Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
Bekijk als:      
Scan: Afbeeldinggrootte:
   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Vorige scan Volgende scanScanned page
— 110 --
ville, et devint ainsi le fondateur de la troi-
sième dynastie des rois, auxquels on a donné
le nom de Capétiens.
lOé. PIERRE L'ERMITE.
Le pape Victor mourut sans avoir pu réa-
liser le projet d'attaquer les infidèles en Asie.
La gloire de délivrer Jérusalem appartenait
à un simple pèlerin, qui ne tenait sa mission
que de son zèle, et n'avait d'autre puissance
âne la force de son caractère et de son génie,
[uelques-uns donnent à Pierre l'Ermite une
origine obscure; d'autres le font descendre
dune famille noble dé Picardie;^ tous s'accor-
dent à dire qnil avait un extérieur ignoble
et grossier. Né avec un esprit actif et in-
quiet, il chercha dans toutes les conditions
de la vie un bonheur qu'il ne put trouver.
L'étude des lettres, le métier des armes, le
célibat, le mariage, l'état ecclésiastique, ne
lui avaient rien offert qui pût remplir son
cœur et satisfaire son âme ardente. Dégoûté
du monde et des hommes, il se relira parmi
les cénobites les plus austères. Le jeûne,
la prière, la méditation, le silence de la
solitude, exaltèrent son imagination. Dans
ses visions, il entretenait un commerce habi-
tuel avec le ciel, et se croyait l'instrument
de ses desseins, le dépositaire de ses volontés.
Il avait la ferveur d'un apôtre, le courage
d'un martyr. Son zèle ne connaissait point
d'obstacles, et tout ce qu'il désiraitiui sem-
blait facile; lorsqu'il parlait, les passions
dont il était agité animaient ses gestes et
ses paroles et se communiquaient à ses audi-
teurs ; rien ne résistait ni à la force de son
éloquence, ni à l'entraînement de son exem-
ple. Tel fut l'homme extraordinaire qui
donna le signal des croisades, et qui, sans
fortune et sans renommée, par le seul as-
cendant des larmes et des prieres, parvint à
ébranler l'Occident pour le précipiter tout
entier sur l'Asie.
Le bruit des pèlerinages en Orient fit sor-
tir Pierre de sa retraite; il suivit dans la
Palestine la foule des chrétiens qui allaient
visiter les saints lieux. A l'aspect de Jéru-
salem, il fut plus ému que tous les autres
pèlerins, mille sentiments contraires vinrent
agiter son âme exaltée. Dans cette ville,
qui conservait partout les ^marques de la
miséricorde et de la colère de Dieu tout en-
flamma sa piété, irrita la dévotion de son
zèle, le remplit tour-à-tour de respect, de
terreur et d'indignation. Après avoir suivi
ses frères sur le calvaire et au tombeau de
Jésus-Christ, il se rendit auprès du patri-
arche de Jérusalem. Les cheveux blancs de '
Siméon, sa figure vénérable, et surtout la
persécution qu'il avait éprouvée,Mui méritè-
rent toute la confiance de Pierre; ils pleurè-
rent ensemble sur les maux des chrétiens.
L'Ermite, le cœur ulcéré, le visage baigné
de larmes, demanda s'il n'était point' de
terme, point de remède à tant de calamités.
le plus fidèle des chrétiens! lui dit alors
le patriarche, ne voyez-vous pas que nos
iniquités nous ont fermé l'accès de la misé-
ricorde du Seigneur? L'Asie est au pouvoir
des Musulmans; tout l'Orient est tombé dans
la servitude; aucune puissance de la terre
ne peut nous secourir." A ces paroles,
Pierre interrompit Siméon, et lui fit entendre
que les guerriers de l'Occident pourraient'
être un jour les libérateurs de tlérusalem.
»Oui, sans doute, répliqua le patriarche;
quand la source de nos afflictions sera com-
blée, quand Dieu sera touché de nos misères,
il amollira le cœur des princes de l'Occident
et les enverra au secours de la ville sainte.'*
A ces mots, Pierre et Siméon ouvrirent leur
âtnè à l'espérance et s'embrassèrent, en ver-
sant des larmes de joie. Le patriarche résolut
d'implorer par ses lettres le secours du pape;
et des princes de l'Europe; l'Ermite jura
d'être l'interprète des chrétiens d'Orient et
d'armer l'Occident pour leur délivrance.
Après cet entretien, l'enthousiasme de;
Pierre n'eut plus de bornes ; il fût persuadé
que le ciel lui-même l'avait chargé de ven-
ger sa cause. Un jour qu'il était prosterné
devant le Saint-Sépulcre, il crut entendre la
voix de Jésus-Christ qui lui disait: »Pierre,
lève-toi; cours annoncer les tribulations de
mon peuple; il est temps que mes serviteurs
soient secourus et les saints lieux délivrés."
Plein de l'esprit de ces paroles, qui reten-
tissaient sans cedse à son oreille, chargé des
lettres du patriarche, il quitte la Palestine,
traverse les mers, débarque sur les côtes
d'Italie, et va se jeter aux pieds du pape.
La chaire de saint Pierre était alors occupée
lar Urbain II, qui avait été le disciple et
e confident de Grégoire et de Victor. Ur-
bain embrassa avec ardeur un projet dont
ses prédécesseurs avaient eu la première pen-
sée; il reçut Pierre comme uu prophète,
applaudit à son dessein , et le chargea d'an-
noncer la prochaine délivrance de Jérusalem.
L'Ermite Pierre traversa l'Italie, passa les
Alpes, parcourut la France et la plus grande
partie de l'Europe, embrassant tous les cœurs
du zèle dont il était dévoré^ 11 voyageait;
monté sur une mule, un crucifix à la main,