Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
~ 133 —
La gloire, aube toujours nouvelle,
Fait briller leur mémoire et redore leurs
noms !
(V. Hugo.)
118. HENRI IV.
Henri n'avait point été élevé délicatement,
comme le sont ordinairement les enfants
des princes et des grands personnages;
aussitôt que Henri, commença à marcher,
on le laissa courir avec les autres enfants
de son âge, la tête découverte et les pieds
nus, en hiver comme en été; cela le rendit
bientôt leste et vigoureux, et dès son jeune
âge il prit dans toutes ses manières un air
de franchise et d*aisance qu'il conserva
toute sa vie, et qui le fit aimer de tous
ceux qui rapprochèrent.
Henri IV, en prenant le titre de roi de
Erance, était loin encore d'être le maître
du royaume, et il lui fallut acheter par
bien des traverses un trône qui lui appar-
tenait cependant par droit de naissance.
Dès qu'on apprit à Paris le meurtre de
Henri 111 et l'avénement de son successeur,
les ligueurs qui occupaient cette grande
ville passèrent successivement des excès
d'une gaieté insolente, aux transports d'une
fureur aveugle ; après avoir allumé des
feux de joie dans les divers quartiers de
la capitale, ils se réunirent en grandes
processions pour parcourir les rues, tra-
vestis de mille manières bizarres et s'armant
de broches , de vieilles épées et de tout ce
qu'ils pouvaient rencontrer: c'était ainsi
qu'ils se préparaient à combattre en criant
à tue-tête qu'ils aimaient mieux mourir que
de se soumettre à un roi huguenot, car
c'était le nom que le peuple donnait aux
calvinistes.
Le ' duc de Mayenne lui-même fut effrayé
lorsqu'il vit cette multitude s'agiter en pro-
férant d'horribles menaces.
Malgré les cris de ces furieux, Henri IV
se serait bientôt rendu maître de Paris si
les ligueurs n'eussent appelé à leur secours
une armée espagnole pour défendre cette ville
contre le roi. Dans ce temps-là, c'était
encore Philippe 11 , fils du fameux Charles-
Quint , qui régnait en Espagne.
Henri IV se vit bientôt dans la néces-
silê de combattre le due de Mayenne, qui
avait marché contre lui avec une armée
considérable de ligueurs et de cavaliers
espagnols; Henri ne comptait point un
aussi grand nombr« de soldais que sou
ennemi, mais chacun des siens était résolu
de mourir pour leur roi. Les deux armées
se rencontrèrent dans la plaine d'ivry, qui
est à environ vingt) lieues de Paris, et
tout se piépara pour une grande bataille,
à laquelle on a donné ce nom.
Quoiqu'il fût doué d'un grand courage,
Henri IV ne put envisager de sang-froid
la perte prochaine de tant d'hommes qui
allaient être tués dans le combat, et dès
qu'il vit l'ennemi s'approcher, il monta sur
son cheval de bataille, et s'avança sur le
fi^ont de son armée: »Mes amis, vous êtes
Erançais," s'écria-t-il, »je suis votre roi,
voilà l'ennemi ; si l'étendard vous manque ,
suivez mon panache blanc, vous le verrez
toujours au chemin de l'honneur et du de-
voir." En achevant ces paroles, il prit
son casque ombragé de plumes blanches,
et donna ie signal du combat,
Alors s'engagea uue terrible bataille, où
le roi combattit avec tant de vaillance et
d'ardeur, qu'au milieu de la fumée il dis-
parut aux yeux de ses soldats, qui cher-
chaient en vain dans la mêlée son panache
blanc; le bruit se répandit bientôt qu'il
avait été renversé, et peut-être tué, et
quelques-uns parlaient jjéjà de prendre la
fuite, lorsque Henri, reparaissant tout cou-
vert de poussière, leur cria qu'ils tournas-
sent au moins la tête pour le voir mourir,
s'ils étaient assez lâches pour l'abandonner;
ces mots rendirent le courage aux plus ti-
mides, les ligueurs furent taillés en pièces,
et le duc de Mayenne n'eut que le temps
de se dérober par la fuite à uue mort cer-
taine.
Dans ce funeste combat, Henri ne cessait
d'ordonner aux siens d'épargner le sang
français, et l'ennemi avait à peine tourné
le dos, qu'il songeait déjà à faire relever
les blessés, et à secourir les prisonniers.
Cette humanité touchante, dans un pareil
moment, lui assura plus la couronne que
la victoire même qu'il venait de remporter;
tous les prisonniers, auxquels il rendit la
liberté, ne manquèrent pas de publier les
soins qu'il leur avait fait donner.
Le roi ne tarda pas à se présenttr de-
vant Paris, qu'il fit entourer par son armée,
de telle façon que personne ne pouvait plus
y entrer ni en sortir; il devint même impos-
sible d'y introduire ia farine, la viande
et les autres aliments les plus nécessaires
à la vie, et en peu de mois, les habitants
de cette malheureuse capitale furent réduits
aux dernières extrémités du désespoir et de
la faim.