Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
~ 152 —
Cette nuit fut triste: des rapports sinis-
tres se succédaient, 11 vint des Français,
habitants de ce pays, et même un officier
de la police russe, pour dénoncer l'iucendie.
11 donna tous les détails de ses préparatifs.
L'empereur ému chercha vainement quelque
repos. A chaque instant il appelait, et se
faisait répéter cette fatale nouvelle. Ce-
pendant il se retranchait encore dans son
incrédulité, quand, vers deux heures du
matin, il apprit que le feu éclatait.
C'était au bazar, au centre de la ville
dans son plus riche quartier. Aussitôt il
donne des ordres, il les multiplie. Le jour
venu, lui-même y court, il menace la jeune
garde et Mortier. Ce maréchal lui montre
des maisons couvertes de fer ; elles sont
toutes fermées, encore intactes et sans la
moindre effraction ; cependant une fumée
noire en sort déjà. Napoléon tout pensif
entre dans le Kremlin.
A la vue de ce palais, à la fois gothique
et moderne des Romanoff et des Rurick,
de leur trône encore debout, de cette crofx
du grand Ywan et de la plus belle partie
de la ville que le Kremlin ilomine et que
les flammes, encore renfermées dans le ba-
zar, semblent devoir respecter, il reprend
son premier espoir. Son ambition est flat-
tée de cette conquête; on l'entend s'écrier:,
»Je suis donc enfin dans Moscou, dans
l'antique palais des czars I dans le Krem-
lin !" il en examine tous les détails avec
un orgueil curieux et satisfait. Toutefois
il se fait rendre compte des ressources que
présente la ville; et dans ce court moment,
tout à l'espérance, il écrit des paroles de
paix à l'Empereur Alexandre. Un officier
supérieur ennemi venait d'être trouvé dans
le grand hôpital : il fut chargé de cette
lettre. Ce fut à la j.inistre lueur des flam-
mes du bazar que Napoléon l'acheva et que
partit le Russe. Celui-ci dut porter la
nouvelle de^ ce désastre à son souverain,
dont cet incendie fut la seule réponse.
Le jour favorisa les efforts du duo de
Trévise; il se rendit maître du feu. Les
incendiaires se tinrent cachés. On doutait
de leur existence. Enfin , des ordres sévè-
. res étant donnés, l'ordre rétabli, l'inquié-
tude suspendue, chacun alla s'emparer d'une
maison commode ou d'un palais somptueux
jiensant y trouver un bien-être acheté par
^ de si longues et de si excessives privations.
Deux officiers s'étaient établis dans un
' des bâtiments du Kremlin. De là leur vue
pouvait embrasser le nord et l'ouest de la
ville. Vers minuit une clarté extraordinaire
les réveille. Ils regardent et voient des
flammes remplir des palais, dont elles illu-
minent d'abord et font bientôt écrouler
l'éléganle et noble architecture. Ils.remar-
quent que le vent du nord chasse directe-
ment ces flammes sur le Kremlin et s'in-
quiétent pour cette enceinte, oîi reposaient
l'élite de l'armée et son chef. Ils craignent
aussi pour toutes les maisons environnantes,
où nos soldats , nos gens' et nos chevaux ,
fatigués et repus, sont sans doute ensevelis
dans un profond sommeil. Déjà des flam-
mèches et des débris ardents volaient jusque
sur les toits du Kremlin, quand le vent du
nord, tournant vers l'ouest, les chassa dans
une autre direction.
Cependant de vives et nouvelles lueurs
les réveillent encore ; ils voient d'autres
flammes s'élever précisément dans la nou-
velle direction que le vent venait de prendre
sur le Kremlin , et ils maudissent l'impru-
dence et l'indiscipline française, qu'ils accu-
sent de ce désastre. xMais trois fois le vent
chai^|e ainsi du nord à l'ouest, et trois fois
ces feux ennemis, vengeurs, obstinés et
comme acharnés contre le quartier impérial,
se montrent ardents à saisir cette nouvelle
direction. A cette vue , un grand soupçon
s'empare de leur esprit. Les Russes, con-
naissant notre téméraire et négligente in-
souciance , auraient-ils conçu l'espoir de
brûler avec xMoscou nos soldats ivres de
vin, de fatigue et de sommeil? ou pliitôt
ont-ils osé croire , qu'ils envelopperaient
Napoléon dans cette catastrophe ; que la
Derte de cet homme valait bien celle de
eur capitale ; que c'était un assez grand
résultat, pour y sacrifier Moscou tout en-
tière; que peut-être le ciel, pour leur ac-
corder une aussi grande victoire, voulait
un aussi grand sacrifice, et qu'enfin il fal-
lait h cet immense colosse un aussi immense
bûcher?
En effet, non seulement le Kremlin ren-
fermait, à notre insu, un magasin à poudre,.
mais, cette nuit-là même, les gardes, endor-
mies et placées négligemment, avaient laissé
tout un parc d'artillerie entrer et s'établir
sous les fenêtres de Napoléon. C'était l'in-
stant où ces flammes furieuses étaient dar-
dées de toutes parts et avec le plus de vio-
lence, sur le Kremlin;, car le vent, sans
doute attiré par cette grande combustion,
augmentait à chaque instant d'impétuosité.
L'élite de ^ l'armée et l'empereur étaient
perdus , si une seule des flammèches qui
volaient sur nos têtes s'était posée sur un
seul caisson. C'est ainsi que, pendant plu-