Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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quelque livre que ce soi!, tant chaque com-
partiment en est soigné ; un croissant de
plume y soutient les reins; si la tête se
penche, elle y trouve ses joues reçues par
des oreillers couverts de soie, et le coussin
de siège déborde tellement les coudes , qu'il
est permis de croire que les tapissiers de
nos pères avaient pour but d'éviter que le
livre ne fit du bruit et ne les réveillât en
tombant.
Mais quittons cetie digression pour par-
ler de l'homme qui s'y trouvait, et qui n'y
dormait pas. 11 avait le front large, et
quelques cheveux fort blancs, une figure
pâle et effilée, à laquelle une petite barbe
blanche et pointue donnait cet air de finesse
que. l'on renuirque dans tous les portraits
du siècle de Louis Xlll. Une bouc le pres-
que saus lèvres, et nous sommes- forcés d'a-
vouer que le docteur Lavater regarde ce signe
comme indiquant la méchanceté à n'en pou-
voir douter; une bouche pincée, disons-nous,
était encadrée par deux petites moustaches
grises et une royale, ornement que los^
officiers de hussards se laissent croître entre
la lèvre inférieure et le menton, et qui
ressemble assez à une virgule. Ce vieil-
lard qui avait sur la tête une calotte rouge,
et qui était enveloppé dans une vaste robe
de chambre , portait des bas de soie pour-
prée , et n'était rien moins que Armand
Duplessis, cardinal de Richelieu.
(A. de Vigny.)
123. LA CORSE.
Une conquête plus importante que celle
d'Avignon , et que le duc de Choiseul eut
le bonheur d'exécuter sans troubler la paix
générale, attesta la dextérité de ce ministre.
Cette conquête fut celle de la Corse. Depuis
ia chute de l'empire romain, l'île de Corse
avait souvent changé de maîtres. Elle avait
goûté le bonheur de l'indépendance daus
les intervalles assez longs d'une domination
à une autre. Les Goths, les Sarrasins et
les Erancs en avaient^ tour à tour soumis les
rivages, mais ils av'aient rarement franchi
les montagnes où la liberté d'un peuple fier
trouvait un asile. Le mouvement des croi-
sades exposa les Corses à des visites et des
excursions continuelles. Les marchands ita-
liens , qui s'enrichissaient de la folie des
croisés, sentirent Timpoitance de cet entre-
pôt et de cette station dans la Méditer-
ranée. Ils s'en emparèrent dès que les répu-
bliques auxquelles ils appartenaient furent
devenues puissantes. Les Génois y trouvèrent
les Pisans établis et les en chassèrent, à laide
d'un peuple toujours prêt à se soulever contre
ses derniers maîtres. Bientôt ils éprouvèrent
à leur tour la haine indomptable de ces in-
sulaires. Hors d'état de les réduire à une
entière soumission, les Génois achetaient les
secours de toute puissance qui pouvait leur
jrêter des soldats , et se dédommageaient de
eurs dépenses par de nouvelles vexations
qui donnaient lieu à de nouvelles révoltes.
En 1735, un mouvement concerté entre les
plus puissantes familles de l'île , la délivra
des Génois, Comme les Corses connaissaient
l'opiniâtreté de leurs oppresseurs, il s'atten-
daient à les vo\r revenir avec une armée étran-
gère. Ils cherchaient en vain un allié quijes
protégeât. Réduits à la dernière détresse, et
livrés à des discordes cruelles, ils virent avec
joie entrer au port d'Aleria un bâtiment qui
leur apportait un secours inespéré. Ce bâti-
ment était monté par un baron de West-
phalie nommé Théodore de Neuhof, qui
avait persuadé à la régence de Tunis d'en-
treprendre une expédition qui mettrait en
son pouvoir les ports de la Corse. Mais bien-
tôt il dépouilla le turban, employa pour
son propre compte l'argent et les hommes
qui lui avaient été confiés , parla en chré-
tien, en homme libre, promit l'alliance de
l'Angleterre et de la Hollande, soulagea les
pauvres avec discernement, suspendit les
inimitiés qui faisaient couler le sang des
chefs et des tribus. L'enthousiasme fut gé-
néral, et l'aventurier fut élu roi. Au bout
de quelques mois de ce règne bizarre , les
Corses s inquiétèrent de ne point voir venir
les bâtiments anglais et hollandes annoncés
par Théodore; il feignit d'être étonné de ce
retard, et partit avec quelque espoir de
réaliser une promesse faite sans aucun fon-
dement. H arriva en Hollande lorsque la
Erance s'était déjà engagée à faire rentrer
l'île de Corse sous les lois de Gênes. On le
reçut avec mépris. Un de ses créanciers le
reconnut à Amsterdamet le fit arrêter.
D'autres créanciers se présentèrent. Du fond
de sa prison , il leur montra la persp.ective
d'être magnifiquement récompensés de leurs
dépenses, s'ils voulaient l'aider à délivrer ses
sujets de l'oppression. Graces à la munifi-
cence intéressée de ses créanciers, il fit un
nouvel arniemenl; mais le port où il-tenta
d'aborder était occupé par des Français : il
n'osa débarquer, et passa le reste de sa vie
daus les disgrâces d'un aventurier décrédité
et qui s'est rendu ridicule.
Cependant- les Corses n'avaient pas été