Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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En même temps, les comtes et les ducs
qui, comme vous savez, étaient dans l'ori-
gine de simples ofi5ciers que les rois en-
voyaient dans les provinces pour y com-
mander en leur nom , cessant de redouter
le prince qui leur avait confié son autorité,
profitèrent de la circonstance pour s'ériger
a leur tour en seigneurs puissants et re-
doutables; ils se construisirent comme les
autres des châteaux forts : et lorsque Charles
le Chauve leur envoya l'ordre de les démo-
lir, ils méprisèrent ses capitukires, lui ré-
pondirent qu'ils étaient les maîtres de la
province qu'il leur avait confiée, et l'obli-
gèrent même à souffrir qu'après eux leurs
fils s'emparassent de leurs seigneuries,
commr d'un héritage légitime. Le faible
Charles , ainsi outragé par ses sujets , ne
crut pas pouvoir mieux faire que de céder
à leurs prétentions; et en peu d'années la
France' se trouva partagée entre une multi-
tude de Ducs, de Comtes, de Marquis (c'est-
à-dire de comtes des frontières), qui étaient
)lus maîtres dans le royaume que le roi
ui-même.
L'un des seigneurs les plus puissants de
cette époque, mes jeunes amis, était un il-
lustre capitaine appelé Robert , que Ton
avait surnommé le Fort, à cause de son
courage et de son habileté.^ Charles le
Chauve, espérant se faire un appui d'un si
vaillant homme, l'avait fait comte de Paris
et d'Anjou, Tune des provinces de France
les plus exposées aux ravages des Normands
dont les longues barques remontaient jour-
nellement la Loire; mais après avoir brave-
ment défendu, pendant plusieurs années ,
son territoire contre ces Barbares, Robert
le Fort périt dans une bataille sur les bords
de ce fleuve, et les hommes du Nord se
répandirent alors sans obstacle sur tout le
pays environnant.
Pendant ce temps, le pauvre peuple souf-
frait et gémissait, car les Normands ne
pouvant escalader les inabordables forte-
cesses oîi les seigneurs s'étaient retranchés ,
s'en dédommageaient amplement sur les
chaumières des paysans qu'ils incendiaient
après avoir égorgé le bétail, et enlevé tout
ce qu'elles contenaient. Il n'y eut pas alors
jusqu'aux églises et aux cloîtres qui ne
devinssent la proie de ces sauvages, qui,
détestant le christianisme sans le connaître,
dépouillaient impitoyablement les lieux saints
de tout l'or et de tout l'argent qu'ils pou-
vaient y découvrir.
Les monastères et les églises renfermaient
alors un grand nombre de reliques pré-
cieuses, c'est-à-dire de corps de saints et de
saintes, que la vénération des fidèles con-
servait dans de magnifiques tombeaux ornés
d'or et de pierreries. Les Normands promp-
tement instruits de cette circonstance, ne
manquaient pas de tout bouleverser pour
découvrir ces reliques qu'ils brisaient ensuite
en mille morceaux ; et souvent de pauvres
moines qui n'avaient pas eu le temps de
prendre la fuite, furent pris et massacrés
► par ces Barbares , qui n'épargnaient même
pas les femmes et les enfants.
(Lamé Fleury.)
102. LA FEODALITE.
Nous avons dit comment toutes les cam-
pagnes s'étaient tout-à coup hérissées d'une
multitude de châteaux-forts , derrière les-
quels les seigneurs francs, les abbés des
monastères, et même les évêques, venaient
se mettre à l'abri des ravages des Nor-
mands et des autres aventuriers qui "cou-
raient le pays. Mais il n'y avait pas seule-
ment des seigneurs dans les Gatiles. Les
pauvres paysans étaient exposés à toute la
furie des Normands, et comme il n'y avait
ni roi, ni prince, ni duc, ni comte qui prît
pitié d'eux, ces malheureux se voyaient
abandonnés de toute la terre.
Cependant les seigneurs retranchés derrière
leurs épaisses murailles, avec un petit nom-
bre de domestiques, se seraient bientôt
trouvés dans l'embarras , s'ils avaient laissé
périr autour de leurs châteaux les paysans
qui les nourrissaient en cultivant les champs,
et qui dans les moments de danger pou-
vaient leur servir de soldats.
Alors ces seigneurs dirent aux paysans :
»Si vous voulez cultiver les champs qui sont
autour de nos châteaux, et nous donner
chaque année une partie de ce que vous
récolterez lorsque es Normands s'appro-
cheront , nous vous permettrons de vous
retirer derrière nos murailles avec vos fem-
mes, vos enfants, vos bestiaux, et tout ce
que vous pourrez soustraire aux Barbares,
Nous vous rendrons justice lorsque vous
viendrez nous la demander, et nous rebâ-
tirons vos maisons quand elles auront été
brûlées. Mais aussi , lorsque nous irons à
la guerre, vous serez obligés de nous sui-
vre avec vos armes pendant quarante jours;
il ne vous sera plus permis d'aller demeu-
rer ni même de prendre une femme sur la
terre d'un autre seigneur; vous serez notre
propriété, vous, vos enfants, votre charrue,