Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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peuple et sur les ennemis, encore qu'eux-
mêmes commençassent à se convaincre qu'i,
n'y avait en elle de merveilleux et de sur-
naturel que sa simplicité et son courage.
Ils mettaient donc la plus haute importance
à la conserver avec eux. Sur leurs instan-
tes prières elle consentit à rester encore à
l'armée ; et dès-lors elle montra le même
courage dans les combats, la même con-
stance dans les douleurs, la même confiance
dans le bon droit de la France, mais noL
la même persuasion de sa mission divine,
ou la même foi dans ses inspirations.
Plus tard , le roi ayant abandonné son
armée et ses succès, la Pucelle voulut de
nouveau se retirer ; mais les généraux qui
ne voulaient point renoncer à l'influence
qu'elle exerçait sur les soldats et sur le
peuple, l'engagèrent par leurs instances à
rester encore avec eux. Ne se croyant plus
inspirée, n'étant plus soutenue par sou en-
thousiasme religieux, elle n'en continua pas
moins à donner l'exemple de la bravoure
dans des combats sans gloire. Au mois de
mai 1430 elle se jeta avec quelques cheva-
liers célèbres dans la ville de Compiè^^ne,
qu'assiégeait le duc de Bourgogne, allié des
Anglais. Ceux-ci ayant fait une sortie le
24 mai, la Pucelle se joignit à eux, et mit
d abord les Bourguignons en fuite; mais
bientôt ils revinrent de toutes parts attaquer
une troupe peu nombreuse Les Français
prirent la fuite. La Pucelle combattant
toujours, et reculant lentement, arriva la
dernière jusqu'au pied du boulevard du pont,
et là elle trouva la barrière fermée. Aucun
de ses compagnons d'armes ne l'avait proté-
gée dans sa retraite, ' aucun ne veillait à la
porte, ou ne s'avança pour la défendre du s
cette dernière extrémité. La Pucelle, aban-
donnée au milieu de ses ennemis, fut ren-
versée de son cheval par uu archer picard,
qui l'avait saisie par son habit. Dans ce
moment, le bârard de Veudôme s'approcha
d'elle; elle se rendit à lui, et lui donna sa
foi. Aussitôt elle fut envoyée à Mariguy
sous une forte garde. Les Bourguignons et
les Anglais se pressaient pour la voir passer
désarmée, ils poussaient des cris de joie;
et leur rage redoublait en reconnaissant que
c'était une jeune et belle fille qui les avait
si souvent mis en fuite. 11 y avait précisé-
ment quinze mois qu'elle était entrée à
Chinon, la première fois, pour être présen-
tée au roi, il y en avait uu peu moins de
treize que sa carrière militaire avait com-
mencé, et dans ce court espace de temps,
elle avait mérité, par un heroïsme plus ad-
mirable que les pouvoirs surnaturels qu'on
^ " ire qi
profité à la France, si la Pucelle avait été
ui aitribuait, une gloire qui aurait mieux
)rofifé à la Fra:
mieux secondée.
La Pucelle fut rachetée au nom de Henri
VI, roi d'Angleterre, et conduite à Rouen,
où l'on fit son procès. Ce procès commença
le 12 janvier 1431, par devant l'évêque do
Beauvais et le vicaire de l'inquisiteur, qui
seuls avaient droit de prononcer la sentence,
mais qui étaient assistés par près de cent
docteurs, théologiens, conseillers et asses-
seurs Un ordre, donné au nom de Henri VI
le 3 janvier, obligeait les geôliers delà
"Pucelle à la produire devant ses juges ecclési-
asiiques toutes les fois que ceux-ci le deman-
deraient. Estivet, chanoine de Beauvais,
faisait devant ce tribunal les fonctions de
promoteur ou accusateur public. Toutes les
■pièces de ce déplorable procès ont élé con-
servées; elles sont très-volumineuses, et
rlles font voir de la part des inquisiteurs
l'acharnement le plus odieux, la détermination
la plus inébranlable de perdre la malheureuse
jeune fille traduite devant eux, quelques
preuves qu'elle pût donner de son innocence.
Le premier but qu'ils se proposaient était
de la convaincre de sorcellerie; mais Jeanne ^
avait autant d'horreur que ses juges pour ^
le commerce qu'on croyait ^ alors pouvoir
avoir avec les enfers ; quoique exaltée et
enthousiaste, elle élait douée d'un grand
sens. Elle avait cru aux inspirations, aux
-voix qu'il lui semblait entendre, sans que
sa modestie, sa défiance d'elle-même, l'eus-
sent abandonnée, sans être jamais considérée
comme uue sainte, ou comme douée du
pouvoir de faire des miracles. La piété
avait été la première, presque U seule pas-
sion de sa vie ; aussi, pour une jeune pay-
sanne, elle savait assez bien la religion; et
malgré toutes les subùlités des juges qui
l'interrogeaient, ils ne purent la faire tom-
ber dans aucune erreur sur la foi. Le plus
honteux espionnage avait été eniployé contre
elle; on plaça dans sa prison uu prêtre,
qui se donna pour Lorrain, pour persécuté
à cause de sou attachement à Charles Vil,
qui gagna sa confiance et qui fut enfin son
confesseur. Mais tous ces honteux moyens
ne produisaient aucune preuve ou de sor-
cellerie ou d'hérésie; au contrail e, elle
étonnait souvent ses juges par son grand
sens, sa pureté et sa bonne foi. On lui
demanda si elle savait être dans la grâce de
Dieu: C'est une grande chose, dit elle, de
répondre à uuutelle question. — Oui, inter-
rompit un des assesseurs, c'est une grande