Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
— 148
129. LA RADE DE BREST.
C'était uu spectacle imposant que celui
de la rade de Brest, pendant les premiers
jours du mois de Janvier 1781, car ou
comptait au mouillage vingt vaisseaux de
ligne, neuf frégates, et un grand nombre de
bâtiments légers.
Non! il n'y avait en vérité rien de plus
magnitique que ces bâtiments de haut bord,
que ces lourdes masses de bois et de fer, si
pesamment assises sur l'eau avec leur épaisse
et large poupe, leur mâture énorme et leurs
trois rangs de grosse artillerie.
Et le matin! quand ces grands navires
mettaient leurs voiles au sec, il fallait les
voir dérouler majestueusement ces toiles
immenses, et les déployer comme un goéland
qui étend ses ailes humides de. rosée aux
premiers rayons du soleil.
Et puis, quel contraste entre ces vai^eaux
gigantesques et ces frégates si alertes, ces
corvettes -si élancées, ces bricks si fins, ces
lougres , ces cutters, ces dogres qui se ber-
çaient doucement à l'ombre de ces citadelles
flottantes, ainsi que de jeunes alcyons se
jouent autour du nid paternel.
Et puis, quelle innombrable quantité d'em-
barcations de toutes sortes, qui vont, vien-
nent , s'accostent ou se croisent. . , .
Voici venir une yole merveilleusement
dorée , avec le pavillon royal à sa poupe,
et ses riches tapis brodés de fleurs de lis;
elle vole sur les eaux , conduite par douze
rameurs à larges ceintures écarlates; le pa-
tron est décoré d'une brillante chaîne d'ar-
gent : c'est la yole d'un amiral.
Là s'avance lentement une longue chaloupe
si encombrée de fruits et de verdure qu'on
dirait une de ces îles flottantes des rivières
de l'Amérique qui voguent couvertes de
lianes et de fleurs. Cette chaloupe, précieuse
ménagère, retourne à son bord, avec les
provisions du jour, et son équipage culinaire
de maîtres d'hôtel et de cuisiniers.
Tantôt, c'est un bateau de Plougastei à
grande voile carrément étarquée, manœuvrée
par ses marins à longs cheveux, dont le
costume pittoresque rappelle celui des Grecs
de l'Archipel. Cette barque contient une
vingtaine de femmes de Chateauliu ou de
Plouinek qui reviennent -de la ville, — fraî-
ches et riantes figures, encore avivées par
un froid piquant, qui, bien encapuchonnées
dans leurs mantes brunes, échangent dans
leur patois quelques mots joyeux avec les
marins des vaisseaux de guerre que leur
bateau prolonge.
Plus loin le cliquetis des chaînes, se
mêlant au battement cadencé des rames,
annonce uue chiourme et ses galériens vê-
tus de rouge; ils remorquent à grand'peine
un navire sortant du port; les uns chantent,
les autres rient ou se tordent sous le bâton
des argousins ; à voir ces figures infâmes ,
hâlées, sordides; à entendre ces cris de
rage ou de joie féroce, on frémit, comme à
l'aspect d'une barque de Caron dans l'Enfer
du Dante ....
Enfin, pour compléter ce spectacle si
varié, il y a encore une myriade de canots
qui se croisent en tous sens , les uns char-
gés de nobles officiers du roi, les autres
de femmes élégamment parées ; il y a en-
core le roulement desjambours, les éclats
de la fusillade', le cri des sifflets, le grin-
cement des manœuvres, l'harmonie vibrante
des fanfares de guerre ; il y a l'émail de
ces mille pavillons blancs, verts, jaunes,
rouges, qui se découpent sur le bleu du
ciel , comme autant de prismes aériens.
Il y a enfin le murmure imposant et gran-
diose de la mer qui mugit derrière la côte ,
et dont le retentissement sonore et prolongé
domine ces bruits divers et les fond en un
seul, grand comme elle, imposant comme
elle. (Sue.)
130. TOULON.
Toulon se montre devant nous, assis au
pied des montagnes, dont le profil se des-
sine sur le ciel en lignes accentuées. Der-
rière Toulon on aperçoit sa rade, semblable
à un grand lac fermé presque de toutes parts
par des montagnes bleuâtres.
L'histoire de Toulon est toute moderne,
malgré le nombre et la variété des étymo-
logies dont on a voulu faire dériver son
nom actuel. Les Romains l'appelaient Telo
Martius, et cette ville n'avait de leur tempsjï
qu'une importance médiocre, et qui reposait
bieu plus sur sa teinturerie de pourpre,
dirigée par un intendant impérial, que sur
l'excellence de son port.
Henri IV fut le véritable fondateur de
cette ville, qu'il dota d'une enceinte fortifiée.
Richelieu y ajouta un arsenal et les deux
grands môles qui enveloppent le port mar-
chand actuel; mais les vaisseaux de haut
bord tendant chaque jour à prendre la place
des galères, cette révolution dans la marine
assura la prospérité de Toulon , en la faisant
choisir par Louis XIV pour y créer un port
militaire.