Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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plein d'insouciance et de mépris pour le
peuple, dirigeait le gouvernement avec la
reiue Isabeau de Bavière. Le duc de Bour-
gogne, qui flattait le ppuple, fut jaloux de
son ascendant. Un soir de Novembre, le
ciel étant tout à fait obscur et les bouti-
ques fermées, le duc d'Orléans sortit, avec
une suite de quelques pages seulement, de
l'hôtel_ d'Isabelle, rue ^Vieille-du-Temple
11 allait nonchalamment à cheval, chantant
à demi-voix et jouant avec son gant. Tout
à coup il est assailli par plusieurs assassins
et égorgé, Jean Sans-Peur nia d'abord
le meurtre, mais peu après, ayant quitté
Paris, il l'avoua, s'en glorifia et en fit éta-
blir la justification par le moine franciscain
Jean Petit. L'audacieux meurtrier rentra
ensuite à Paris, promettant au peuple l'a-
bolition des impôts. Toute une populace
violente, recrutée surtout parmi les bouchers,
forma le parti des Bourguignons, tandis
que Jes nobles en formaient un autre sous
le nom des Armagnacs. Pendant liuit an-
neés, Paris, livrée tour à tour à ces deux
factions haineuses, fut inondé de sang, en
proie à la discorde, à la famine et à la
peste. Dans le même temps (1415), la no-
blesse allait recevoir à Azincourt sa qua-
trième leçon. Jamais on ne vit plus d'in-
subordination, de désordre et d'incapacité.
On laissa les chovaux piétiner toute une nuit
un terrain défoncé par la pluie ; le lendemain,
ils n'en pouvaient plus retirer leurs pieds.
Les Armagnacs, alors maîtres du gouver-
nement, furent égorgés dans Paris, où ren-
tra Jean Sans-Peur. Le gouvernement
bourguignon ne fit guère mieux ; il laissa
prendre Rouen. Le Dauphin crut améliorer
l'état des choses en assassinant Jean Sans-
Peur au pont de Montereau. Le résultat
de ce crime fut le traité de Troyes (14'20),
le plus honteux que jamais roi de Prance
ait signé. Charles Vi y reniait son fils
Charles (VII) et transportait la couronne
de Prance à celui qu'il appelait son fils,
à Henri V, roi d'Angleterre. 11 mourut
peu de temps après, et la France eut deux
rois anglais, Henri V et Henri VI. Char-
les VII se fit proclamer roi de son côté, à
Meung-sur-Yèvre, au delà de la Loire.
(Malte-Brun.)
112. LE CONNÉTABLE DU GUESCLIN.
Sous le règne de Charles V, il y avait
en Bretagne un chevalier nommé Bertrand
Du Guesclin, qui fut certainement un des
hommes les plus illustres dont la France
peut s'enorgueillir.
Le jeune Bertrand, dans son enfance,
était tellement dépourvu des grâces ordi-
naires de cet âge, que les yeux même de
ses parents s'arrêtaient avec peine sur ce
fils qui devait pourtant un jour répandre
tant de gloire sur leur maison. Sa taille
était épaisse et disgracieuse, ses épaules
larges, sa tête disproportionnée, sa physio-
nomie commune; et sans l'éclat extraordi-
naire de son regard, on eût diflâcilement
reconnu chez cet enfant, si maltraité de la
nature, une âme énergique et douée des
•f)lus rares qualités. »Je sais bien," disait-
il souvent, dans le langage naïf de cette
époque, »que je suis difforme, mais je
saurai du moins me faire craindre des
ennemis du roi."
Né .avec un caractère farouche que les
menaces et les châtiments ne faisaient
qu'irriter, ceux qui l'entouraient eurent d'a-
bord ie tort d'exciter son orgueil, en cher-
chant à l'humilier; mais alors le sauvage
enfant devenait intraitable, et s'armant d'un
bâton, il frappait rudement quiconque avait
osé l'outrager; heureusement enfin ses pa-
rents comprirent la nécessité d'essayer par
la douceur de dompter cette humeur diffi-
cile; ^et bientôt en effet on obtint de lui
plus de déférence et de docilité, car Ber-
trand était doué d'un cœur nobie et géné-
reux que l'on avait trop longtemps mécon-
nu, On ne put cependant jamais parvenir
à lui apprendre à lire; et le précepteur
qui lui fut donné dans cette intention fut
contraint d'y renoncer; à la vérité, ce n'é-
tait pas chose rare dans ce temps-là, que
de voir un gentilhomme ou un vaillant ca-
utaine ne connaître ni A ni B, parce qu'a-
ors les gens de guerre regardaient la science
comme bonne tout au plus à des moines
ou à des légistes; pour eux, ils se trou-
vaient parfaitement instruits lorsqu'ils pos-
sédaient l'art de donner de bons coups d'é-
pées, et de manier adroitement un cheval
de bataille. Aussi, dès son plus jeune âge,
Bertrand ne respirait-il qu'exercices mili-
taires et que combats. Sa mère qui l'ai-
mait tendrement se plaignait sans cesse de
son humeur tapageuse, et disait souvent
qu'il n'y avait pas au monde de plus mé-
chant garçon, toujours blessé, et toujours
battant ou battu.
Un jour que cette dame, en pleurant,
contait ainsi ses peines à une religieuse de
ses amies, celle-ci, qui prétendait lire sur
la physionomie de chacun la destinée qu'il