Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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exercèrent de terribles ravages. Le pays des
Frisons et celui des Neustriens furent les
premiers dévastés par ces Barbares qui détrui-
saient tout ce qu'ils ne pouvaient emporter,
et auxquels on donnait le nom de Nortb-
mans ou Normands, ce qui veut dire hom-
mes du Nord; mais ensuite ils envahirent
successivement les autres provinces des GTaules,
où, favorisés par les querelles des princes ,
mais n'osant point encore attaquer les cités,
ils portèrent le carnage et la désolation dans
les campagnes.
Depuis l'époque où Clovis avait conduit
les Francs dans les Gaules, la plupart des
seigneurs de cette nation, accoutumés à une
vie active et aventureuse , avaient préféré
s'établir daus les campagnes au milieu des
esclaves qui cultivaient leurs terres, plutôt
que d'aller habiter les villes où ils se se-
raient regardés comme en prison.
Les maisons qu'ils habitaient, et où ils
réunissaient souvent à un grand nombre de
serviteurs quelques-uns de leurs anciens
compagnons de bataille, avaient éfé jusqu'-
alors à l'abri du pillage pendant les guerres
que les Francs se faisaient entre eux; mais
lorsque les Normands se furent répandus de
tous côtés, leurs portes et leurs murailles
ne se trouvant plus assez fortes pour résis-
ter à de pareils ennemis, chacun se mil à
environner sa demeure d'un large fossé , et
bientôt après à élever d'épaisses murailles
surmontées de hautes tours, d'où l'on pou-
vait découvrir tout ce qui paraissait à une
très-grande distance. C'est à cette sorte
d'habitations des seigneurs francs de cette
époque J entourées de fossés profonds et de
murs inébranlables, que l'on a donné le nom
de chateaux forts.
Rien n'était plus triste, à la vérité, que
l'aspect de ces demeures seigneuriales où
l'on ne pouvait pénétrer que par une seule
ouverture , fermée d'un pont-levis, c'est-à-
dire d'un pont inobile en bois garni de fer,
qui s'abattait à volonté sur le fossé pour
laisser entrer et sortir les soldats ou ^es
paysans qui venaient chercher dans les châ-
teaux forts un refuge contre les fureurs
des Normands ; à peine si la clarté du jour
parvenait aux habitants de ces sombres re-
traites , à travers d'étroites lucarnes prati-
quées dans l'épaisseur des murailles ou
dans l'élévation des tours. Partout de fortes
grilles de fer comme aux croisées d'une
prison ; point d'autre promenade que la
plate-forme des remparts toujours garnis
de machines de guerre , et pour harmonie
le coassement des grenouilles dont les fos-
sés du château ne manquaient jamais d'être
pemlés.
Eh bien, cette mode de châteaux forts
devint si générale en France , sous le règne
de Charles le Chauve, qu'en peu d'années
on vit toutes les provinces se hérisser de
ces sortes de demeures : les monastères
eux-mêmes furent entourés de murs et de
fossés, les moines ne se croyant plus à l'a-
.bri du pillage sans cette précaution. 11
semblait en vérité que tous les Francs se
fussent condamnés à la captivité la plus
rigoureuse, lorsqu'on voyait les habitations
qu'ils s'étaient bâties.
Cependant ces forteresses construites de
toutes parts pour se préserver des ravages
des Normands et des autres aventuriers
qui , comme au temps de l'invasion des
Barbares, passaient leur vie à courir les
champs , au .lieu d'imposer de la crainte
aux brigands , n'avaient fait qu'en augmen-
ter le nombre. Beaucoup de seigneurs
francs, que la vie monotone qu'ils menaient
dans leurs châteaux ne pouvait dédommager
du profit qu'ils trouvaient à guerroyer dans
les temps de troubles, reprenaient de temps
à autre leur ancien métier, pour détrousser
sur les chemins-les marchands et les voya-
geurs : ' quelquefois même les traînant de
force dans leurs forteresses , ils les plon-
geaient dans des cachots jusqu'à ce qu'ils
eussent payé pour se racheter une forte
somme d'argent qu'on uommait une Rançon;
et il n'y avait alors personne qui eût le
pouvoir de prévenir de pareilles violences ,
parce que l'empereur Charles le Chauve lui-
même était trop occupé de ses propres affaires,
pour songer à défendre contre les seigneurs
châtelains la vie et la liberté de ces pauvres
gens, qui ne se mettaienT plus en route,
)our le moindre voyage, sans recommander
eur âme à Dieu.
Alors des plaintes si générales s'élevè-
rent dans le royaume contre la construction
de ces châteaux, dont le nombre augmen-
tait tous les jours, que ce prince fut obligé
d'ordonner par un capitulaire la démolition
de tous ceux qui avaient été élevés sans
sa permission, et de défendre d'en bâtir
de nouveaux ; mais personne ne tint compte
des ordres ni de la défence d'un monarque
qui n'était plus assez fort pour faire respec-
ter ses volontés, et dont l'impuissance était
telle, que tous ses efforts n'avaient pu em-
)êcher les Normands de remonter avec leurs
mrques les fleuves et les rivières dont les
bords étaient devenus le théâtre habituel de
leurs dévastations.