Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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lea hautes tours, les fossés profonds, les
triples murailles, les barrières de la rési-
dence rople hérissées de pointes de fer.
Un effrayant silence y régnait. Quelque-
fois seulement, quand les ombres de la
nuit couvraient la terre, ce silence était in-
terrompu par les cris d'un malheureux qui
invoquait de prompts secours. Cet infor-
tuné, c'était Louis XL Le plus léger bruit,
le délire de quelque rêve fantastique, le
tiraient soudainement d'un sommeil agité.
11 sortait à demi nu de son lit, portant une
)ique à la main, et dans sa détresse, appe-
ait aux armes ses gardes, dont il accusait
la négligence ; cependant tous, à chaque
quart d' heure, s'appelaient, se répondaient
le long des remparts, et prouvaient ainsi la
vigilance avec laquelle leurs postes étaient
gardés.
Aux clameurs du prince on entendait
sonner les cloches; on voyait accourir les
archers, les Suisses, la garde écossaise; une
foule de moines, de prêtres, de re.'igieuses
entonnaient des prieres pour le salut du
monarque. De nombreuses patrouilles sor-
taient des murs, parcouraient la campagne ,
poursuivaient, arrêtaient et massacraient les
paysans, les pâtres infortunés, que l'impru-
dence ou le hasard offraient à leurs actives
recherches.
Ce zèle impitoyable ne calmait que mo-
mentanément les terreurs de Louis. Les
soldats, les serviteurs qui veillaient à sa
sûreté, devenaient eux-mêmes l'objet de sa
méfiance et de ses craintes. Son intimité
était aussi dangereuse que sa haine. Celui
qui jouissait aujourd'hui de sa faveur, pou-
vait être le lendemain envoyé par lui au
supplice ou jeîé dans un cachot. 11 chan-
geait presque chaque jour de domestiques
et d'î^ppartements. Telle était l'horrible
situation de ce prince prêt à franchir le
redoutable passage qui devait le séparer à
jamais de sa couronne, de ses richesses, de
sa puissance, pour le lancer dans un avenir
inconnu.
Rien ne pouvait calmer sa fièvre ni apai-
ser son déJ lire; un seul homme cependant
l'arrêtait dans ses transports et osait lui
parler en maître: c'était son médecin Jac-
ques Coitier. Croyant que sa débile exis-
tence dépendait de cet homme insolent, il
se soumettait à lui, le comblait d'or, de
présents; se pliait à ses capwces, et souf-
rait sans murmurer ses plus dures paroles
Parfois néanmoins, honteux de sa servitude,
il lui échappait une menace; mais alors
TEscuiape hardi réprimait cette révolte, en
le menaçant de l'abandonner. Un jour
même il lui dit: »Je sais bien qu'un beau
matin vous voudrez vous défaire de moi
comme de tant d'autres; mais j'ai pris mes
mesures, et je jure par la Pâque-Dieu, que
vous ne me survivrez pas trois jours." Ce
charlatan cupide" tira de lui, dit-on, pen-
dant le cours d'un an, plus de cent mille
écus d'or.
Les chroniques disent, qu'il lui adminis-
trait les remèdes les plus compliqués, les
plus violents; et que même il lui persuada
qu'il retrouverait sa jeunesse et sa vigueur
en se baignant dans le sant; d'un grand
nombre de malheureux enfants, que, pour
atteindre ce but criminel, on avait fait
égorger. Cette fable, insérée daus la Chro-
nique scandaleuse, prouve à quel point la
haine jjublique accréditait les bruits les
plus injurieux et les moins vraisemblables
répandus contre un priiict détesté.
Quelquefois, Louis, devenu plus calme,
et voulant se distraire de sa noire mélan-
colie, ordonnait aux pa' sans et aux pastou-
relles des villages voisins de venir, à un
jour indiqué, danser sous les murs du châ-
teau. Mais l'aspect du tyran, ia crainte
des prisons, la vue des rib^ts, glaçaient de
peur ces infortunés. Leurs danses con-
traintes et leur gaîté forcée contrastaient
étrangement avec le son des flûtes, des in-
struments rustiques: c'était un spectacle
plus propre à augmenter Teffroi qu'à l'a-
doucir
Le plus souvent, Louis ne se montrait
ainsi en public que pour démentir les nou-
velles qu'on répandait (-e sa fin prochaine.
Alors ce prince, apparaissant quelques in-
stants sur un balcon aux yeux du peuple,
! cherchait à déguiser sa maigreur, son ma-
rasme, sa pâleur livide, en^se couvrant,
contre sa coutume, de vêtements de drap
d'or et de chapeaux ornés de plumes, mais
toujours parsemés d'amulettes et d'images
de vierges ou de saints.
La chasse avait été longtemps une des
passions du roi. Jaloux de ce plaisir comme
de son autorité, il le défendait daus ses
domaines sous peine de la vie, même aux
plus grands seigneurs. 11 avait fait venir
de toutes les contrées de l'Europe des
chiens, des faucons, des cerfs, des buffles,
des lions et des panthères. Réduit à Tim-
lossibilité de se livrer désormais à de sem-
)lables divertissements, il en recherchait
encore l'ombre; et Comines raconte que,
pour se créer un simulacre de chasse, il
nourrissait de gros rats dans ses apparte-