Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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Romagiiano et lui laissa le commandement
de Tarrière-garde. Bayard avait eu , au dé-
but de la campagne, à subir les dédains de
Bonnivet; abandonné dans Rebec avec quel-
ques compagnies, il avait failli succomber
devant les Impériaux, et, lorsqu'il eut réussi
à leur échapper, il adressa au général qui
avait ainsi compromis ses soldats de légi-
times reproches. La hauteur avec laquelle
Bonnivet les accueillit aigrit la discussion,
et jeta entre lui et Bayard une froideur
dont la modération de celui-ci put seule
arrêter les suites. Quand l'amiral eut recours
à son courage, Bayard jugea que l'heure
des querrelles était passée ; il oublia ses
ressentiments et accepta la périlleuse mission
dont on le chargeait. »11 est bien tard pour
remédier au mal, répondit-il au présomptueux
général ; maïs n'iniporte, mon âme est à
Dieu, ma vie à l'Etat: je vous promets de
sauver l'armée aux dépens de mes jours."
11 tint parole: toujours à l'arrière-garde, il
contenait la poursuite des Espagnols par
l'énergie de son attitude. »Assuré comme
s'il eût été en sa maison, raconte Loyal-
Serviteur , son biographe, il faisait marcher
les gens d'armes et se retirait toujours le
visage droit aux ennemis et l'épée au poing,
leur donnant plus de crainte qu'un cent
d'autres." Bayard marcha ainsi sans désordre,
maintenant les rangs de ses soldats malgré les
coups des arquebusiers qui s'étaient jetés aux
côtés du chemin qu'il suivait. 11 poursuivait
sa retraite avec calme, avec une admirable
fermeté, en face de l'armée espagnole, quand,
le 30 avril 1524, vers dix heures du matin,
»comme Dieu le voulut permettre, continue
Loyal-Serviteur, ""fut tiré un coup d'arque-
buse dont la pierre le vint frapper au tra-
vers des reins , et lui rompit tout le gros
03 de l'échiné. Quand il sentit le coup, se
prit à crier: — »Jésus!" et puis il dit : —
»Hélas, mon Dieu! je suis mort." Et devint
incontinent tout blême, comme failli des
esprits, et pensa tomber; mais il eut encore
le cœur de prendre l'arçon de sa selle, et'
demeura debout jusques à ce que un jeune
gentilhomme, son maître d'hôte , lui aida à
descendre et le mit sous un arbre-"
Étendu, sans force, au pied d'un arbre,
entre ses soldats qui fuyaient et les enne-
mis qui s'avançaient, Bayard, en face delà
mort, reste calme comme toujours, et con-
centre dès lors sa pensée tout entière sur
Dieu et sur le salut de ses gens. N'ayant
)as de croix, il baise pieusement celle que
orme la poignée de son épée en murmu-
rant: >;Ayez pitié de moi, mon Dien, selon
votre infinie miséricorde !" puis, dans la
^ naïve expression de sa piété, il prend son
' écuyer pour écouter l'aveu de ses fautes.
Ces derniers devoirs accomplis, il console
ceux qui l'entourent et leur ordonne de
s'éloigner pour échapper à l'ennemi.
Le marquis de Pescaire, dès qu'il apprit
que Bayard avait été blessé, accourut à son
secours^et voulut saluer une dernière fois
ce glorieux adversaire; le connétable de
Bourbon, qui avait autrefois combattu eu
tant de brillantes affaires à côté du Cheva-
lier sans peur et sans reproche, vint pour
adresser un dernier adieu à son ancien com-
pagnon d'armes. 11 le trouva encore appuyé
à l'arbre sous lequel on l'avait placé, le
visage tourné vers l'ennemi; et comme il
lui disait, quelle pitié lui inspirait l'état d'un
si vertueux chevalier : »Monsieur, lui répon-
dit Bayard, il n'y a point de pitié en moi,
car je meurs en homme de bien ; mais j'ai
pitié de vous, de vous voir servir contre
votre prince, votre patrie, votre serment."
Bayard fut le dernier reflet du monde
chevaleresque , après lui disparaissent pour
toujours ces vertus brillantes, cette foi vive,
ce courage dévoué, cette pureté de cœur,
qui accompagnaient sur les champs de ba-
taille et dans leurs passes d'armes ces hom-
mes aux croyances sincères , dont la confiance
et la force s'appuyaient sur Dieu d'abord
et ensuite sur leur épée. (Michelet.)
117. CEUX QUI SONT MORTS POUR
LA PATRIE.
Ceux qui pieusement sont morts pour la
patrie
Ont droit qu'à leur cercueil la foule vienne
et prie.
Entre les plus beaux noms leur nom est le
plus beau.
Toute gloire près d'eux pape et tombe éphé-
mère,
Et, comme ferait une mère,
La voix dVn peuple entier les berce en
- leur tombeau !
Aussi, quand de tels morts sont couchés
dans la tombe.
En vain l'oubli, nuit sombre où va tout ce
qui tombe,
Passe sur leur sépulcre où nous nous incli-
nons ;
Chaque jour, pour eux seuls, se levant plus
fidèle,