Boekgegevens
Titel: Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
Auteur: Herrig, Ludwig; Helderman, D.J.
Uitgave: Deventer: A. ter Gunne, 1871
Auteursrechten: Zie auteursrechten
Citeerinstructie: Bijzondere Collecties van de Universiteit van Amsterdam, UBM: NO 09-353
URL: https://schoolmuseum.uba.uva.nl/bookid/LCSM_200765
Onderwerp: Taal- en letterkunde naar afzonderlijke talen: Franse taalkunde
Trefwoord: Leesvaardigheid, Frans, Leermiddelen (vorm)
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   Premières lectures françaises: Fransch leesboek voor de lagere klassen der hoogere burgerscholen enz.
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lations fuyaient éperdues. L'épouvante sem-
blait avoir glacé tous les courages , et c'en
était fait peut-être de la monarchie fondée
par Clovis, si Charles Martel n'avait été là
pour la protéger et pour faire reculer le flot
de l'invasion musulmane.
Apr,cs une tentative infructueuse sur Poi-
tiers, les infidèles, attirés par l'espoir de
piller la riche basilique de Saint-Martin,
s'étaient dirigés sur la ville de Tours, Tout
à coup le bruit se répand parmi eux que
Charles, à la tête d'une armée nombreuse,
composée d'Ostrasiens, de Neustriens et de
Bourguignons, accourt pour les repousser.
Abdérame, à cette nouvelle, prend le parti
de battre en retraite. Mais l'immense butin
qu'ils traînent après eux, embarrasse et
retarde la marche de ses soldats. Le chef
arabe sent bieu d'ailleurs qu'il ne peut éviter
sans honte la rencontre des Prancs et (Jes
Aquitains, leurs alliés. 11 s'arrête donc entre
la Vienne et le Clain, un peu au sud de
Poitiers, presque dans les mêmes lieux où,
au commencement du Vie siècle, Clovis avait
vaincu et tué Alaric. Charles arrive et
dresse son camp en face du camp des Sarra-
sins (octobre 732).
Pendant sept jours entiers, les deux ar-
mées restèrent en présence , s'observaut l'une
l'autre. Seulement, dans'l'espace vide qui
séparait les deux camps, elles engageaient de
fréquentes escarmouches, comme pour essayer
et mesurer leurs forces, Enfin Charles et
Abdérame, voulant en venir à une action
générale, firent sortir leurs troupes des retran-
chements et les rangèrent en bataille. Des
deux parts l'ardeur^ était égale. Acculés
dans une position dangereuse, et certains
qu'ils ne devaient attendre de leurs ennemis
ni pitié ni merci, les Arabes n'avaient à
choisir qu'entre la victoire et la moit. Les
Erancs, de leur côté, allaient combattre pour
leurs foyers', pour leurs familles, pour leur
patrie. La différence de religion augmentait
encore l'animosité et la fureur des deux
peuples. Enfin la possession de la Gaule
devait être le prix du vainqueur. Ainsi rien
ne manquait ici de ce qui peut exalter et
enflammer le courage.
Au signal donné par Abdérame, les Sar-
rasins, s'élancent de toute la vitesse de leurs
chevaux, et fondent, tête baissée , sur les
Erancs, Ceux-ci, faisant halte à un com-
mandement de leur chef, reçoivent de pied
ferme le choc de l'ennemi, »et, dit un chroni-
queur, opposent leurs larges poitrines aux
coups comme un rempart de fer." En vain
Abdérame ramène ses cavaliers à la charge ;
il ne peut entamer ce- mur vivant et immo-
bile que forment les raugs serrés des guer-
riers chrétiens. A la fin pourtant, par un
effort désespéré, les escadrons arabes réus-
sissent à rompre sur quelques points la ligne
de bataille des Erancs. Mais'ce succès va
leur coûter cher, A la vue du péril qui les
menace, le courage des chrétiens, si calme
jusque-là, s'irrite et se change en furie.
Armés de leurs lourdes épées et de la terrible
francisque, ils attaquent corps à corps les
infidèles et sèment la mort dans leurs rangs.
Charles, qu'on voit partout au milieu de la
mêlée, anime les siens du geste et de la
voix, et plus encore par son exemple. Déjà
la victoire semble se déclarer pour lui.
Oubliant les ennemis qu'ils ont devant eux,
un grand nombre de Sarrasins commencent
à quitter les rangs, et n'ont plus d'autre'
souci que de préserver du pillage ces tentes
oïl ils ont entassé les riches dépouilles de la
Gaule. Leur chef fait, pour les retenir,
d'inutiles efforts. Us restent sourds à ses
reproches comme à ses prières. Bientôt
toute l'armée lâche pied et regagne en désordre
ses retranchements. Pendant ce temps, Ab-
dérame, ne voulant pas survivre à la honte
des siens, se jetait avec une poignée de braves
au plus épais des bataillons des Francs, et
mourait en soldat, les armes à la main.
La nuit seule suspendit le carnage. Le
lendemain, dès le point du jour, les chrétiens
se rangèrent en bataille, s'apprêtant à livrer
un nouveau combat, pour compléter leur
victoire de la veille. Mais, à leur grande
surprise, le camp arabe demeura silencieux,
et personne ne se montra hors des retran-
chements. Les Francs, craignant une em-
buscade, n'osaient quitter leurs positions.
Enfin, quelques éclaireurs, qu'on avait en-
voyés à la découverte, vinrent annoncer que
les débris de l'armée des infidèles avaient
décampé pendant la nuit et repris en toute
hâte la route des Cévennes. Charles détacha
aussitôt sa cavalerie et la lança à la poursuite
des fuyards, pour les empêcher de se rallier.
Quelques jours après, il retourna avec toutes
ses troupes, d'abord à Paris, où il fit une
entrée triomphale, ensuite à Cologne , qui,
depuis que la famille d'Héristal était maîtresse
'du pouvoir, avait remplacé Metz comme
capitale de la France ostrasienne.
La mémorable bataille de Poitiers, qui
assura le salut de la Gaule franque et même
de toute l'Europe chrétienne, et qui plongea
les Arabes dans le deuil et la consternation,
valut au duc Charles une immense renommée.
Ce fut là, dit-on, qu'il gagna le surnom de