Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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~ 122 —
1429 , avec les deux gentilshommes, leurs
deux serviteurs, son frère, un archer et uu
homme qui prenait le titre de messagerdu roi.
Ce ne fut pas sans de grands dangers que
Jeanne, avec sa petite troupe, traversa la
Prance, des bords de la Meuse jusqu'à
Chinon en Touraine. Elle avait à redouter
en chemin et les ennemis et les brigands,
et même les protecteurs qu'elle s'était don-
nés. Mdis ces derniers furent bientôt sub-
jugués par son enthousiasme pieux et ppr
la sagesse de sa conduite. Elle arriva à
Chinon en Touraine le 24 février 1429. Ses
gardiens obtinrent, non sans quelque diffi-
culté, qu'elle serait présentée au roi. Cepen-
dant celui-ci, oubliant combien il était
probable que, occupée sans cesse de lui,
elle avait vu quelque part son portrait, fut
frappé, comme d'une grande merveille, de
ce qu'elle le reconnaissait, tandis qu'il cher-
chait à se cacher entre ses courtisans
»Gentil Dauphin." lui dit-elle, »pourquoi
ne me croyez-vous pas! Je vous dis que
Dieu a pitié de vous, de votre royaume el
de votre peuple; car Saint-Louis et Charle-
magne sont à genoux devant, lui, en faisant
prière pour vous Si vous me baillez des
gens, je lèverai le siéiie d'Orléans, et je
vous mènerai sacrer à Reims ; car c'est le
plaisir de Dieu que ses ennemis les Anglais
s'en aillent en leur pays , et que le royaume
vous demeure."
La cour de Charles VII n'était pas moins
disposée que toute la Erance à croire à une
intervention surnaturelle en sa faveur, à
accueillir ce qui pourrait ranimer les es-
pérances d'une na ion opprimée. Bientôt
on raconta à Chinon, non-seulement que la
Pucelle (désignaiion sous laquelle elle fut
dès-lors conuue) avînt distingué le roi parmi
ses courtisans , mats encore qu elle lui avait
parlé de ses pensé.s ies plus secrètes, de
choses que lui seul -avait; qu'elle lui avait
montré des signes qui ne laissaient aucun
doute sur sa puissance surnaturelle; qu'elle
avait demandé une vieille épée cachée der-
rière l'autel de sainte Catherine à Eierbois,
et qu'on l'avait trouvée telle qu'elle la désign-
ait , marquée de cinq croix sur la lame.
Aussi l'on ne doutait plus de sou pouvoir
d'opérer des miracles; mais l'on hésitait si
Ton devait lu regarder comme prophétesse
ou comme sorcièi'e. Elle fut surveillée à
toutes les heures du jour et de la nuit,
pour assurer si ebe n'avait point de com-
munication avec les mauvais esprits, et Tou
finit par croire que son pouvoir venait en
effet de Dieu.
Le roi fit donner à Jeanne une armure
complète; il lui assigna un écuyer, deux
pages , deux hérauts d'armes et un aumô-
nier Elle s'était fait faire un étendard blanc
semé de fleurs de lis; on y voyait peint le
Christ au milieu des nuées, assis sur son
tribunal, avec deux anges en adoration à
ses côtés, dont l'un tenait une fleur de lis.
Elle y avait fait écrire les mots : Jésus
Marier c'était l'arme avec laquelle elle en-
trait hardiment dans les batailles. Elle
portait aussi cependant une petite hache
suspendue à ses côtés. Le roi l'envoya à
Blois, auprès de la petite armée qu'y^ ras-
semblaient les maréchaux de Rais et de
Sainte-Sevère; elle avait promis de l'intro-
duire dans Orléans avec un convoi de vivres.
Arrivée à Blois, elle fit écrire au roi d'An-
gleterre et à tous les généraux anglais ras-
semblés devant Orléans, pour les sommer
de rendre les clefs de toutes les bonnes
villes qu'ils avaient prises en Erance. Elle-
même ne savait ni lire ni écrire , et elle se
plaignit plus tard qu'on n'avait point écrit
comme elle dictait, qu'on lui avait fait dire :
Rendez à la Pucelle, quand elle avait
dit ; Rendez au Roi.
Tout cela faisait l'entretien de toute la
province; les bourgeois d Orléans étaient
remplis d'espérance; les Anglais étonnés
s'attendaient déjà à devoir combattre les
puissances de l'enfer. Les capitaines asso-
ciés à Jeanne, après avoir consulté le Bâ-
tard d'Orléans qui était dans la ville , con-
vinrent de conduire le convoi qu'ils avaient
préparé, et qui consistait en plusieurs cha-
riots de grains et quelques troupeaux de
bœufs, de moutons et de pourceaux, par la
Sologne ou la rive gauche de la Loire, sur
laquelle les Anglais étaient moins en force;
Jeanne ne savait point alors par quel côté
on la menait. Elle partit le 28 avril de
Blois , elle coucha en route, et le 29 elle
arriva devant la bastide que les Anglais
avaient construite à Saint-Jean-le-Blanc, en
face d'Orléans , au bord de la rivière. Elle
avait obligé tous les soldats à se confesser
et à communier le jour même ; elle leur
avait fait renvoyer toutes les femmes de mau-
vaise vie qu'ils conduisaient avec eux ; elle
marchait à leur tête avec un petit bataillon
de 'prêtres qui entouraient j-on étendard.
Les Anglais, élounés, et frappés d'une ter-
reur panique n'avaient point osé l'attendre:
la bastide était abandonnée, et la Pucelle
n'éprouva aucun obstacle à faire embarquer
tout son convoi, et à le faire entrer dans
Orléans. Elle y entra elle-même avec le