couleur de
feu 3 et bientôt l'édifice entier s'était abîmé
dans un gouffre de flammes.
Tous avaient vu des hommes d'une figure
atroce , couverts de lambeaux , et des fem-
mes furieuses errer dans ces flammes, et
compléter une épouvantable image de l'en-
fer. Ces misérables, enivrés de vin et, du
succès de leurs crimes, ne daignaient plus
cacher ; ils parcouraient triomphalement
«es rues embrasées ; on les surprenait ar-
més de torches, s'acharnant à propager l'in-
cendie ; il fallait leur abattre les mains à
coups de sabre pour leur faire lâcher prise.
On se disait que ces bandits avaient été
déchaînés par les chefs ruï'ses pour brûler
Moscou ; et qu'en effet, une si grande, une
si extrême résolution , n'avait pu être prise
que par le patriotisme, et exécutée que par
le crime.
Pendant que nos soldats luttaient encore
avec l'incendie, et que l'armée disputait au
feu cette proie , Napoléon dont on n'avait
pas osé troubler le sommeil pendant la nuit,
s'était éveillé à la double clarté du jour et
des flammes. Dans son premier mouvement,
il s'irrita , et voulut commander à cet élé-
ment : mais bientôt il fléchit , et s'arrêta
devant l'impossibilité. Cette conquête pour
laquelle il a tout sacrifié , c'est comme un
fantôme qu'il a poursuivi, qu'il a cru saisir,
et qu'il voit s'évanouir dans les airs en
tourbillons de fumée et de flammes. Alors
une extrême agitation s'empare de lui ; on
•le croirait dévoré des feux qui l'environnent.
A chaque instant, il se lève , marche et se
rassied brusquement. 11 parcourt ses appar-
tements d'uu pas rapide ; ses gestes courts
et véhéuients décèlent uir trouble cruel: il
quitte, reprend, et quitte encore un tra-
vail pressé, pour se précipiter à ses fenêtres
et contempler les progrès de l'incéndie. De
brusques et brèves exclamations s'échappent
de sa poitrine oppressée. »Quel effroyable
spectacle! Ce sont eux-mêmes! Tant de
palais! Quelle résolution extraordinaire! Quels
hommes I"
En cet instant, le bruit se répand que le
Kremlin est miné: des Russes l'ont dit, des
écrits l'attestent; quelques domestiques en
perdent la tête d'effroi; les militaires atten-
dent impassiblement^ce que l'ordre de l'em-
pereur et leur destin décideront, et l'em-
pereur ne répond à cette alarme que par un
sourire d'incrédulité.
Mais il marche encore convulsivement,
il s'arrête à chaque croisée, et regarde le
terrible élément, victorieux dévorer avec
fureur sa brillante conquête, se saisir de
tous les ponts , de tous les passages de sa
forteresse, le cerner, l'y tenir comme assiégé,
envahir à chaque minute les maisons envi-
ronnantes , et, le resserrant de plus en plus,
le réduire enfin à la seule enceinte du
Kremlin.
Déjà nous ne respirions plus que de la
fumée et des cendres. La nuit approchait,
et allait ajouter son ombre à nos dangers ;
le vent d'équinoxe , d'aecord avec les Rus-