Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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remplie du récit des belles actions qu'ils
accomplirent, en défendant pied à pied la
,terre sainte contre les infidèles.
Cependant leurs efforts étant devenus
inutiles, depuis que les peuples de l'Europe
avaient renoncé aux croisades, les Templiers
rentrèrent en Erance, et d'immenses richesses
qu'ils avaient acquises .dans leurs guerres,
furent employées par eux à élever de magni-
fiques palais, où ils passaient leurs jours
dans l'abondance et peut-être dans la mol-
lesse. Une pareille existence, n'est certai-
nement pas honorable pour des guerriers
qui, en- se consacrant à la défense du Saint-
Sépulcre, avaient fait vœu de vivre dans
la pauvreté et dans le travail; mais ils ne
méritaient pourtant pas le sort terrible qui
les attendait.
Depuis uu certain nombre d'années, les
choses îivaient bien changé en Erance. Les
premiers rois Capétiens n'avaient pas eu
besoin de payer es soldats que les barons
leur amenaient, lorsqu'ils étaient contraints
de faire la guerre ; mais depuis que la
plupart de ces seigneurs avaient vu démolir
leurs châteaux, et les habitants de leurs
villes établir des communes , ils ne réunis-
saient plus autour de leur personne qu'un
petit nombre de vassaux, que les rois
étaient en outre obligés d'équiper et d'ar-
mer à leurs pro )res dépens; de sorte que,
sous le règne de Philippe;le-Bel, les tré-
sors que - renfermait autrefois la tour du
Louvre étaient entièrement épuisés, et ce
prince se vit contraint d'avoir recours à
une multitude de moyens plus ou moins
injustes, pour subvenir aux besoins les plus
urgents de sa couronne. Tantôt il dépouil-
lait les marchands étrangers, que l'on nom-
mait alors des Lombards, ^parce que_ la plu-
part de Ces négociants étaient originaires
d'Italie; tantôt il répandait dans le royaume
des monnaies d'une valeur inférieure à celle
qu'il leur supposait; expédient désastreux
qui, en altérant la confiance publique en-
vers le souverain, lui valut de la part du
peuple le surnom de Faux Monnayeur.
Malheureusement, parmi les conseillers
de Philippe-le-Bel, il se trouva des hom-
mes qui lui persuadèrent que les Templiers,
fiers de leurs richesses, autrefois soldats
fidèles et obéissants, n'étaient plus que des
sujets séditieux qui, oubliaut leur ancienne
gloire, ne songeaient plus qu'à s'assurer
une vie molle et efféminée;, d'autres encore
lui insinuèrent que les immenses richesses
que renfermaient les caves des chevaliers
du Temple seraient mieux placées dans ses
mains que dans les leurs, et qu'il ne tien-
drait qu'à lui de s'en emparer; de sorte
que Piilippe, entraîné par de pernicieux
avis, résolut la perte de cet ordre religieux,
qui avait autrefois servi si utilement la
cause de la chréiieuté.
Le. même jour, à la même heure, avec
le même secret, dans toutes les provinces
du royaume, les Templiers, saisis par les
ordres du roi, passèrent de leurs palais
somptueux dans de sombres cachots. On
les accusa de crimes abominables; on les
chargea de fers, et ils furent soumis à d'ef-
froyables tortures, qui étaient alors le moyen
employé pour forcer un accusé de déclarer
ce qu'on voulait lui faire dire. Le plus
grand nombre d'entre eux, vaincus par la
douleur, ou dans l'espoir de sauver leur
vie, confessèrent tout ce qu'on exigea d'eux,
et renoncèrent ainsi, pour sauver leur vie,
aux douceurs du Temple et aux richesses
de leur ordre.
Mais le grand maître Jacques Molay et
plusieurs de ses compagnons, après avoir
angui pendant plusieurs années dans une
affreuse captivité, préférèrent la mort à
uue confession aussi mensongère. En vain
on les menaça du supplice du feu, auquel
ou condamnait alors les sacrilèges et les
apostats, c'est-à-dire ceux qui avaient ou-
tragé la religion et renoncé au christianisme,
ils préférèrent monter ensemble sur un bû-
cher qui avait été dressé à cet effet à l'ex-
trémité de l'une des îles de la Seine, au
lieu même où s'élève aujourd'hui la statue
du roi Henri IV.
Dès que ces intrépides chevaliers virent
briller autour d'eux la flamme qui devait
les consumer, ils commencèrent à entonner
d'une voix forte les vêpres des morts, et
ces chants funèbres ne cessèrent de se faire
entendre que lorsque la fumée les eut tous
suffoqués.
On raconta, vers cette époque, que Jacques
Molay, ce vieillard vénérable qui avait
inutilement protesté de l'innocence de ses
frères, lorsque déjà la flamme s'élevait au-
dessus de sa tête, proféra une citation ter-
rible , en appelant le roi Philippe à paraître
avant un au au tribunal de Dieu. La foule
du peuple qui entourait le bûcher fut frap-
pée de terreur en entendant ces paroles.
En effet, l'année n'était pas achevée, lors-
que Philippe-le-Bel, qui avait regretté, mais
trop tard, son injuste rigueur envers les Tem-
pliers, mourut de maladie; et la Providence
permit que la prédiction du grand-maître se
trouvât ainsi accomplie, (Lamé ïleury.)