Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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— 108 —
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votre bétail, vos maisous ; vous viendrez
cuire votre pain dans un four qui nous ap-
partiendra; nous pourrons vous vendre avec
a terre que vous cultiverez, mais jamais
sans elle, et Ton vous appellera du nom de
serfs."
Les pauvres paysans étaient si malheureux
dans cc temps-là , qu'ils consentirent à tout
ce que les seigneurs leur proposèrent; et il
n'y eut bientôt plus dans toutes les Gaules
que des seigneurs et des serfs.
Mais parmi ces ducs, ces comtes, ces
évêques, ces abbés, qui étaient possesseurs
de châteaux-forts, et les véritables rois du
pays, il y en avait de plus puissants les
uns que les autres , parce qu'i s avaient un
plus grand nombre de serfs, et des châteaux
mieux fortifiés. Ceux donc qui étaient les
plus forts dirent aux plus faibles : —
»Si vous voulez nous rendre hommage'
pour votre terre, c'est-à-dire, vous engager
a nous être fidèles , et à ne point disposer
de vos châteaux, de vos fils, de vos filles,
sans notre permission, et à nous suivre à la
guerre avec les serfs de vos domaines, lors-
que nous vous appellerons; alors nous vous
protégerons contre vos ennemis; nous em-
pêcherons qu'on ne démolisse vos murailles,
et que l'on ne ravage vos terres ; nous
vous rendrons justice , si vous nous la de-
mandez, et l'on dira que nous sommes vos
suzerains, et que vous êtes nos hommes-liges,
ou nos vassaux."
Or, parmi cette multitude de seigneurs,
il ne s'en trouva guère qui ne fussent plus
ou moins puissants que d'autres, de sorte
qu'en quelques années toute la France fut
couverte de seigneuries dont les posses-
seurs étaient les hommes-liges les uns des
autres, et l'on appela cela le régime-féodal
ou la féodalité, parce que la fidélité au su-
zerain, ou, comme on disait alors, la féau-
té, était le premier de tous les devoirs. Les
terres qui se trouvèrent soumises à ce ré-
gime reçurent les noms de fiefs, et, pour
augmenter le nombre de leurs vassaux , la
plupart des seigneurs eurent l'idée de di-
viser leurs domaines en une multitude de
petits fiefs qui assujettissaient au devoir féo-
dal les familles de ceux qui les accep-
taient.
Quant au pauvre peuple, ce fut lui qui
porta tout le poids de cet état de choses
où il était compté pour si peu; c'était lui
qui se battait lorsque les seigneurs se dis-
putaient entre eux; c'était lui qui bâtissait
ces forteresses massives qui servaient en-
suite à le contenir dans l'obéissance; c'était
lui qui arrosait de ses sueurs le sillon dont
la récoUe appartenait en grande partie à
son maître, et de sou sang le champ de ba-
taille où il plaisait à celui-ci de le traîner.
11 ne faut pourtant point confondre les
Serfs des campagnes avec les esclaves que
l'on vendait autrefois sur les marchés pu-
blics , et qui étaient ordinairement des pri-
sonniers de guerre. Le nombre de ces es-
claves était bien diminué dans les Gaules
depuis _ que les Barbares s'étaient convertis
au christianisme; ceux-ci d'ailleurs servaient
comme domestiques dans l'intérieur des mai-
sons, tandis que les serfs appartenaient à
la terre sur laquelle ils étaient nés, et l'on
disait à cause de cela qu'ils étaient atta-
chés à la glèbe, c'est-à-dire, au champ
qu'ils cultivaient. (Porquet.)
103. LES DERNIERS CARLOVINGIENS.
Depuis le règne de Louis-le-Débonnaire,
les Erancs , les Bourguignons, les Gaulois,
les Visigoths et tous les autres peuples qui
depuis si longtemps occupaient Je territoire
de Ja Gaule, avaient cessé de se distinguer
entre eux par leurs noms particuliers , pour
ne plus former qu'une seule et même na-
tion, un seul et même peuple, auquel on a
donné le nom de Français qui a toujours
été conservé depuis.
_ Déjà, d'une extrémité à l'autre de l'an-
cienne Gaule, ou ne parlait plus qu'un seul
langage, appelé Langue romane, et formé
du mélange du Latin avec la langue Teu-
tonique des Barbares. Cette circonstance;
est fort remarquable parce que c'est de
cette langue romane qu'est venue avec lei
temps celle que les Français parlent au-
jourd'hui.
Ce fut dans la province de Neustrie, où
les Francs étaient plus nombreux que le
nouveau Roman prit naissance, mais insen-
siblement il se répandit dans toutes les
provinces de l'ancienne Gaule, excepté pour-
tant en Bretagne, dont les habitants con-
servèrent toujours un idiome particulier que
l'on croit être l'ancienne langue celtique.
Cependant sous les derniers Carlovingiens,
la langue romane n'était pas encore adop-
tée par toutes les classes de la nouvelle na-
tion française; les priuces surtout conser-
vaient obstinément leur langage germanique;
les évêques , dans leurs assemblées, ne vou-
laient employer que le latin; mais les seigneurs
et le peuple, en général, ne parlaient que
le roman.