Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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dit le Grand-Ferré. Et il se mit h marcher
devant, jouant de la hache à droite et à
gauche, jusqu'à ce que la bannière eût été
jetée à l'eau. Il avait tué eu ce jour plus
de quarante hommes. Le Grand-Eerré,
échauffé par cette besogne, but de l'eau
froide et fut saisi de la fièvre. 11 s'en alla
à son village, à sa cabane, et se mit au lit,
non toutefois sans garder près de lui sa
hache de fer, qu'un homme d'ordinaire
pouvait à peine lever. Les Anglais ayant
appris qu'il était malade, envoyèrent un
jour douze hommes pour le tuer. Sa femme
les vit venir et se mit à crier: — O mon
pauvre le Grand, voilà les Anglais, que
faire? Oubliant à l'instant son mal, il se
lève, prend sa hache et sort dans la petite
cour; — Ah! brigands! Vous venez donc
pour me prendre au lit? Vous ne me tenez
pas encore. Alors, s'adossant à un mur, il
en tue cinq en uu moment, les autres s'en-
fuient. Le Grand-Eerré se remit au lit;
mais il avait chaud, il but encore de l'eau
froide, la fièvre le reprit plus fort, et, au
bout de quelques jours, ayant reçu les sa-
crements de J'Eglise, il sortit du siècle et
fut enterré au cimetière de sou village. H
fut pleuré de tous ses compagnons, de tout
le pays; car, lui vivaut, jamais les Anglais
n'y seraient venus.
Ce furent ces résistances populaires, plemes
d'héroïsme et probablement multipliées,
mais ensevelies dans le silence des chroni-
queurs du temps, qui dégoûtèrent Edouard 111
de la guerre de Erance et le décidèrent
à la paix. Cette paix, signée à Bréiigny
(1360), était, au reste, aussi avantageuse
pour l'Angleterre que honteuse pour le
gouvernement de la Erance, qui abandon-
nait presque toutes ies provinces de l'Ouest.
La sagesse de Charles V restaura uu peu
la malheureuse Erance. C'était un roi in-
struit. »Complètement il entendait son latin
et suffisamment savait les* règles de gram-
maire." 11 appela auprès de lui des clercs
et des philosophes. Edouard 111 n'en fut
pas moins forcé d'avouer qu'aucun roi ne
lui avait donné autant à faire. Charles V
mit à la tête de ses arméés un petit gen-
tilhomme breton, Bertrand Du Guesclin,
l'un des plus habiles capitaines de son temps.
Vainqueur à Cocherel, Du Guesclin fut ce-
pendant fait deux fois prisonnier: à Auray
en Bretague, et en Espagne à Naraja.
C'est que ces deux batailles furent livrées
malgré lui, par la volonté des priuces dont
il défendait la cause en ces deux pays,
Charles de Blois et Henri de Trastamare.
La Bretagne fut, à la vérité, perdue pour
le prétendant français ; mais Henri de Tras-
tamare finit par triompher en Espagne, et
la Erance s'y débarrassa de grandes com-
pagnies qui la désolaient. En Erance point
de grandes batailles, Charles V n'en voulait
pas; il fermait ses villes, et l'Anglais n'a-
vait plus autre chose à faire que de tra-
verser le pays, de brûler les champs et les
villages. Charles V regardait impassible-
ment ce douloureux spectacle, il se conso-
lait en pensant que ces fumières ne lui
enlèveraient pas son royaume. Bientôt les
armées anglaises fondaient par l'éfùdémie,
la disette, les fatigues; Du Guesclin ou
quelque autre capitaine les harcelait, et
s'introduisait par force ou par ruse dans
les places que l'ennemi possédait encore;
aux villes qui ouvraient leurs portes ou
même aux villes reconquises Charles offrait
des privilèges, des exemptions d'impôts et
opposait la douceur à Ja férocité du prince
Noir. Ce système, pratiqué avec une inva-
riable persévérance, affranchit notre terri-
toire. Les Anglais n'y possédaient plus, à
la mort de «Charles V, que Calais, Brest,
Bordeaux et Bayonne,
Le règne de Charles VI (1380—1422)
défit ce qu'avait fait celui de Charles V,
Dès le début et pendant sa minorité, ses
oncles mirent au pillage le trésor, où une
sage économie avait enfin ramené Tordre
et même la richesse. Et les impôts de
pleuvoir sur le peuple. Le peuple avait
appris à se soulever contre la tyrannie; il
se révolta, non-seulement à Paris, mais à
liouen, Reims, Orléans et dans le Langue-
doc,^ et s'entendit avec les Flamands. Cette
insurrection formidable menaçait d'anéantis-
sement toute la lioblesse. Elle s'arma, et
le petit roi, enchanté de mettre une cuirasse
et de porter une lance, s'empressa de se
uiettre à la tête de l'armée féodale. Lrs
Flamands furent vaincus à Rosebecque, la
révolte étouffée partout. Lrs oncles du roi
recommencèrent leur coupable gaspillage
du trésor public. Une expédition préparée
à grands frais contre l'Angleterre échoue
par leur maladresse. D'autres entreprises
aussi coûteuses furent menées avec le même
succès, Charles VI était tombé en démence ;
tout frein de l'autorité était brisé; les
princes exploitaient le gouvernement, la cour
se livrait à tous les excès; la noblesse s'en
allait chercher jusqu'au bord du Danube,
à Nicopolis (lîiUG), un autre Crécy ou uu
autre Poitiers.
Le duc d'Orléans, prince brillant mais