Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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frande valeur. Les grenadiers du régiment
es Gardes-Françaises et ceux des Gardes-
Suisses se sont, entre autres, extrêmement
distingués. On raconte plusieurs actions
particulières, que je vous redirai quelque
jour, et que vous entendrez avec plaisir.
Mais en voici une, que je ne puis différer
de vous dire, et que j'ai ouï conter au roi
même.
Un soldat du régiment des Fusiliers, qui
travaillait à la tranchée, y avait porté un
gabion : un coup de canon vient qui em-
porta son gabion. Aussitôt il en alla poser
à la même place uu autre, qui fut sur ie
champ emporté par un autre coup de canon.
Le soldat, sans rien dire, en prit un autre
et alla le poser: un troisième coup de ca-
non emporta ce troisième gabion. Alors
le soldat se tint en repos. Mais son offi-
cier lui commanda de ne pas laisser cet
endroit sans gabion. Le soldat dit: J'irai,
mais j'y serai tué. 11 y alla, et en po-
sant son quatrième gabiou eut le bras fra-
cassé d'un quatrième coup de canon. 11
revient soutenant son bras pendant avec
l'autre bras, et se contenta de dire à son
officier: Je vous l'avais bien dit. 11
fallut lui couper le bras qui ne tenait à
presque rien, 11 souffrit cela sans deserrer
les dents et, après l'opération, dit froide-
ment : Je suis donc hors d'état de tra-
vailler: c'est maintenant au roi à me nour-
rir. Je crois que vous me pardonnerez
le peu d'ordre de cette narration ; mais
assurez-vous qu'elle est vraie,
(Racine.)
121. LE PONT-NEUF SOUS LOUIS Xlll.
Le Pont-Neuf était d'ordinaire le point
central où se réunissaient les marchands
d'orviétan et de baume, les débitants d'é-
lixir et de poudre de sympathie, les inven-
teurs de la panacée universelle , les arra-
cheurs de dents ; tous grands docteurs de
la petite faculté. Ou y trouvait de plus
les chanteurs de noëis, les escamoteurs, les
équilibristes; Tabarin et son théâtre; par
conséquent, force badauds et charlatans agis-
sant réciproquement les uns sur les autres,
par uu grand pouvoir d'attraction.
Malheur au provincial, venu du Poitou
ou de la Saintonge, jeté au milieu de celte
cohue, et s'y faisant reconnaître à sa dé-
marche gênée, à son air de circonspection,
à son feutre à petit bord, ou à sa mou-
stache écourtée ! Il est bientôt le point de
mire de tous, et les plus habiles opérateurs
s'en emparent comme d'une proie pour leurs
expériences.
Alors, assis malgré lui sur la sellette de
la science, il se voit contraint de déguster
des élixirs de toutes sortes; ses habits sont
purgés de toute macule, par le frottement
des pierres de propreté, qui ont le don de
faire disparaître les taches, et, trois jours
après, l'étoffe; son chapeau est remis à
neuf, lustré, brûlé par des eaux dites de
Jouvence; malheur à lui surtout, s'il a
une dent douteuse dans la bouche: bonne
ou mauvaise, elle lui est enlevée aux cris
d'admiration du cercle! Trop heureux si,
après avoir été martyrisé par les charlatans,
il ne se retire pas encore dépouillé par les
spectateurs; car le vol alors n'était pas
seulement réputé métier de manants, mais
aussi délassement de gentilshommes.
(X. B. Saintine.) |
122. RICHELIEU.
Montez les degrés du vieux archevêché,
et entrons dans la première et la plus grande
de ses salles. Elle était fort longue, mais
éclairée par une suite de hautes fenêtres
en ogives, dont la partie supérieure seule-
ment avait conservé des vitraux bleus, jau-
nes et rouges, qui i-épandaient une lueur
mystérieuse dans l'appartement. Une table
ronde, énorme, la remplissait dans toute sa
largeur du côté de la grande cheminée;
autour de cette table, couverte d'un tapis
bariolé et chargé de papiers et de porte-
feuilles , étaient assis et courbés sur leurs
plumes huit secrétaires occupés à copier
des lettres qu'on leur passait id'une table
plus petite. D'autres hommes, debout, ran-
geaient^ les papiers dans les rayons dune
bibliothèque, que des livres, reli(^s en noir,
ne remp issaicnt pas tout entière, et mar-
chaient avec précaution sur le tapis épais
dont la salle était garnie.
Malgré cette quantité de personnes réu-
nies, on eût entendu les ailes d'une mouche.
Le seul bruit qui s'élevât était celui des
plumes qui couraient rapidement sur le pa-
pier, et d'une voix grêle qui dictait en
s'interrompant , pour tousser. Elle sortait
d'un immense fauteuil à grands bras, placé
au coin du feu, allumé en dépit de la cha-
leur de la saison et du pays. C'était un
de ces fauteuils qu'on voit encore dans
quelques vieux châteaux, et qui semblent
faits pour s'endormir en lisant, sur eux,