Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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~ 131 —
116. MORT DE BAYARD.
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Bayard, le chevalier sans peur et sans
reproche, est la dernière de ces héroïques
et belles figures du moyen-âge qui nous
apparaissent comme d'idéales persounifica-
fions de la foi, du dévouement et de l'hon-
neur. Parmi cette société corrompue et élé-
gaule du seizième siècle, qui, dessouvenirs
chevaleresques, n'avait recueilli que les
brillantes folies, Ips témérités aveugles, les
galanteries rechcrchécs, les entre|)rises aven-
tureuses, Bayard fut le seul qui se rappela
les pures et naïves vertus du passé : il les
pratiqua dans toute leur sincérité; et, s'il
appartient par son intrépide courage à la
chevalerie, il la rappelle aussi par sa vive
piété, par la délicatesse de ses sentiments
et par sa loyauté. Tout concourut à forti-
fier en Bayard ies heureuses dispositions de
la nature-: sa famille lui avait légué de nobles
exemples à suivre, de grandes traditions de
déLVOuement et de valeur à continuer. Pour
lui plus que pour tout autre était vraie
cette parole, qui fut la devise des illusires
maisons: »Noblesse oblige." »Mon enfant,
lui disait souvent son oncle, Georges du
Terrail, évêque de Grenoble, qui surveilla
l'éducation de sa jeunesse, mon enfaut, sois
noble comme les ancêtres: comme ton tris-
aïeul, tué à Poitiers aux pieds du roi Jean;
comme ton bisaïeul, mort à Azincourt;
comme ton aïeul, tué à Monllhéry; comme
ton père enfin, qui fut couveit d'honorables v
blessures eu défendant la patrie."
Bayard ne démentit pas cette valeureuse
origine ; sa vie , depuis le jour où ipour la
première fois il tira son épée i4isqu'à celui
où il succomba en protégeant la retraite
des soldats français, fut une suite d'actions
à la fois éclatantes et modestes. Aucune
circonstance, quelque imprévue, quelque
périlleuse qu'el e fût, ne surprit ni son
courage ni sa vertu; il savait unir à l'amour
de la patrie, l'amour de ses devoirs, et
jamais, à aucun intérêt, à aucun profit,
il ne consentit à sacrifier les (^roites inspi-
rations de sa conscience.
Pierre du Terrail, seigneur de Bayard , né
en 1475 au château de Bayanl dans le Dau-
phiné, après avoir passé auprès de l'évêque
de Grenoble ses premières années, entra
parmi les' pages du duc de Savoie , alors
l'allié de la France. Dans uue entrevue
que le duc de Savoie eut à Lyon avec
Charles VI11, le roi remarqua l'adresse, la
fierté naturelle de Bayard , et l'attacha à sa
personne, A partir de cette époque , Bayard
se dévoua tout entier au service de la France,
dont rien ne put le détourner; successive-
ment sous Charles Vlll, sous Louis Xll
et sous François l", il combattit en Flandre,
en Itîdie, sous le drapeau fleurdelisé. Lors-
qu'il eut atteint cjette haute renommée qui
a donné tant d'éclat à son nom, les adver-
saires de la Erance essayèrent d'obtenir
l'appui de sa vaillante épée ; ils demandèrent
au Chevalier saus peur et sans reproche
de rompre ses serments et de passer dans
les rangs étrangers. »Je n!ai, répondit
Bayard à ces offres injurieuses, qu'un maître
au ciel. Dieu; qu'un maître sur la terre, le
roi de France: je n'en servirai jamais
d'autres."
Il fut un des héros de ces grandes
guerres d'Italie qui eurent sur les destinées
de la France une si considérable influence.
A dix-huit ans il prenait part à la glorieuse
journée de Fornoue : c'était la première fois
qu'il se trouvait à une grande bataille, et
il s'y montra digue du nom qu'il portait;
il eut deux chevaux .tués sous lui et enleva
un étendard aux ennemis. Depuis il assista
aux victoires d'AgnadeJ, de Ravenne, de
Marignan; et toujours, entre tant de chefs
illustres, à côté de la Trémouille, delaPa-
lice, de Longueville, de Chabannes, de
Saint-Pol, de Trivulce , il se distingua par
ce mélange de bravoure, de prudence et
d'humanité qui le rendait si terrible dans
l'action, si généreux après le combat. Plus
heureux que le connétable de Bourbon,
Bayard termina sa carrière comme il l'avait
commencée, avec gloire, avec honneur; il
mourut fidèle à la France, en protégeant de
sa personne la vie de ses soldats et en défen-
dant, les intérêts de sa patrie et de son roi.
En 1528, une ligue s'était formée contre
la France par l'habile politique de Charles-
Quint, et François 1er avait à combattre au
même moment le pape, le roi d'Angleterre,
l'empei;eur d'Allemagne Charles Quint et les
Etals italiens de Florence , de Venise et de
Gênes réunis contre lui. La trahison im-
prévue du connétable de Bourbon ajoutait
encore aux embarras de la situation, et une
iuite pleine de désavantages pour François Ur
s'engagea entre l'Europe d'une part et la
France de l'autre.
L'amiral Bonnivet , chef de l'armée d'Italie,
après une tentative njalheureuse sur Milan,
reculait devant le marquis de Pescaire et
le duc de Bourbon, auxquels ses lenteurs
avaient permis de se rejoindre ; blessé en
essayant de réparer ses fautes, il chargea
Bayard de diriger la difficile retraite de