Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— Ill —
les pieds nus, la tête découverte, le corps
ceint d'une grosse corde, couvert d'un long
froc et d'un manteau d'ermite de l'étoffe la
plus grossière. La singularité de ses vête-
ments était un spectacle pour le peuple;
l'austérité de ses mœurs, sa charité, la mo-
rale qu'il prêchait, le faisaient révérer comme
un saint.
Il allait de ville en ville, de province en
province, implorant le courage des uns, la
f)iété des autres; tantôt il se montrait dans
a chaire des églises, tantôt il prêchait dans
les chemins et ,sur les places puoliques. Son
éloquence était vive et emportée, remplie
de ces apostrophes véhémentes qui entraînent
la multitude. Il rappelait la profanation des
saints lieux et le sang des chrétiens versé
par torrents dans les rues de Jérusalem ; il
invoquait tour-à-tour le ciel, les saints, les
anges, qu'il prenait à témoin de la vérité
de ses récits ; il s'adressait à la montagne de
Sion, à la roche du Calvaire, au mont des
Oliviers, qu'il faisait retentir de sanglots et
de gémissements. Quand il ne trouvait plus
de paroles pour peindre les malheurs des
fidèles, il montrait aux assistants le crucifix
qu'il portait avec lui ; tantôt il se frappait
la poitrine et se meurtrissait le sein, tantôt
il versait un torrent de larmes.
Le peuple se pressait en foule sur les
traces de Pierre. Le prédicateur de la guerre
sainte était partout reçu comme un envoyé
de Dieu; ou s'estimait heureux de toucher
ses vêtements: le poil arraché à la mule qu'il
montait était conservé comme une sainte
relique. A sa voix, les différends s'apaisaient
dans les familles, les pauvres étaient secourus,
la débauche rougissait de ses excès, on ne
parlait que des vertus de l'éloquent cénobite;
on racontait ses austérités et ses miracles ;
ou répétait ses discours à ceux qui ne les
avaient point entendus et qui n'avaient pu
s'édifier par sa présence.
Souvent il rencontrait dans ses courses
des chrétiens d'Orient, bannis de leur patrie
et^ parcourant l'Europe en demandant l'au-
mône. L'ermite Pierre les présentait au peuple
comme des témoignages vivants de la bar-
-barie des infidèles; en montrant les lambeaux
dont ils étaient .couverts, le saint orateur
s'élevait avec violence cojitre leurs oppres-
seurs et leurs bourreaux. A ce spectacle,
les fidèles éprouvaient tour-à-tour les plus
vives émotions .de la pitié et toutes les
fureurs de la vengeance; tous déploraient
dans leur cœur les malheurs et la honte de
Jérusalem. Le peuple élevait la voix vers
le ciel pour demander à Dieu qu'il daignât
jeter un regard sur sa ville chérie; les uns
offraient leurs richesses, les autres leurs
prières: tous promettaient de donner leur vie
pour la délivrance des saints lieux.
(Michaud.)
105. LES CROISADES.
Les cruautés exercées par les Musulmans
contre les pèlerins d'Europe suscitèrent les
Croisades, qui furent^ au nombre de huit,
guerres ^ sanglantes entre l'Europe et l'Asie,
La pitié des chrétiens d'Europe envers leurs
frères de ces contrées d'Asie fut première-
ment excitée par Pierre l'Ermite, mais plus
efficacement par le pape Urbain II, qui, sol-
licité par ^Alexis Commène et par le patri-
arche^ Siméon, persuada à quelques centaines
de milliers d'hommes , la plupart Français et
Lorrains, de faire une expédition contre ces
peuples mahométans, pour leur enlever la
terre sainte. Ils prétendaient n'avoir pour
but que de reconquérir sur les infidMes les
lieux témoins du martyre de Jésus-Christ,
et marquaient pour cela leurs habits de croix
de toutes sortes de couleurs. De là vinrent
les noms de croisades et de croisés. Le
droit qu'ils croyaient avoir sur ces pays
était fondé sur leur zèle religieux. Les
premières bandes, conduites par Pierre l'Er-
mite et jGrauthier sans avoir, s'aliénèrent les
empereurs d'Orient par leur indiscipline, et
périrent misérablement eu Asie. Bientôt
six cent mille combattants traversèrent la
Hongrie et la Bulgarie, et défilèrent sous
les murs de Constantinople, conduits par
Godefroi de Bouillon, duc de Basse-Lorraine.
Vainqueurs deux fois de Kidlige Arslan, deux
fois des Fatimites d'Egypte, et maîtres de
Nicée, d'Edesse, d'Antioche, ils chassèrent
les Turcs et les Arabes d'une partie de
l'Asie-Mineure, de la Syrie et de la Pales-
tine, et prirent enfin Jérusalem même, dont
Godefroi fut élu et couronné roi. 11 justi-
fia ce choix par une brillante victoire rem-
portée près d'Asealon sur l'armée du calife
d'Egypte. Ce prince étant mort un an
après son élection, n'eut pas le temps d'af-
fermir son nouveau royaume; mais, de con-
cert avec ses barons, il lui avait donné une
loi fondamentale. Les assises de Jérusalem
introduisaient en Asie le régime féodal, le
royaume possédant ses grands fiefs, ses ar-
rière-fiefs et ses bourgeoisies.
Malgré ces commencements heureux, les
croisades n'etirent point de succès durables.
Les premiers croisés ne furent la plupart