Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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serve avec autant de curiosité que de sa-
tisfaction la rare intelligence, les habitudes
de réflexion, la constance de volonté ,
rindépendauce de caractère qui chaque jour
se développaient dans son neveu: il parut
même avoir deviné l'avenir de Napoléon,
par ses dernières paroles aux jeunes Bona-
parte qui entouraient son lit de mort: »11 est
inutile de songer à la fortune de Napoléon,
il la fera lui-même. Joseph, tu es l'aîné
de la famille, mais Napoléon en est le chef;
aie soin de t'en souvenir." L'événement a
justifié la prédiction, et l'ordre du mourant
sera fidèlement exécuté.
En 1779, Charles Bonaparte, envoyé à
Versailles comme député de la noblesse des
états de Corse, emmena avec lui son fils
Napoléon, âgé de dix ans, et sa fille Elisa.
La politique de la France appelait aux écoles
royales les enfants de -familles nobles de la
nouvelle conquête ; aussi Elisa fut placée à
Saint-Cyr et Napoléon à Brienne.,
Bonaparte entre avec joie à l'Ecole mili-
taire. Dévoré du désir d'apprendre , et déjà
pressé du besoin de parvenir, il se fait
remarquer de ses maîtres mr uue applica-
tion forte et soutenue. 1 est, pour ainsi
dire , le solitaire de l'école ; ou, quand il
se rapproche des autres élèves , leurs rap-
ports avec lui sont d'une nature singulière!
Ses égaux doivent se ployer à son caractère,
dont la supériorité, quelquefois chagrine,
exerce sur eux un empire absolu. Lui-même,
soit qu'il les domine, soit qu'il leur reste
étranger , il semblerait être sous l'influence
d'une exception morale qui lui aurait refusé
le don de l'amitié , si quelques préférences,
auxquelles il demeura fidèle dans sa plus
haute fortune, n'avaient honoré sa première
jeunesse.
Dans la discipline commune de l'école ,
il a l'air d'obéir à part et avec un penchant
réfléchi à respecter la règle et à remplir
SCS devoirs. Abstrait, rêveur, silencieux,
fuyant presque toujours les amusements et
les distractions, on croirait qu'il s'attache
à dompter un caractère fougueux et une
susceptibilité d'âme égale à la pénétration
de son esprit; sa vie sétf"ère pourrait même
donner l'idée d'un néophyte ardent qui se
forme aux austérités d'une religion : mais
des rixes friquentes et souvent provoquées
par lui font éclater la violence de son hu-
meur , tandis que d'autres faits trahissent
des inclinations militaires. Veut,-il bien
s'associer aux exercices de ses compagnons,
les jeux qu'il leur propose , empruntés de
l'antiquité, sont des actions dans lesquelles
on se bat avec fureur sous ses ordres. Pas-
sionné pour l'étude des sciences, il ue rêve
qu'aux moyens d'appliquer les théories de
l'art de la fortification. Pendant uu hiver,
on ne voit dans la cour de l'école que des
retranchements, des forts, des bastions,
des re^ioutes de neige. Tous les élèves con-
courent avec ardeur à ces ouvrages, et
Bonaparte conduit les travaux, Sont-ils
achevés, l'ingénieur devient général, prescrit
l'ordre de l'attaque et de la défense, règle
les mouvements des deux partis ; et, se
plaçant tantôt à la tête des assiégeants, tantôt
à la tête des assiégés, il excite l'admiration
de toute l'école et des spectateurs étrangers
par la fécondité de ses ressources et par
son aptitude au commaudemeut aussi bien
qu'à l'exécution.
Dans ces moments d'éclat , Bonaparte
était le héros de l'école pour les élèves et
)our leurs chefs. Cependant on raconte qu'un
éger manque de subordination le fit con-
damner par uu maître de quartier sans dis-
cernement, à revêtir un habit de bure, et
à dîner à genoux sur le seuil du réfectoire;
mais au moment de subir cette peine, il fut
saisi d'une attaque de nerfs si violente, que
le supérieur lui-même vint lui épargner une
humi iation si peu d'accord avec le caractère
de l'élève et la nature de la faute. A cette
époque, Pichegru était le répétiteur de Bo-
naparte, sous le père Patrau, qui défendait,
dans cet élève de prédilection, le premier
de ses mathématiciens. Ainsi le froc d'un
moine cachait le conquérant de la Hollande,
et l'habit d'un élève le dominateur de la
France et de l'Europe. La révolution qui
devait les produire l'un et l'autre se prépa-
rait à leur insu ; et la république, dont la
cause allait bientôt enflammer leur jeunesse,
devait être trahie par le maître et détruite
par le disciple, après avoir dû ses plus beaux
triomphes à leurs armes.
Cependant la lecture, qu'il a toujours
aimée , devient pour Bonaparte une passion
qui ressemble à la fureur ; mais les beaux-
arts n'ont point d'attrait pour cet esprit sé-
vère, et de la littérature il ne cultive que
l'histoire; il la dévore, et range avec ordre
dans sa mémoire sûre et fidèle tous les
événements remarquables de l'existence des
nations , et de la vie des grands hommes
qui les ont conquises et gouvernées. Plu-
1 arque, qu'il ne peut plus quitter, Plutarque,
dont les vieilles admirations n'ont pas été
peut-être sans danger pour une âme de cette
trem))e, développe chaque jour les germes
d'enthousiasme, d'héroïsme, d'amour de la