Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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et tyrannique; sa première femme, Mar-
guerite d'Ecosse , était morte de chagrin ;
la seconde, Charlotte de Savoie, vertueuse
et douce, se vit reléguée par !u' ians le
château de Loche, où elle vécut oioliée de
la cour, mais respcc'ée du peupi^^. Les
enfants qui naquirent de cë maria^i; furent
Louis, Joachim et François, morts en bas
âge ; Charles , qui régna ; Louise , qui ne
vécut que peu de mois ; Anne , mariée à
Pierre de Bourbon , seigneur de Beaujeu :
elle gouverna le royaume comme régente
pendant la minorité de Charles Y111; enfin
Jeanne, que le duc d'Orléans , depuis Louis
XII, prit i)Our femme, et qu'il répudia
ensuite pour épouser Aune de Bretagne.
Louis se montra constamment père dur
et jaloux. Le dauphin était retenu par ses
ordres dans le château d'Amboise. 11 avait
défendu qu'on lui fît apprendre les éléments
des lettres et des sciences, de peur qu eu
s'éclairant , il ne devint ambitieux et ne
voulu', braver son autoriîé, comme il avait lui-
même attaqué celle de l'auteur de ses jours.
Louis XI avait plus de superstition que de
piété , et fut peu réglé dans ses moeurs.
On est souvent ten'é de révoquer en doute
les traits que les écrivains du temps racon-
tent de la férocj^té de ce prince. Fréquem-
ment il se plaisait à prolonger le supplice
de ceux qu'il destinait à la mort. On ne
leur donnait à manger dans leur étroite
cage qu'avec une fourche, qui en traversait
les barreaux pour arriver jusqu'à eux . Plu-
sieurs fois on les tirait de cette prison de
fer pour les torturer, les mutiler, leur ar-
racher des dents ; les cris de rage et de
désespoir qu'ils poussaient, étaient un raf-
finement de volupté pour le tyran.
Il fallait que l'effroi dont il avait glacé
les esprits eût étrangement dégradé un
)euple dont le nom rappelle la franchise,
'amour de la gloire et de la liberté, pour
qu'il supportât si longtemps ce joug odieux.
]j'esprit généreux de la chevalerie semblait
avoir disparu de nos moeurs. Un seul
homme était parvenu , - en vingt années à .
écraser les grands et à avilir le peuple.
11 serait trop affl.igeant pour la morale
qu'un roi souillé de t ant de perfidies , de
violences et de meurtres, eût terminé sa
vie avec tranquillité. On douterait presque
de la justice divine, si, aveugle comme la
fortune, elle réservait la prospérité au crime,
et le malheur à la vertu. Heureusement
il n'en est pas ainsi. On ne doit pas se
laisser tromper par une vaine apparence.
Le sort avait pu seconder tous les desseins,
favoriser les 'artifices, combler tous les voeux
d'un mo iurque fourbe et cruel; sa puissance
pouvait être affermie, son alliance recher-
chée, s- haine redoutée, ses ennemis abat-
tus; mas, au milieu de l'éclat qui environ-
nait sa couronne, dans le fond de son pa-
lais que remplissaient une foule de servi-
teurs ra Mpants et de courtisans serviles , il
se seutjiit poursuivi par un bourreau plus
impitoyable que ceux qui exécutaient au
moindre ^igne ses ordres barbares. Ce bour-
reau," c était sa' conscience. Le remords
déchirai et tourmentait son âme par l'image
du pass' , par le spectre de l'avenir.
Le 1 laheureux s'attachait avec rage aux
restes ù'une vie qui lui échappait, à une
autorité expirante qu'il craignait à tout
moment de se voir enlever. Prenant cha-
que arme qui brillait, pour un poignard ,
chaque être humain qui l'approchait, pour
un meui trier ; invoquant à grands cris la
protection d'une religion qu'il avait outra-
gée, e' l'art des médecins qui cédait à la
nature; enfin voulant encore régner, se ven-
ger et punir, quand il ne pouvait plus vi-
vre, il aurait peut-être inspiré quelque pitié
à l'homme même condamné par ui au der-
nier supplice. Faible comme un enfant, fu-
rieux comme un insensé, poursuivi p^r tou-
tes les terreurs que peut enfanter une ima-
gination en délire, il offrit, dans ses der-
niers jours, au monde le spectacle le plus
consolant pour la vertu, le plus instructif
pour la postérité, le plus effrayant pour la
tyrannie.
Quel sinistre tableau s'offrait aux regards
de l'étranger, qui, attiré par la renommée
du plus riche, du plus puissant mon,.rque
de l'Europe, s'approchait de ce terrible
château du Piessis-les-Tours, où Louis XI
s'était renfermé ! Après avoir traversé une
campagne stérile et abandonnée, dans la-
quelle Comines nous dit qu'on avait semé
dix mille chausse-trapes pour la rendre in-
accessible à la cavalerie, il entrait dans
une longue avenue bordée d'un double rang
de chaînes de fer nommées par le peuple
les fillettes du roi; entre elles s'élevait une
longue haie de potences, où l'on voyait
avec horreur des files de cadavres suspendus.
Là errait le farouche Tristan avec sa
troupe d'assassins, épiant avec inquiétude
les regards, les gestes, les paroles des im-
prudents qui réveillaient les soupçons du
tyran en pénétrant sans ordre dans cette
redoutable enceinte. Quand on sortait de
ce champ de mort, chaque pas pouvait ren-
contrer un piège. Plus loin , on apercevait