Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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devait avoir un jour, fit approcher l'enfant
indocile, et après l'avoir considéré avec
attention: »Ne vous plaignez pas, madame,"
dit-elle à sa mère, »que Dieu vous ait
donné un tel fils; car cet enfant deviendra
un jour la gloire de votre maison et celle
de tout le royaume." La pauvre dame ne
crut guère alors à cette prédiction, qui se
vérifia pourtant dans la suite d une manière
si éclatante, comme nous le verrons tout à
l'heure.
£n attendant, le caractère turbulent et
impérieux du petit Bertrand ne le faisait
aimer ni des enfants de son âge, ni des
personnes raisonnables. Tout le monde le
craignait ou le haïssait; chacun évitait son
approche; mais la Provideuce, qui avait
permis qu'il parût ainsi disgracié de la na-
ture, avait mis en lui une âme intrépide et
un esprit d'une trempe supérieure.
C'était l'usage, dans ce tetnps-là, que
l'on célébrât des jeux où les chevaliers ae
tous les pays environnants se présentaient,
couverts de leurs armures, pour combattre
les uns contre les autres à grands coups de
lance et d'épée. Ces jeux se nommaient
des tournois. Les combattants y parais-
saient ordiuairement le visage masqué par
la visière de leur casque, et ils joutaient
ensemble si rudement à pied et à cheval,
qu'il arrivait fréquemment que quelqu'un
d'entre eux restât mort sur la place.
Bertrand venait d'atteindre sa dix-
septième année, lorsqu'on publia, à son de
trompe, dans tout le pays de Bretague,
qu'il serait célébré un grand tournoi où
toute la noblesse des environs était invitée
à se rendre. Le sire Du Guesclin, père de
Bertrand, fut un des premiers à se mettre
en route pour cette solennité militaire; et,
prenant avec lui tous ses chevaux de ba-
taille et ses écuyers, il refusa d'emmener
son fils, qu'il trouvait encore trop jeune,
ou peut-être trop mal élevé pour prendre
part à de pareilles fêtes.
Bertrand demeura donc bien chagrin au
logis, lorsque sou père fut parti, car il se
sentait déjà un homme intrépide et vigou-
reux; il lui vint dans l'idée de monter un
vieux cheval qui était resté dans un coin
de l'écurie, et d'aller aussi au tournoi sans
que personne le reconnût.
Le jeune homme n'avait point d'argent
pour se faire un brillant équipage, et la
curiosité seule le couduisit d'abord à cette
fête; mais, lorsqu'il entendit le son des
trompettes, le cœur lui battit avec violence;
il ne fut plus maître de son désir de de-
scendre aussi dans l'arène; et apercevant
un chevalier qui, après avoir honorablement
combattu, se retirait dans une maison voi-
sine pour se reposer de ses fatigues, il l'y
suivit, se jeta à ses pieds, et le supplia
avec tant d'instance de lui prêter ses armes
et son cheval pour paraître à son tour dans
la lice, que le bon chevalier, touché de
l'extrême ardeur de ce jeune homme, con-
sentit sans peine à satisfaire ses désirs.
Dès que Bertrand se fut ainsi équipé, il
baissa la visière de son casque pour éviter
que Ton aperçût son visnge; et ayant ob-
tenu, selon 1 usage, des juges du camp, la
îermission de combattre, il renversa dans
a poussière les plus vaillants guerriers.
Déjà même on le proclamait, vainqueur, et
il allait recevoir le prix de l'honneur, lors-
qu'un chevalier s'avança pour le lui disputer
à son tour. Le jeune homme se préparait
encore à terrasî^er ce nouveau rival, lors-
qu'il reconnut dans cet adversaire le sire
Du Guesclin, son père. Alors Bertrand,
courant vers lui, abaissa sa lance, et met-
tant un genou en terre, le pria de lui ac-
corder sa bénédiction.
Le bon père releva son fils en pleurant
de joie, et tous les assistants l'applaudirent
plus encore à cnuse de sa piélé filiale, qu'à
cause des victoires qu'il venait de rempor-
ter Le prix du courage qu'il avait mérité
par ses prouesses lui fut décerné d'une voix
unîinime, mais il ne l'accepta qu'à condition
qu'il lui serait permis de le partager avec
le complaisant chevalier qui lui avait prêté
son cheval et sou armure.
Dès ce moment Bertrand ne quitta plus
les armes : selon la coutume de ce temps
qui voulait que chaque gentilhomme eût
son cri d'armes, il choisit pour le sien
Notre-Dame Guesclin: et ce cri, tant qu'il
vécut, devint le signai de la défaite des
Anglais et des autres ennemis du roi, qui
Ten récompensa en le faisant Connétable
de France, c'est-à-dire chef de toutes les
armées du royaume.
Aussi habile capitaine que vaillant che-
valier, Bertrand devint bientôt la terreur
des Anglais, qui n'avaient plus alors leur
prince noir pour les commander. Partout
où Du Guesclin paraissait, les ennemis de
la France prenaient la fuite ; et grâce au
courage de l'illustre connétable, les désas-
tres de Crécy et de Poitiers furent presque
entièrement réparés,
Parmi les malheurs incalculables que ies
longues guerres contre l'Angleterre avaient
attirés sur la France, on pouvait mettre au